CHAPITRE XI
datée du 29 mars et signée : Guillaume, empereur-roi :
« Les bons vœux que vous voulez bien m'adresser pour ma fête me prouvent que vous n'oubliez pas celui qui ne cessera de vous garder le souvenir le plus vrai. "
C'est ici l'occasion de faire remarquer que l'empereur-roi et sa compagne se sont toujours appliqués, dans leurs rapports avec les Français, de leur faire oublier, à force de prévenances et de paroles amicales, les défaites de 1870-1871. Les exemples sont innombrables de l'accueil bienveillant fait par eux à ceux de nos compatriotes qui, de passage à Berlin, étaient reçus à la cour. On peut rappeler à cet égard le souvenir de celui dont Ferdinand de Lesseps fut l'objet en 1887 durant son séjour dans la capitale allemande. L'impératrice Augusta ayant exprimé le désir de le connaître, il se rend au palais avec l'ambassadeur de France
qui était alors Jules Herbette. Elle vient bientôt les rejoindre dans le salon où ils avaient été introduits.
Après les compliments d'usage, la conversation s'engage sur les entreprises auxquelles le grand Français a attaché son nom. Elle dure assez longtemps. Puis, lorsqu'il va se retirer, la vieille souveraine lui dit d'un accent dont la grâce souriante atténue le reproche qu'on y sent passer :
« Vous n'avez pas remarqué, monsieur de Lesseps, que je porte une robe vert eau de Nil. C'est pour vous faire honjieur que je l'ai mise. »
Cette disposition des souverains à la bienveillance, qu'on ne saurait contester, n'était pas toujours du goût de Bismarck ; Gontaut l'avait appris à ses dépens. Si le chancelier n'en prit jamais ombrage lorsque Saint-V allier en était l'objet, c'est qu'elle servait ses desseins ; c'est aussi parce que celui-ci, plus prudent que son prédé-