Cour des parias
2^. Mur d’enceinte.
De plus, les missionnaires ne pouvaient pas manger des mets apprêtés par des parias, ni entrer dans leurs maisons. Pour y suppléer ils avaient dans chaque village chrétien une chapelle ou un emplacement, où les malades étaient portés à l’arrivée du missionnaire, pour y recevoir les secours de la religion. Cet inconvénient, qui nous paraît très-grave en Europe, n’était pas même regardé comme un inconvénient par les Indiens. Habitués dès leur enfance à cette rigoureuse distinction des castes et à l’exacte observation de leurs lois, ils ne voyaient rien que île très-naturel dans cette conduite des missionnaires. D’un autre côté tout concourait à diminuer cet inconvénient : le climat, plutôt brillant que tempéré, qui réduit le vêtement à une simple toile, et le lit, même des malades, à une simple natte, éloignait tous les dangers que nous attacherions à un tel déplacement des malades; l’usage, général dans l’Inde, de transporter les malades d’un lieu dans un autre, soit pour leur procurer des remèdes, soit pour les présenter aux temples des idoles et demander leur guérison, soit même journellement pour épargner à la maison les souillures attachées à certaines actions, détruisait toute la répugnance que nous éprouverions en Europe. Il ne restait donc de vraie difficulté que pour les cas assez rares où la nature de la maladie ne permettait pas de remuer le malade; et alors il était facile au missionnaire de remplir son devoir en secret, sans que les païens s’en aperçussent. L’important était de sauver les apparences, et de ne pas établir en principe que les missionnaires entraient dans les maisons des parias. Or, c’était ce principe qu’avait consacré et promulgué le décret du patriarche confirmé par les Huiles du Saint-Siège.
On s’est fait contre les .Jésuites une arme terrible des paroles suivantes de ce décret : « Nous ne pouvons souffrir que les médecins spirituels se refusent, pour le salut îles âmes, à des devoirs de charité que les médecins gentils, bien que de famille ou caste noble, ne dédaignent pas de rendre, pour le salut du corps, aux malades de condition basse et abjecte, qu’on appelle parias.» En effet l’argument est foudroyant contre les missionnaires. Mais il nous sera permis, tout en protestant de notre respect pour Mgr le patriarche de Tournon, en nous inclinant devant son autorité, son zèle, ses vertus et ses excellentes intentions, il nous sera permis de réclamer ici contre les témoins dont les dépositions mensongères l’ont induit en erreur (1). L’Inde n’est plus de nos jours un pays de la fable ; elle a été visitée et parcourue dans tous les sens par des missionnaires non jésuites, par des voyageurs, par des magistrats anglais. Eh bien ! c’est en invoquant leur témoignage, que nous osons protester contre la fausseté du supposé sur lequel repose cet argument. Le fait est qu’aujourd’hui encore les parias ont leurs médecins de leur propre caste, et que s’il arrive qu’un paria malade soit traité par un médecin de haute caste, ce qui est très-rare, non-seulement le docteur se gardera de mettre les pieds dans la maison du paria, mais quand on lui aura porté ce malade, il se tiendra à une distance respectueuse, puis, lui faisant placer sur b' bras un petit morceau d’étoffe de soie (2), il lui tâtera b* pouls à travers cette étoffe ; les Indiens que nous avons interrogés sur ce point nous ont assuré que les médecins
'l) Relire à ce sujet la note de la page 4 1 4 .
(Vj Dans l’opinion des Indiens, la soie ne contracte pas les souillures légales: elle peut ainsi faire l’oftice de corps isolant.
nobles portaient avec eux le morceau d’étoffe destiné à cet usage. Et cependant les parias sont aujourd’hui dans une condition bien supérieure à celle qu’ils avaient autrefois, parce que les rapports fréquents qu’ils ont avec les Anglais leur procurent de l’argent et leur inspirent de l’orgueil.
Comme tous les évêques et archevêques, tous les supérieurs et missionnaires de l’Inde, déclaraient d’un accord unanime que la mesure prescrite à l’égard des parias causerait inévitablement la ruine des missions, le P. Général fit de nouvelles instances auprès de Benoît XIV pour obtenir quelque modification sur cet article. Voyant ses efforts inutiles, et ne sachant plus quel parti prendre pour détourner ce désastre, il imagina et proposa à Sa Sainteté de désigner un certain nombre de missionnaires qui seraient exclusivement chargés des parias, se feraient parias avec eux et partageraient les humiliations et les opprobres de leur condition, afin de sauver leurs âmes. Ce plan fut approuvé par le Souverain-Pontife, et le P. Général en ordonnait l’exécution en 1744, par une lettre conçue en ces termes : « Afin d’ôter à nos missionnaires tout sujet de surprise, je préviens Votre Révérence que, le Saint-Père persistant dans sa détermination, j’ai cru devoir recourir à un parti extrême, celui de m’offrir à désigner quelquesuns de nos Pères pour se consacrer à la conversion et à la culture des parias ; Sa Sainteté a approuvé cette mesure et l’a prescrite dans sa constitution. Votre Révérence veillera à sa pleine exécution ; ce ne sera point un déshonneur pour des hommes apostoliques destinés au salut de tous, et qui doivent chercher leur gloire dans les opprobres de la croix de Jésus-Christ. » (N* 10.)
Sans doute il n’y avait rien que les missionnaires ne fussent disposés à embrasser avec joie dans la vue de sauver leurs chrétientés ; mais pour apprécier toute l'étendue du sacrifice qu’on leur imposait, il faut observer qu’ils avaient la pleine conviction et l’entière évidence que cette mesure, sans rien ajouter à la facilité qui existait déjà de soigner les parias, suscitait de terribles obstacles à la conversion des gentils, et jetait dans la mission des éléments de trouble, de confusion et de désordres. C’était donc, d’après leur intime conviction (vraie ou fausse? les événements étaient chargés de le décider) j c’était se dévouer à la plus profonde humiliation moins pour le salut que pour la ruine des âmes. Cependant il s’agissait de l’obéissance : la plus grande autorité qui existe sur la terre leur en faisait une obligation. Ils obéirent ; ils renoncèrent aux lumières de leur raison, sujette à l’erreur ; iis firent intérieurement le sacrifice de leur intelligence, pour consommer extérieurement un sacrifice d’humilité qui ne peut être compris que par ceux qui ont vécu longtemps parmi les Indiens. Voilà les hommes qu’on représentait en Europe comme des orgueilleux, des rebelles et des réfractaires aux ordres du Saint-Siège.
Le P. Laurent Cœurdoux, supérieur de la mission,
écrivait au P. Général en 1746 : « Voici quelques
signes de l’orgueil qui enfle le cœur de nos missionnaires : 1° ceux qui un jour fréquentent les brames, se trouvant le lendemain sur la côte, ne font aucune difficulté de hanter les parias, de pénétrer dans leurs maisons, etc. ; 2U à la nouvelle des derniers Décrets qui demandent des missionnaires spéciaux pour les parias , non-seulement tous nos Pères sans exception, les pré-
sents ilt* vive voix, les absents par écrit, se sont offerts pour ee ministère ; mais il s’est élevé entre eux une admirable rivalité et une sublime contention d’humilité; et nous les avons vus avec bonheur plaidant chacun leur cause, et faisant valoir, l’un son âge, l’autre sa santé, les autres d’autres raisons pour obtenir la préférence. » (*N° fl.)
Mais des motifs de prudence devaient en exclure un grand nombre : les missionnaires anciens ne pouvaient se faire, dans la même contrée, missionnaires des parias, sans rendre parias tous leurs anciens confrères et compromettre ainsi la mission. Il fallut donc en choisir de nouveaux. Les premiers qui furent établis sont : le P. d’Origny, compagnon du P. Provincial, et le P. Barbosa, professeur de théologie. Dans le Maduré on vit se consacrer à cette œuvre des parias : le P.Calaya, ancien provincial, et les PP. Jul.-Cés. Potenza, Douarte, Ferdinand Pimentel, Jean Alexandri, Macbado, Laurent Costa, etc. Les lignes suivantes extraites de la lettre annuelle de 1747, montreront l’esprit qui animait les missionnaires. « Allez, fidèles compagnons du Christ, allez par cette voie royale de la croix, où vous précède votre maître et voire modèle! Vous voilà, selon le langage de l’Apùtre, devenus les ordures du monde, les balayures de la terre rejetées de tous, mais en réalité la gloire véritable de notre Compagnie, et le plus bel ornement de cette province ! Que votre cœur ne se trouble pas, lorsque vous vous trouverez isolés, comme étrangers à vos frères, et inconnus aux enfants de votre mère (P.v. 08), de telle sorte qu’ils paraîtront, malgré eux, vous refuser les embrassements ordinaires et fuir votre présence... Vous leur répéterez alors avec saint Paul : « Vous êtes nobles,
» et nous sommes misérables ! » — Vos nabiles, nm autem ignobiles, — et je vous réponds que vous leur tirerez les larmes des yeux, et les forcerez à envier saintement votre ignominie. »
Dans le Maïssour les nouveaux ouvriers soulevèrent moins de difficultés. Comme la distinction des castes y était alors moins sévère, la distance qui sépara les missionnaires parias des missionnaires nobles fut moins grande, et ils purent être tous dirigés par un même supérieur. Dans le Maduré il en fut autrement. Les commencements furent admirables : la ferveur suppléait à tout. Mais bientôt on reconnut des obstacles insurmontables, parce qu’ils sortaient de la nature même des choses. La distinction entre ies deux classes de missionnaires dut prendre le caractère de celle qui existait entre les castes; les rapports ne purent être tels que les demande la subordination des inférieurs à leur supérieur ; il fallut donc établir un supérieur distinct pour les missionnaires parias; et dès lors la jalousie des castes s’empara de ce premier élément de discorde.
De plus, en voulant remédier par des moyens peu naturels aux conséquences du principe qu’on réprouvait, ou aboutissait à confirmer ce malheureux principe, et à lui donner une réalité plus vraie et plus absolue qu’il ne l’avait jamais eue. En effet, le mal qu’on pouvait craindre de cette distinction civile entre les castes était que les Indiens, appliquant à l’ordre spirituel et religieux les idées de distinction qui existaient dans l’ordre civil, ne regardassent les parias comme indignes de professer la même religion et d’arriver au même bonheur éternel que les nobles. C’est en effet dans ce sens que les adversaires de la Compagnie avaient présenté* leurs accusations.
Elles étaient fausses pour ce qui regarde les chrétiens, comme on pourra facilement s’en convaincre par la lec ■ ture des lettres de ce recueil; elles n’étaient pas même exactes en général pour tous les païens, puisque les parias et les nobles professaient souvent les mêmes sectes, participaient aux mêmes sacrifices, contribuaient aux mêmes fêtes. Mais que résulta-t-il de la mesure qu’on avait imaginée comme un remède au mal? Il résulta que dans toute la mission les parias et les hautes castes formèrent deux églises complètement distinctes, séparément administrées par leurs pasteurs, qui n’avaient entre eux aucuns rapports visibles et avoués ; or, pour les Indiens deux églises équivalaient à deux religions distinctes. On affaiblissait donc par ce fait dans les esprits le principe fondamental de l’unité de la religion , commune à tous les peuples de la terre et à toutes les conditions des hommes, principe que les missionnaires du Maduré, depuis le P. de’ Nobili jusqu’au dernier de ses successeurs, avaient constamment inculqué aux Indiens, avec tant de peine, et nous pouvons ajouter, avec un succès si prodigieux; comme on en trouve la preuve irréfragable dans leurs lettres.
Une autre conséquence non moins fâcheuse de cette mesure, c’est qu’elle semblait imaginée tout exprès- pour confirmer les hautes castes dans leur orgueil et dans l’idée de leur excellence et de la bassesse des parias. Elle rétablissait ainsi dans toute sa force cette répulsion des diverses castes, que les missionnaires s’efforcaient de détruire insensiblement par l’esprit du Christianisme. On vit en effet de nobles Indiens tressaillir de joie à la lecture de cette prescription, proclamer qu’elle avait été faite en leur faveur; qu’on avait enfin reconnu les pré-
rogatives de leur noblesse, qu’on les délivrait de l’humiliation que leur causaient les rapports et les points de contact avec les parias, qu’ils avaient jusqu’alors subis dans les choses de la religion. C’est cet esprit qui leur dicta les règles qu’ils prétendirent imposer aux missionnaires des parias : 1° N’avoir aucun commerce avec les missionnaires des hautes castes. 2° N’avoir pour domestiques et disciples que des parias. 3° N’entrer jamais dans les maisons des nobles Indiens, etc., etc. (1).
On ne peut douter de l’intention très-pure et des vues très-sages du P. Général qui avait conçu et proposé cette nouvelle institution, comme un remède extrême, le seul qui fut à sa disposition ; et cependant mise en présence des circonstances et des mœurs de l’Inde, elle produisait, et devait naturellement produire, des effets diamétralement opposés à ceux qu’on désirait. Tant il est vrai que toute la sagesse et tout le zèle du monde ne suffisent pas pour régler et décider de semblables questions, s’ils ne sont fondés sur une connaissance profonde et entière des circonstances, des personnes et des mœurs !
Quand ces tristes résultats eurent justifié les appréhensions des Pères, ils se hâtèrent d’en informer les supérieurs, et les missionnaires parias subirent quelque modification et furent de nouveau subordonnés au supérieur commun de la mission. Cette disposition ne pouvait remédier à tous les inconvénients; on regarda néanmoins cet état de choses comme un moindre mal, et les missionnaires parias poursuivirent leur carrière apostolique. Deux églises de parias furent construites à cette fin à Tirouchirapali , l’une dans la ville, l’autre
(1) Lettre anuelle rte l 'KO.
à Élouppour, par le I*. Ferri. Pimente!; deux églises semblables furent bâties, l’une à Tanjaour et l’autre à Nandavanapatti, et le soin en fut confié au P. Jul.-Cés. Potenza. Une cinquième église de parias fut érigée dans le petit royaume de Torréiour, et administrée par le P. Jos. Bernard depuis 1746 jusqu’en 1748 ; son successeur fut le P. Pierre Amadési, qui, aidé du P. Potenza, construisit une autre église près de Poudour. Une septième église près de Mannarcoil, dans les États d’un seigneur nommé Outtancalnayanar, fut confiée aux soins du P. Laurent d’Almeida, qui mourut en 1747, et eut pour successeur le P. Ant. Censola. Une huitième église de parias, établie à Maduré, fut administrée parle P. Ant. Douarte, qui tomba malade, et fut remplacé par le P. Jean de Ourem, auquel succéda, pour la même cause, le P. Falconi en 1749. Les autres églises furent : une neuvième dans le Marava, une dixième à Camanayakenpatti, qu’administrait en 1749 le P. Michel de Silva, une onzième à Tirounelvely, que desservait le P. Philippe Prati, etc.
Les chrétientés de parias n’avaient à craindre aucun obstacle dans leurs développements; les parias étaient flattés de tout ce que l’on faisait à leur égard, et leurs attentions dédommageaient les missionnaires de l’état d’humiliation qu’ils avaient embrassé pour eux. Mais ces développements ne faisaient pas la prospérité de la mission ; elle tournait au mépris, et par là préparait sa ruine. Tous les embarras de la nouvelle transformation pesaient sur les missionnaires des hautes castes; parce que c’étaient eux qui avaient à lutter contre leurs prétentions, à réprimer leur orgueil et à prévenir les autres conséquences désastreuses qui menaçaient la mission.
Ils commencèrent par résister aux propositions des ehoutres et rejeter les lois qu’ils voulaient dicter aux nouveaux missionnaires. Un motif bien louable de cette résistance était sans doute la répugnance de voir leurs confrères réduits à cette extrême humiliation de ne pouvoir entrer dans aucune maison de choutre, et de n’avoir que des parias cà leur service. Mais ils avaient une autre raison plus forte et plus décisive : c’est qu’en admettant ces lois et réduisant les nouveaux missionnaires à la condition de parias, ils tombaient par le fait même, sans remède et sans retour, dans les deux inconvénients que nous avons signalés tout à l’heure, et qu’ils regardaient comme la ruine de la religion. Au contraire, en proclamant que les nouveaux missionnaires n’étaient pas des parias, mais des hommes uobles qui s’étaient dévoués pour le salut des parias, sans néanmoins renoncer à toutes les prérogatives de leur noblesse, ils essayaient un moyen terme qui soulevait, il est vrai, de nouvelles difficultés, mais pouvait, à travers ces diffifieultés, aboutir à un résultat moins désastreux. Ils blessaient les mœurs et les préjugés; mais ils aimaient mieux lutter contre le préjugé que d’établir eux-mêmes son triomphe. Ils résistèrent donc de toute leur énergie aux prétentions des choutre», et exigèrent que les missionnaires des parias pussent entrer dans les maisons des nobles et être servis par eux. Comme un certain nombre de chrétiens choutres leur restaient fidèles, ils parvinrent à procurer aux nouveaux missionnaires des domestiques de bonnes castes et à les faire recevoir dans les maisons des choutres. De cette manière, les missionnaires des parias étaient présentés au pays comme des hommes mystérieux qui n’étaient ni parias ni piécisé-
ment nobles : c’était une nouvelle classe qu’il fallait imposer aux mœurs et faire accepter aux peuples. Cet expédient était ingénieux; il tournait la difficulté, l’embrouillait un peu et en changeait l’objet; et avec les Indiens, essentiellement routiniers, c’était beaucoup. En portant la lutte sur des missionnaires nouveaux, il conservait aux anciens leur influence et leurs moyens d’action : combattant pour d’autres, ils étaient plus forts. Enfin, supposé la victoire du côté des missionnaires, c’était un nouveau pas fait vers le rapprochement des castes et l’affaiblissement de leur répulsion mutuelle.
La lutte ne tarda pas. Les choutres, voyant leurs propositions rejetées, et blessés en même temps par les autres articles du Décret sur les rites, se soulevèrent de toutes parts, et chassèrent de leurs castes ceux qui communiquaient avec les missionnaires des parias. Les anciens missionnaires laissèrent aux rebelles le temps de jeter leur premier feu, abandonnèrent même leurs districts, puis s’en rapprochèrent peu à peu; et, à force de patience, de douceur et de fermeté, ils parvinrent à reprendre leurs postes et à calmer leurs chrétiens. Le P. Général, informé de ces troubles, avait ordonné d’accéder aux propositions des hautes castes, qui en Europe semblaient fort raisonnables et étaient une conséquence logique de la nouvelle institution; mais, après avoir examiné les représentations du P. Provincial et des évêques, il approuva la marche suivie par les missionnaires dans le Maduré.
Une circonstance aida puissamment ces derniers à conserver une partie de leurs chrétiens, et à triompher des troubles que suscita la question des rites; ce furent les fléaux de la guerre et de la famine, qui, pendant ces
années, ravagèrent ces contrées. Les indiens étaient trop malheureux, trop vivement pressés par la misèrç et les dangers extérieurs, pour avoir le temps ou l’envie de s’abandonner entièrement aux suggestions de l’orgueil et aux susceptibilités des castes. Cependant le nombre des défections fut incalculable, surtout dans la mission du Carnate, plus récente et par conséquent moins consolidée dans les principes de la foi. A notre arrivée dans l’Inde, les missionnaires successeurs des Jésuites dans ces missions, et témoins des anciennes traditions, nous disaient que dans cette seule partie le nombre des apostasies occasionnées par la publication du décret s’éleva à 50,000.
Ces détails suffiront pour donner une juste idée de la controverse des rites et de la conduite que tinrent à cette occasion les missionnaires du Maduré. Notre intention n’est pas de les suivre plus longtemps dans les luttes malheureuses qu’ils soutinrent pendant les années suivantes... non plus, hélas! pour étendre leurs missions, mais pour en retarder la ruine. Bientôt après, ces missions ressentirent, comme toutes les autres, le contrecoup des événements qui en Europe réalisèrent les complots et achevèrent le triomphe des ennemis de la Compagnie de Jésus.
Elle était chassée du Portugal en 1759, de la France en 1764, de l’Espagne en 1767. Elle fut supprimée par Clément XIV en 1773.