‹ La mission du maduréChapitre 3 sur 12 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

cette féte-Ià que je commençai à célébirer Faugugte sacrifice de nos autels.

Pétais encore convalescent, qu'il me ïîftllut faire ub Toyâge de douze grandes jouîrtiées, et durant des chaleurs brûlantes. Ce voyage qni devait, sëlbn toutes lés apparences, èloignef mon rétablissement, me rendit une

parfaite santé. Il est inutile de voUs dire jusqu'où va Pa-

bandon bù se trouve rédiiit un malade dans ces teitès barbares; il n^ & aucun souIagMént à espérer; il ne doit pas s'altêndrè même aui remèdes les plus comnnitis. Les médecins indiens ignorent absolument Pttèage de la saignée; tout leUi* ai*t Se borne â des pnrgatlons la plupart violentée, et à une difele opiniâtre qu'ils font ^wcAét aùi malades. La tmje, c'ôét-à:-dîre de l'eau où l'on a fait cuire quehiues gi*ains de' rii, est tout le bouillon qU\)n leur donne ; et souvent toêttiè ib doivent se coi^ tenter d'eau chaude. Il faut avoUer nëanfnoins que léS Indiens se guérissent de Beaucoup de maladies pat le moyen d'une âbstinénde si èxtraordînâii^fe, et qu'ils vivent aussi longtemps qu^en Europe.

Ce fut cette année 1710 que mourut le prince dti MaTava, âgé de plUS de quatre-vingts ans. Ses fenunes, au nombre de quarante-sept, se brûlèrent avec le corps du prince. On creusa pour cela hors de la ville une grande fosse qu'on remplît de bôié en fortnë de bûcher; on y plaça le corps du défunt richement couvert; on y mît le feu avec beaucoup de cérémonies superstitieuses que firent les brames. Alors parut cette troupe infortunée de fenunes qui, comfme autant de victimes destinées au sacrifice, se présentèrent toutes couvertes de pierreries et couronnées de fleurs} elles tournèrent diverses fois atitour dû bûcher, dont Pttdâur se faisait sentir de fort

loin. La principale de ces femmes tenait le poignard du défunt y et s'adressant au prince qui succédait au trône : (c Yoilà, lui dit-elle, le poignard dont le prince se ser- » Yait pour triompher de ses ennemis : ne Pemployez D jamais qu'à cet usage, et gardez-vous bien de le trem- » per dans le sang de vos sujets; gôuvemez-ies en père, » comme il a fait, et vous lierez longtemps heureux V» comme lui. Puisqu'il n'est plus, rien ne doit me re- )) tenir davantage dans ce monde, et il ne me reste plus » que de le suivre, i» A ces mots, elle remit le poignard entre les mains du prince, qui le reçut sans donner aucun signe de tristesse ou de compassion. <» Hélas! pour- » suivit-elle, à quoi aboutit la félicité humaine ! Je sens )> bien que je vais me précipiter toute vive dans les enn fers. » Et aussitôt, tournant fièrement la tête vers le bûcher et invoquant les noms de ses dieux, elle s'élance au milieu des flammes.

La seconde était .sœur du prince Raja, nommé Ton^ daman j qui était présent à cette détestable cérémonie. Lorsqu'il reçut des mains de sa sœur les joyaux dont elle était parée, il ne put retenir ses larmes ; et, se jetant à son cou, il l'embrassa tendrement. Elle ne parut pas s'en émouvoir ; mais regardant d'un œil assuré tantôt le bûcher, tantôt les assistants, et criant à haute voix Siva, Siva, qui est un des noms qu'on donne au dieu Bmtreny ùlle se précipita dans les flammes comme la première.

Les autres suivirent de près ; quelques-unes avaient une contenance assez ferme, d'autres avaient l'air interdit et effaré. Il y en eut une qui, plus timide que ses compagnes, courut embrasser un soldat chrétien, et le pria de la sauver. Ce néophyte qui, malgré les défenses sévères qu'on f&it aux chrétiens d'assister à ces barbares

spectacles, avait eu la témérité de s'y trouvôr, fut si effrayé, qu'il repoussa rudement sans y penser cette malheureuse, et qu'il la fit culbuter dans le bûcher. Il se retira aussitôt avec un frémissement par tout le corps, qui fut suivi d'une fièvre ardente accompagnée de trans* port au cerveau, dont il mourut la nuit suivante, sans pouvoir revenir à son bon sens.

Les dernières paroles que proféra la première de ces femmes sur l'enfer, où elle allait, disait-elle, se précipiter toute vive, surprirent tous les assistants. Elle avait eu à son service une femme chrétienne, qui l'entretenait souvent dçs grandes vérités de la religion, et qui l'exhortait à embrasser le christianisme : elle goûtait ces vérités, mais elle n'eut pas le courage de renoncer à ses idoles. Toutefois elle conçut de l'estime pour les chrétiens, et elle se déclarait leur protectrice en toute occasion : la vue des flammes prêtes à la consumer lui rappela sans doute le souvenir de ce que cette femme lui avait dit sur les supplices de l'enfer.

Quelque intrépidité que fissent paraître ces infortunées victimes du démon, elles ne sentirent pas plutôt l'ardeur du feu que, poussant des cris a£freux, elles se jetèrent les unes sur les autres, et s'élancèrent en haut pour gagner le bord de la fosse. On jeta sur elles quantité de pièces de bois, soit pour les accabler, soit pour augmenter l'em* brasement. Quand elles furent consumées, les brames s'approchèrent du bûcher encore fumant, et firent sur les cendres ardentes de ces malheureuses mille cérémonies non moins superstitieuses que les premières. Le lendemain ils recueillirent les ossements mêlés avec les cendres, et les ayant enfermés dans de riches toiles, ils les portèrent près de l'ile Bamseram, que les Européens

appellent ffff çorruptiou BoLmanmcor, où il^ leç jetèrent dans la mer. On combla ensuite la fosse, op y bâtit mi temple, et on y fit chacpie jom* des sacrifices en l'honneur du prince et de ses femmes, qui dès-lors furent mises au rang des déesses. .

Cette brutale coutume de se brûler est plus fréquente, dans les royaumes de Pinde méridionale, qu'on ne se l'imagine en Europe. U A'y a pas longtemps que mpuru^nt dçux princes (jui re|levaien,t du Maraya. Le pre- Plier avait dixnsept fenunes, çt l'autre treize. Toutes firent la même fin, à la réserve d'une seule qui était enceinte, et qui ne put se brûl^ qi^'a|rès 1^ naissance de son fils.

La yeiAe de Tiroucbira^dli, mère du prince régnant, qui fut laissée enceinte il y ^ environ trente ans à la mort de son mari, prit 1^ même résoj^ution aussitôt que $pn fils fut ué, et l'exécuta avec uue fermeté qui étonna tpute cette cour. S^ beUfr-père, nommée MingammcU, n'avait pu a<}çompa§ner le roi SoJ^anaden sur le bûcber, pour la même raison ; mais après son accouçhem^Uty elle trpuva le secret d'échapper aux flammes, sous prétexte qu'il n'y avs^it qu'elle gui pût élever le jeune prince, et gpuvprnpr le royaume durant la minorité, Comme elle aimait la reine de Tirpuchirapali sa belle-fille, elle voulut lui persuader de suivre son exemple; mais cette jeune reine, 1^ regardant avec dédain : « Croyez-vpus, lui dit- » elle, quç j'aie l'âme a^sez ba^se ppur survivre à mon » époux? Le désir de lui lai^er un successeur m'a fait » différer mon sacrifice ; mais à présent, riep n'est ca- » pable de l'arrêter. Le jeune prince ne perdra rien à )> ma mort,^ puisqu'il a une grand'mère qui a tant d'at- M tachement pour la vie. U est autant à vous qu'à moi : » élevez-le, et conservez-lui le rpyaume qui lui appar-

qiiaa^ mais m tenaat^ couyerts. 14mgaaun^ dû^imiri^ ei^ feipm d'esfi^y et aJiftodoQua sa lielle^iSUd à goa cbi^ ÇlQj^le i^Yeugl^eat.

Au reiite, biep que ce soji^ de lew propre çboîi que «as df(m^ indieoDes cjbBvieimeat la proie des flugptipes, il n^ |;uère en leur pouyoii: de s'en disp^iufer. Xsl cou- Hime du pçtyB, le point d'b^on^vr, Igi ciaisite 4'4tr|s d^ h()npr^ et de d/evenir la &ble dtt pvWi^, y op^ pJw d# pfirt que leur ToloQié propre ; id quelquHma tâchait de g^ 8(m^tiw*e à une Qiode si oruel|e| ^es parents saurcôeot \^n l'y £prcery ^Sn de cpo^^rver l'honneur de leur faw^. C'est pourquoi, lon^'ils eii yoi^nt cbaneekr, ijs l^ur 4pnuent aussitôt cert^AS t^rei,^yagps qui leur Otent tpfite anir^hension de la mort* lie$ fçumes du commis Biff^ ^ cel4 plus ]pieureufies que les pripcesses et les concubines des prii^^ indiens : &^pa loi barJbare n^ les régarde point ; et s'il y en a qui s'y assi^iettîsi^nt, ce ft'est.d'ordinaire que pajr une ymlà ridiçul^i. et pw l'çQyie d^ s'attirer 4^ hopneurs avant qn'eUes se jettent, djftil? les fl^iwies^ et dp mériter qn la^onuflieat qui s'él^Yf siqr le Ueif du bûcher çù eUes sont. turûJiéQs. U est r^e 4'^n yoir des exemples dane les basses çastes> et méine 4in9 pelle des brames. Us sont plus convnuns dans la <|aste des r^as , qni j^t^oidenjt descendre de la race rpy^ des anciens souyerains de l'Inde.

Aussitôt que j'eq^pris te mort du prince du Marava, j'^yoyai saluer spn successeur par mes catéchistes et W W^k^^ capitaines chrétiens, cfà Im portèrent de foâ jkaft qu^lqqes pr^s^nts conformas à nia pauvr^ité. U ffurut. agréer cette yisite, et sur-le-c^hfimp il me dom^ une psytente qui im p^mettait de bfttijr des égitUes ^om

le tcbxxt de ses États. Il ordonoA métoe aux habitaDts dé Ponneticotey de me céder l'einidacement que je souhaiteraiSy et de me fomnir les matériaux dont j'atirais i>e* soin. Je fis donc élever en 1711 une asset grande église, qui i9e trouTa plus lieHe qu'aucune de celles de Maduré. Un capitaine gentfl, dont toute la famille est chrétienne, donna l'exemple, et me fournit de 1>eau bois qu'il fit coupa* par ses soldats et ses esclaTCS. Je fis venir de Tirouchirapali deux chrétiens habiles dans les ouvrages de terre et de plâtre ; d'autres ouvriers les aidèrent, et en moins de six mois l'église fut achevée. Elle avait trois grandes portes, et huit croisées ornées en dedans et en dehors de colonnes et de pilastres avec leurs chapiteaux. Ils firent la frise, la corniche et l'architrave, partie à l'indienne, partie à l'européenne. L'autel et le rétaUe étaient travaillés avec tant d'art, qu'un missionnaire, qui viiit me voir quelque temps après, les prit pour un ouvrage véritablement sculpté.

Tandis qu'on était occupé à bâtir l'église, je fus obligé d'aller à Aour pour y recevoir W l'évéque de San-Thomé, et l'assister dans ses fonctions épisôopales. Il était entré dans la mission afin de donner le sacrement de confirmation aux néof^ytes de Maduré. Ce prélat, qui a été lui-même missionnaire de cette contrée pendant plus de vingt ans, savait parfaitement la langue du pays, et il était accoutumé à la vie austère qu'on y mène, puisque depuis son élévation à l'épiscopat, il ne l'a jamais quittée.

Ce prélat ^tra donc dans le Maduré en habit de mis* sionnaire, sans porter d'autre marque de sa digtiité épi* scopate qu'une petite croix sur la poitrine et un anneau au doigt. Les chrétiens, dont plusieurs milliers avaient reçu le baptême de ses mains, s'empressaient de se ren^

dfe dé toutes parts auprès de leur ancien pasteur. H tsJ^ lut leur ordonner de l'attendre dans leurs peuplades tpi'il parcourait l'une après l'autre^ de crainte qu'un si grand ccoicours ne donnât de l'onxbrage et ne fût cause de qudque persécution. Il donnait chaque jour la confirmation à une infinité de chrétiens ; il entendait les confessions tout le reste du temps qu'il ayait de libre i et il donnait la sainte communion aux fidèles qui se présentaient en foule. Nous nous étions rendus quatre missionnaires auprès du prélat, afin de disposer les peuples à recevoir la confirmation avec firuit. Nous eûmes autant à travailler chaque jour pendant troi^ mois, que si c'eût été la fête de Pâques. Apur étant le centre de la mission, fut ausn le lieu où nous fimes le plus long séjour, et l'on permit, aux néophytes d'y venir de tous les lieux circonvoisins. J'avais fait dresser pour moi une espèce d'appentis au fond d'un petit jardin, afin d'y vaquer avec moins de bruit aux confessions et à l'instruction des chrétiens; je m'y rendais quelques heures avant le jour, je le trouvais souvent déjà occupé par le prélat. Les pauvres et les pariaSy si méprisés dans les Indes, étaient ceux à qui il donnait le plus de marques de sa charité pastorale. Il fit de grandes aumûnes, jusqu'à s'endetter considérablement pour secourir un grand nombre de familles indigentes. Le prince vint le visiter, et lui rendit toutes sortes d'honneurs. Quoiqu'il soit gentil, il a pour les missionnaires une singuhère affection, et aux fêtes principales il envoie d'ordinaire trois ou quatre de ses gens pour empêcher le désordre qu'y pourraient faire les gentils que la curiosité y attire.

M>^ Tévéque de San-Thomé spuhaitait extrêmement*

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