CHAPITRE XI
cesseur et connaissant mieux le terrain sur lequel il évoluait, s'appliqua à ne jamais traiter les affaires avec le souverain à l'insu du tout-puissant ministre et à rester étranger aux ressentiments du parti de la cour contre l'homme terrible qui exerçait en dictateur l'influence qu'il s'était assurée dans l'État, grâce aux services qu'il avait rendus à son pays.
Saint-Vallier, au cours de sa mission, dut à son attitude d'innombrables avantages. Lorsqu'au mois de mars, par suite du refus du gouvernement français de livrer à la police russe l'anarchiste Hartmann, auteur d'une tentative d'assassinat contre le tsar Alexandre II, éclate entre la Russie et la France le plus grave des conflits, l'impression à la cour d'Allemagne nous est résolument hostile. Les circonstances de l'incident sont encore peu ou mal connues et la conduite de Freycinet est considérée comme un acte de faiblesse
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qui s'est accompli sous la pression du parti révolutionnaire. Mais Bismarck se porte résolument au secours du gouvernement de la République en déclarant à qui veut l'entendre que M. de Freycinet a eu raison d'agir ainsi qu'il l'a fait. Il le dit formellement à Saint-V allier :
« En l'absence d'un traité d'extradition, il n'y avait pas lieu de livrer Hartmann et de faire ce que la Russie n'eût pas osé demander à la Grande-Bretagne. C'est une question de dignité nationale qui ne pouvait être résolue autrement qu'elle l'a été. »
Il modifie ainsi l'opinion de l'empereur, arrête les clabaudages des courtisans et oblige la presse allemande à changer de ton. Il ajoute, il est vrai, qu'il est nécessaire que les puissances s'entendent en vue d'introduire dans le droit international des dispositions qui empêchent les assassins de couvrir leurs forfaits du nom de crimes politiques.