‹ La mission du maduréChapitre 4 sur 12 · IV · texte numérisé non relu

IV

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djB pénétrer juiqiae éam le Maraya^ et iléisA près d^ entrer, lorsque des afftdres pressantes le rappelèrent à| la côte de Coromandel. Il nous ppcnnit en partant qu'il re- \ia3drait le plus toi qu'il. pouarrait pour parcourir toutes les autres églises de la mission : mais il ne Fa pu faire depuis ce temps-Jà^ ayant été obligé de lâsiter toutes lès églises qui se trouvent sur la <UMy dans les colonies françaises, miglaises) hollandaises^ danoises, portugaises, et dans quelques autres villes qui appartiennent aux musulmans et êm gentils. Il parcourut tous ces diffé^ F^ts endroits, ssns trouver le moindre obstacle de la part des hérétiques et des infidèles. Il revint ensuite à Madras, où il s -embarqua pour aller visiter toutes les éghs^ des n^aumes d-Arrakan et de Bengale, jusqu'aux frontières du 'Hiibét. H est accompagné du P. Barbier, missionnaire français du Ganâate, qui partage avec ce prélat les travaux immenses qu'il fmX essuyer dans la visite du plus grand diocèse qu^il y ait au monde : car il s'étend depuis la pointe de GagHa-Ménte près de Céylan, sur toute la partie orientale de l'Inde méridionale, et comprend les tron royaumes d^Arracan, de Bengale et d'Orixa.

Aussitôt après le départ de Monseigneur, je retournai au Marava, où je trouvai ôia nouvelle église presque achevée- J'eus la consolation d^y célébrer la première messe le jour de l'Assomption de la^trèe-saiiite Vierge, à laquelle je Pavais dédiée. Il y eut un ci^oours extraordinaire de ehrétiens, eit un grand nombre d'infidèles se convertirent. Un seid missiomiair^ ne pouvËmt suffire àce tra^rail, mon dessein était de bâtir une autre é^se vers l'orient, et d'y appeler im de aos pères pour partager avec moi une moissiMi qui devenait de jour en jour plus ab'ohdantej

maii j'eus la douleur de voir toQl-4-06up de si bèlies espérances ruinées.

Le prince nouvellement monté sur le Ipôtte, était toft attaché à ses iausses divinités, et faisait rebâtir mi ^and nombre de temples que son prédécesseur avait négligés. Les braines, qui s'étaierrt emparés de son •esprit, lui représentèrent qu'il était assez inutile de relever léttrs temples abattus, sHl ne détruisait celui du Dieu des chrétiens, qui faisait déserter tous lés autres. Ils profitèrent ensuite d'un accident arrivé à un seigneur chrétien, fort puissant à la cour, et premier secrétaire datait, pour tilié»er tout-à-fait le prince de notre sainte religion. €e seigneur, qui portait de l'argent à une petite armée qu'on avait levée pour donner la chasse aux voleurs, s'était engagé témérairement dans les bois avec une trop petite escorte t il y fut attaqué par une troupe de œs vdéurfe, ^m le dépouillèrent, lui enlevèrent l'eÊrgènt et lui donnèrent plusieurs coups de poigiaard. On le porta toul «ensanglanté dans sa maison, où je me rendis au j^s vite, et où je n^eus que le temps de le confesser avant sa mort.

Xes bran»es et les autres ennemis de la rehgièn dirent sur cela au prince que j'avais eu recours à mille sortilèges pour conserver la vie à cet officier de sa cour ; mais que par ces sortiléges-là même, j'avais avancé sa mort; que s'il eût été permis aux brames de faire leurs prières et leurs sacrifices, l'État n'aurait pas perdu un ministre si fidèle. Le prince, infiniment sensible à cette perte, avait une disposition naturelle à loroire ces imposteurs. Aussitôt il donna ordre que le lendemain, dès la pointe du jour, on s'assurât de ma personne et de mes catéchistes, qu'on pillât et kiilât mon église, qu'on m'emprisonnât, qu'on fouettât mes catéchistes, et qu'on les mît à la td!*-

ture ; il défendit néanmoins qu'on me maltraitât, se faisant scrupule de irioler la parole qu'il m'avait donnée si solennellement.

Cet ordre, bien que donné en secret, fut entendu par le fils d'un chrétien gouverneur de la capitale et intendant des finances, qui se trouva alors dans l'appartement du prince. Il en donna avis aussitôt à son père, qui dans l'instant me dépêcha un courrier pour m'avertir de prendre mes sûretés. L'ordre avait été donné le samedi à quatre heures du soir; et quoique mon église fût à huit Ueues de là, j'en reçus la nouvelle avant minuit. J'étais encore . occupé à confesser un grand nombre de chrétiens qui s'y étaient rendus. A cette nouvelle, tous me pressèrent de me retirer. Je ne suivis pas leiur conseil, pour les raisons suivantes : on m'avait donné souvent de semblables avis qui s'étaient trouvés faux, et il en pouvait être de même de celui-là; en me retirant, je laissais mon église et les chrétiens à la merci de nos plus cruels ennemis; ma retraite même semblait confirmer la vérité des crimes qu'on m'imputait, et les brames en eussent fait un sujet de triomphe; enfin, je faisais réflexion que si je sortais une fois du Marava , il me serait très-difficile d'y rentrer, et j'avais cet avantage en y demeurant, que de ma prison même je pouvais aisément détruire les calomnies des brames . trop heureux si, en prenant le parti que je jugeais le plus sage. Dieu me trouvait digne de souffrir et de mourir pour une si sainte cause. C'est pourquoi, ayant fait transporter dans les peuplades voisines les principaux ornements de l'église, je ne réservai qu'un seul ornement / pour dire la messe le lendemain, supposé que la nouvelle ne fût pas véritable. Comme mes catéchistes étaient menacés des plus cruels tourments, je les exhortai à se re-

tirer ; mais ils se tinrent offensés de ma proposition, et ils me répondirent qu'ils étaient prêts à tout souffrir ^utât que de m'abaudonner : ils se confessèrent et communièrent pour se préparer au combat qu'ils auraient à soutenir. Deux autres chrétiens suivirent leur exemple:

Le jour parut, et l'on ne s'aperçut d'aucun mouvement ; c'est ce qui fit qu'une centaine de néophytes, que le bruit de cette persécution avait dispersés, revinrent à l'église. Je commençai moi-même à douter si Favis qu'on m'avait donné était véritable : ainsi, je me mis à entendre les confessions des néophytes, après quoi je dis la sainte messe, où je m'offi*is de bon cœur en sacrifice, demandant instamment à Notre-Seigneur qu'il daignât conserver cette église nouvellement élevée ^n son honneur au milieu de la gentilité. Je fis ensuite appeler vingt-cinq catéchumènes qui se disposaient depuis longtemps à recevoir le baptême. Après les avoir entretenus, je les remis entre les mains des catéchistes, afin qu'ils continuassent à les préparer, tandis que je réciterais mon office.

A peine avais-je ouvert mon bréviaire, qu'un brame, un capitaine et une troupe de soldats parurent dans la cour de l'église : ils venaient, disaient-ils, pour me conduire au palais, où le prince voulait m'entretenir. Cette nouvelle me fit plaisir, dans l'espérance dont je me flattais, quejsi je pouvais parler au prince, je lui inspirerais des sentiments favorables à la religion. Je leur demandai la permission de faire quelques prières avant que de partir, et de donner le baptême à quelques-uns de mes disciples. Ce n'est pas de quoi il s'agit, me répondirent^ils sèchement, et en même temps ils ordonnèrent aux soldats d'entrer dans ma cabane. Ils s'attendaient à j trou-

ver des choses infinimeot précieuses ; et ils furent bien siirpris de n'y découirrir que des meubles fort pauvres.

Nous avons coutume de porter les ornements d'autel dans des psuûers assez propres, faits en forma de cofirey et couverts d'une peau de daim ou de tigre : je m'en saisis aussitôt^ et je déclarai aux envoyés du prince, que leur abandonnant tout ]e reste, je ne permettrais à per-sonne de toucher aux meuUes qui servaient aux sacrifices que je faisais chaque jour au Dieu vivant; que mes catéchistes mêmes n'y pouvaient noettre la main; qu'ils se gardassent bien d'y toucher s'ils ne voulaient éprouver la malédiction que je lancerais sur-le-champ de la part du vrai Dieu^ auquel ces meubles étaient spécialement consacras.

Ce$ paroles, {wroférées d'un ton ferme, les intimidèrent ; car il n'y a rien que les Indiens appréhendent davantage que ks malédictions des gouroux : « A la bonne heure, » me répondirent-ils; mais ouvrez-nous ce Poûsei-pettiy ïf c'est-à-dire, ce coffre du sacrifice, et montrez-nous ce » qui y est renfermé, afin que nous en puissions faire le » rapport au prince. » J'ouvris le coflfre, et je leur montrai chaque pièœ l'une après l'autre. Leur avidité ne fut ^ère irritée : la chasuble et le devant d'autel étaient d'une soie de la Gbinè fort commune ; le cahce et le ciboire aujraient pu les frapper, parce que la coupe en était de vermeil, et le reste de cuivre doré ; mais je les tins eUrelof^s par irespect^ et je ne leur montrai que le dessous du picd^ qui n'était pas doré, de sorte qu'ils n'en •firent pas grand eas^ Les chrétiens avaient eu soin de retirer de l'église une fort belle image de la sainte Vierge, -et quelques ornements de peu de valeur.

Etifin, les soldais prirent les petites provisions de riz

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Qi de légumes^ avec les pots et les autres usiensileâ qu'il$ trouvèrent dans ma cabane ; ils enlevèrent pareill^cnent deux charges de tû qu'un fervent chrétien avait mises à la porte de i'église pour être distribuées aux pau^^es, fipres quoi; ails m-ordcumèrent de les suivre. J'allai à Pé<glise, où m'étaBt prost^né contre tejrre^ je restai quelque . temps en prières sans qu'ils m'interrompissent. J'exhortai ensiuite les chrétiens, qui fondaient eu larmes, à persévérer dans la foi, et je dis aux catéchumènes que si le. Seigneur me faisait la grâce de verser moQ sang pour les intérêts de la religion, ils allassent trouver le missionnaire d'Aour, qui leur conférerait le baptême. Je fus étonné du respect Kjue les ministres du prince et leurs soldats me témoignèrent, lem* coutume étant de traiter avec toutes sortes d'indignités ceux qu'ils ont ordre de conduire en prison.

A peine eûmes-nous fait quelques pas, que je songeais à prendre le chemin de la capitale, ainsi qu'ils me l'avaient dit; mais Us m'en empêchèrent, en me montrant leur ordres qui portait de me mettre en prison à une lieue de l'église. C'était le même endroit où le vénérable P. de Britto, dont la mort glorieuse vous est assez connue, fat conduit il y a environ vingt-trois ans. Ce souvenir me remplit de joie, dans l'espérance du même bonheur. Néanmoias, comme ils voulurent me renfermer dans un temple d'idoles, bâti de briques et assez vaste, je leur répondis qu'ils me mettraient plutôt en pièces que de m'y faire entrer, et que s'ils m'y entraînaient par force, je renverserais toutes leurs idoles. Cette répwise les fît changer de dessein, et ik me mirent dans un réduit fort humide, qui n'était couvert que de paille, et qui était fermé d'uû grand retranchement, incontinent après, ils

mirent les fers aux pieds de mies deux t^atéchistes, et ils firent venir plus de deux cents soldats pour nous garder, dans Pai^réhension où ils étaient que les chrétiens ne nous enlevassent. Je me présentai aux soldats pour participer aux fers des catéchistes, et je leur dis pour les y engager, qu'étant leur chef et leur mattre, cet honneur m'était dû préférablement à eux-. Ils me répondirent qu'ils avaient défense de mettre la main sur moi.

Le lendemain, ils préparèrent plusieurs poignées de branches de tamariniers, qui sont aussi pliantes que l'osier, mais qui, étant semées de nœuds, causent beaucoup plus de douleur, et ils conduisirent les deux catéchistes sur la place publique ; ils les dépouillèrent tout nus, ne leur laissant qu'un simple linge qui leur entourait le milieu du fcorps. Après bien des reproches qu'on leur fit sur ce qu'ils avaient embrassé une loi nouvelle, deux soldats déchargèrent de grands coups sur le plus âgé, qui relevait d'une longue et dangereuse maladie. La force de ma esprit suppléa à la faiblesse de son corps ; il supporta ce tourment avec une constance 'invincible , prononçant à haute voix les saints noms de Jésus et de Marie ; et plus les idolâtres, qui étaient accourus en foule à ce spectacle , lui criaient d'invoquer le nom de leur dieu Siven, plus il élevait la voix pour invoquer le nom de Jésus-Christ. Les bourreaux s'étant lassés sur cette victime, deux autres prirent leur place et exercèrent la même cruauté sur le second catéchiste, dont la fermeté et la patience furent également admirables.

Après ce premier acte d'inhumanité, on leur fit souffrir une question très-douloureuse; les bourreaux leur mirent entre les doigts de chaque main des morceaux de bois inégaux^ et ils leur serrèrent ensuite les doigts très^

é^itement avec des: cordes. Pour rendre la douleur encore {dus Tive, ils les forcèrent de meiti« leurs mains ainsi serrées sous la plante de leurs i^eds, que les bourreaux pressaient encore avec les leurs de toutes leurs forces. Leur intention était d'obliger mes catéchistes, par cette torture y à découvrir où j'avais caché mes prétendues richesses. J'entendais de ma prison la voix de ces généreux patients, et l'on peut penser avec quelle ardeur je priais le Seigneur de donner à ses serviteurs la force et la constance dont ils avaient besoin dans ce combat digne de ses regards.

Quand je les vis entrer dans le retranchement, je courus au-devant d'eux, et, m'étant mis à genoux, je leur baisai les pieds, puis je les en;ibrassai tendrement, le visage baigné de larmes, que la joie et la compassion tout ensemble me faisaient répandre ; je les féUcitai de l'hon-* neur dont ils venaient d'être comblés, ayant été trouvés dignes de souffrir les opprobres et les tourments pour le nom de Jésus-Christ ; je baisai avec respect les endroits de leur poitrine et de leiu*s épaules qui étaient les plus meurtris, et j'essuyai avec vénération le sang qui en découlait encore ; je ne pouvais me lasser de prendre leurs mains livides et de les mettre sur ma tête, en les o&ant à Dieu en expiation de mes propres offenses, et le suppliant, par les mérites de ces généreux confesseurs, d'ouvrir les yeux à cette aveugle gentilité.

Ces différentes marques de joie, de compassion, de respect et de tendresse que je donnais à mes chers enfants en Jésus-Christ, furent interprétées bien diversement par les idolâtres, qui étaient entrés en foule dans le retranchement : « Voyez-vous, se disaient-ils entre eux, )» comme il les caresse ; c'est parce qu'ils n'ont point dé-

» couvert où étaient ses trésors, y» Je leur fis à cette occasion un assez long discours^ où j'essayai de les désabuser : c( Si j'avais des richesses à amasser , leur dis-je, ce )» ne serait pas dans un pays si pauvre que le vôtre que i> je viendrais les chercher, ou que je voudrais cacher » celles que j'aurais pu amasser ailleurs. J'ai, à la véli rite, un grand tréaor, mais je ne le cache à personne ; » c'est le royaume des cieux que je vous annonce, et dont » je souhaite de vous faire part au prix même de mon » sang. Portez-en la nouvelle à votre prince ; dites-lui » que, sans qu'il ait besoin d'user de violence, j'ai à lui » offrir un trésor inestimable, auprès duquel tous les au- » très trésors sont indignes de son attention, » Ils comprirent aisément ma pensée, et les plus sages d'entre eux ne purent s^empêcher de blâm^ le prince de s'être laissé tromper par l'envie et la maUgnité des brames.

Il était midi, et depuis plus de vingUpiatre heures nous n'avions rien mangé; les ministres du prince se retiirèrent tout confus de la cruauté qu'ils venaient d'exercer, et le brame qui commandait notre garde nous fit apporter du riz et des légumes qu'on avait trouvés dans ma cabane. Un chrétien eut alors la liberté de sortir poui* aller quérir de l'eau et du bois.

Cependant, le brame écrivait au prince pour lui rendre compte de tout ce qui s'était passé. Le prince fut surpris de ce qu'on avait trouvé si peu de chose dans mon église ; en lui avait rapporté qu'on y avait vu, le jour d'une fête, un dais superbe qui valait plus de mille pagodes, c'està-<lire plus dé cinq cents pistoles. Ce dais n'était cependant que de toile peinte, pnié de divers festons de pièces (te soie de la Chine. Il se douta que j'avais reçu quelques avjSy et 6on soupçon tomba sur le gouverneur de sa capi-

taie, qui est dirétien. Celui-ci s'excAisa eu lui dismi que si j'avais été efffctivemeut averti, soit par lui» soit ^ quelque autre, de l'ordre donné coqtre moi, je n'aurais pas manqué de me dérober à sa poursuite , comoiei il m'était aisé de le faire ; qu'il ne devait pas s'étonner quç •mon église et ma cabane fussent si pauvres, puisque je faisais profession de la pauvreté la plus exacte ; qiie ces ornements précieux qu'on disait avoir vus dans mon église étaient des pièces de soie ou de toUe peinte qui s'anpruntaient aux cbréliens, et qu'on rendait aussitôt après la célébration des fêtes; que lui'-m^OQe avait prêté souvent des pièces de .soie pour orner mon église ces jours-là.

Cette réponse ne satisfit nullement le prince. Il envoya un nouvel ordre au brame, par lequel il commandait de tourmenter de nouveau mes deux catéchistes , et de les tenailler, de brûler mon église, d'envoyer partQUt des soldats pour saisir les autres catéchistes, et pour leur faire souffrir les mêmes supplices, ce II faut, disait-il, » tourmenter ses émissaires, dont il se sert pour séduire » mes sujets et leur faire abandonner la religion de leurs )» pères. » L'ordre portait aussi de me resserrer plus étroitement que jamais, sans pourtant user de violence à mon égard; le malheur arrivé à son prédécesseur, qui avait fait mourir le P. de Britto, lui faisait appréhender un sort semblable, et c'est l'unique raison qui le porta à cette sorte de ménagement.

L'ordre nous fut lu par le capitaine, le brame n'étant pas en état de le faire, parce qu'il était retenu au Ut par une fièvre ardente. Cette maladie, qui le prit tout-à-coup, l'intimida, dans la persuasion où il était que c'était une punition de la cruauté avec laquelle il avait traité

mes catéchistes. Il me pria de Palier voir dans Fendroit du retraDchement où il était couché. Il me -fit aussitôt des excuses de la manière indigne dont il me traitait, et il en rejeta la faute sur Pavarice du ^prince, dont il ne pouvait s'empêcher d'exéculer les ordres contre ma personne, contre mes catéchistes et contre mon église.

Je le confirmai dans Popinion où il me paruft être que cette maladie soudaine était, selon toute apparence , un châtiment du vrai Dieu, qu'il persécutait dans la personne de 5es serviteurs; je lui dis que les ordres qu'il venait de recevoir étant injustes, et sollicités par lui-même, il ne -pouvait les exécuter sans se rendre aussi coupable que le prince qui les avait portés; que, du reste, le premier ministre, qui venait de l'armée, arriverait dans deux jours, et qu'il en pouvait surseoir Pexécution jusqu'à son arrivée. Il le fit, et dès que le premier ministre parut, je lui fis demander audience. Il m'envoya deux de ses principaux officiers pour me dire qu'il ne voulait pas me parler, de crainte que le prince ne s'imaginât que je l'avais gagné par quelque somme d'argent, mais qu'il permettrait à mes catéchistes de paraître en sa présence. Il ordonna sur-le-champ qu'on leur ôtàt les fers et qu'on les lui amenât. D'abord il leur marqua le déplaisir qu'il avait des tourments et des a&onts qu'on leur avait fait souffrir; « mais, ajouta-t-il, le prince n'a-t-il pas raison » de vous punir pour avoir end>rassé une loi si contraire » à celle du pays, et pour aider un étranger à la prêcher » et à pervertir les peuples? Vous êtes de la même caste » que moi ; pourquoi la déshonorez-vous en suivant un » inconnu? Quel honneur et quel avantage trouvez vous » dans cette loi ?— Nous y trouvons, répondirent les caté- » chistes, le chemin du ciel et de la félicité éternelle. —

» BoD ! répiiqua-t-il en riâDt, quelle autre félicité y a-t4i » que celle de ce monde ? Pour moi , je n'en connais » point d'autre; votre gourou vous abuse. — Nous le )) saurons un jour, vous et nous, répondirent les catéchis- I» tes, quand nous serons dans l'autre monde. — Hé ! quel » autre monde y a-t-il? leur demanda le ministre. — Il y » a, répliquèrent-ils, le ciel et l'enfer ; celui-ci pour les mé- » chants, celui-là pour les bons, i» Ck)mme ils voulaient lui expliquer leur foi plus en détail, cet infidèle les interrompit, en leur disant qu'il n'avait pas le loisir d'entrer dans un long discours , mais que s'ils pouvaient donn^ caution, il leur permettrait de le suivre à la cour, où il t&cherait d'apaiser la colère du prince. Un chrétien, capitaine d'une compagnie de soldats, s'offrit aussitôt à être leur caution, et ils furent mis en liberté.

Ce ministre me fit dire qu'il s'opposerait à la ri^ne de mon église, pourvu que je promisse quelques milliers d'écus que je pouvais tirer aisément du grand nombre de disciples que j'avais dans le royaume. Je répondis à ceux qui me ^ent cette proposition de sa part, qu'ils pouvaient dire à leur maître et au prince même, que je n'avais apporté dans le Marava que la loi de Jésus^Christ pour la leur annoncer, et ma tête pour la leur donner, s'il était nécessaii*e, en témoignage de la vérité de cette loi ; qu'ils n'avaient qu'à choisir l'une ou l'autre ; mais que je ne permettrais jamais que mes disciples rachetassent par argent ma liberté ni ma vie. <i Je n'ai bâti cette » église, ajoutai-je, qu'en vertu d'une permission so- » lennelle du prince ; c'est à sa paiole que j'en appelle ; il » s'est engagé d'honneur à la conserver, et s'il la détruit, Y> les ruines de ce saint édifice seront un témoignage » éternel du fond qu'on doit faire sur ses promesses.

» QuHl sache qtie je m^estirafe plus heuifeux dafas ma pri- » "son que dans mon église et dans son palais. » Cette réponse étant portée au ministre, il ne dit autre chose, sinon : Hé ! que fera le prince du crâne d'un étranger? 'c'est de Pargfenl qu'il demande ; si l'on ne promet rien, je ne réponds de rien. Il partit ensuite pour la éour, et il permit à mes deux catéchistes d'aller toir leur famille kvant que de venir l'y trouver. Ils avaient chacun leur mère. Celle de Xaveri'M(mttou{t*est lé nom du plus aneien catéchiste) étfdt fort âgée, et il s'attendait à la trouver toute désolée; mais il fut Men surpris quand îl la vit se j^ter à son cou avec un visage épanoui, et M dire en Tembrassant : « G'est à présent que vous êtes mon fife et » que je vous reconnais véritablement jf^our tel; quel » bonheur pour moi d'avoir enfanté et nourri un cony> ffessjcur de Jésus-Christ l Mais, mon cher flls, c'est peu » devoir commeticé à donna? des preuves de votre con- » sttoce, il faut persévérer jusqu'à la fin. Le Seigneur » île vous abandonnera pas si vous Ini êtes fidèle. » Sattimiaden (c'est ainsi que s'appelle l'autre catéchiste) fut reçu par sa mère âvé(ï les mêmes transports de joie et les mêmes sentimeûls de pieté. Il était inarié et avait un en^ fant fort aimable d'environ trois ans. Cette bonne chrértienne le prit etotre ses bras, et le portant au cou de son fils : « Mon enfant, lui dît-elle, embrasse ton père qui a » souffert pour Jésus-Christ; on nous à enlevé le peu que » nous avions, mais la foi nous tiendra lieu de tous les 30 biens. »

Ces deux catéchistes sont en effet très-dignes de Pem>ploi qui leur est confié. Le premier, qui a été marié, perdit sa femme étant encore fort jeune; il a constamment refusé de s^engager de nouveau dans le mariage,

afiû de vaquer plus lilA^eméot à Pinsiructio» <led néophytes. Le ^Good, quoique marié, Vit comme le teligîeux le plus austère ; à une humilité ^ une douceur chai^ mantes, il joint un eèle vif et animé qui le rend infa&t gable ; et bien qu'il n'ait que trente ans, sa vertu le fait sin^lierement respecter des chrétiens.

Ils se rendirent l'un et l'autre à la cour, eu Ton avait transporté tout ce qui avait été enlevé de mon église. Lé prince, qui s'attendait à un riche btitin, fit de sanglante reproches aux brames, de ce qu'ils l'avaient engagé dans une affaire capable de le déshonorer. C^endantj pour couvrir son avarice sous des dehors de ïèle pour ses divinités, il protesta qu'il ne voulait plus souffrir une loi qui condamnait les dieux, et il ordonna qu'on fît une recherche exacte de tous les catéchistes, afin de les punir sévèrement. Ayant appris qu'on avait épargné mon église, il donna im troisième ordre de la réduire en cendres. Une troupe de gentils furent chargés de cette commission. J'avais fait écrire au haut du rétable ces paroles en gros caractères : Sarvesurenukoustotircm, qui signifient : Gloire et louange soient au souverain Seigneur de toiles choses. Le capitaine qui présidait à la destruction de l'église, fit d'abord briser cette inscription, afin, dit-il, que le nom du Dieu des chrétiens fût tout-à-fait anéanti. Les matériaux furent transportés ailleurs et destinés à la construction d'un temple d'idoles. Le reste devint la proie des infidèles.

La ruine de cette église, qui n'était achevée que depuis deux mois, me causa une douleur bien sensible ; mais elle n'égalait pas la crainte que j'avais d'une per-»; sécution prochaine et très -Violente. Le prince était résolu de livrer tous les chrétiens à deux Indiens de sa cour,

qui o&aient de meitr« vingt mille écuB au trésor, si Vùn voulait leur donner le pouvoir de tourmenter à leur gré mes néophytes et de jûller leurs maisons. La chose était presque conclue; mais le premier ministre, par un trait de politique, sauva les chrétiens, afin de se sauver luimême. Il craignait d'être recherché sur l'administration des finances, et il savait que des offîciers chrétiens avaient en main de quoi le perdre. Pour leur fermer la bouclie, et gagner en même temps leurs bonnes grâces, il entreprit de dissuader le prince, et de lui montrer que le dessein qu'il méditait était contraire à ses véritables intérêts. Il lui représenta donc que, pour vingt mille écus qu'il gagnerait, il s'exposerait à perdre plus de vingt ixûlle bons sujets; qu'il y avait parmi eux un grand nombre de capitaines et 4e soldats; que, se voyant persécutés, ils abandonneraient Je pays, et chercheraient un asile dans l'état voisin, qui était actuellement en guerre avec le Marava; que cette désertion grossirait Parmée ennemie, et entraînerait peut-être la ruine de son état. Ces raisons frappèrent le prince, et il ne pensa plus à son premier projet ; mais il se flatta qu'il pourrait tirer cette somme par mon moyen. Il me fit dire qu'il n'ignorait pas que j'étais sans argent, mais qu'il savait aussi l'attachement que mes disciples avaient pour moi ; que j'en avais plus de cent mille, et que quand ils ne donneraient chacun qu'un fanon, ils feraient la somme de vingt mille écus qu'il souhaitait. Il se trompait sur le nombre des chrétiens, ear il n'y en a guère plus de vingt mille qui aient reçu le baptême; mais je ne crus pas devoir le désabuser. Toute ma réponse fut qu'il n'appartenait pas à un étranger comme moi d'imposer une ta^^e sur se^ ^jets; que la loi sw^te que j'ei^sçignai^

prescriyait Pobéissance et la fidélité qui sont dues aux souverains ; que je n'avais ni ne voulais avoir aucun droit sur les biens de mes disciples, et que je ne soufirirais jamais qu'ils donnassent une obole pour acheter, ma liberté; qu'au contraire, si je possédais des richesses, je les donnerais volontiers pour obtenir la grâce de mourir dans l'étroite prison où il m'avait fait enfermer.

Cette réponse ne devait pas lui être agréable ; mais il crut que m^ fermeté ne serait pas à l'épreuve de la longueur et des incommodités de ma prison : c'est pourquoi il ne voulut plus écouter ceux qui lui pariaient en ma faveur. Son propre frère, sollicité par des capitaines et des officiers chrétiens, lui écrivit plusieurs fois pour lui demander ma liberté ; et quoique sa puissance soit presque égale à celle du prince, ses prières furent constamment rejetées. Ces refus réitérés ne le rebutèrent point : il dépêcha un de ses officiers pour solliciter de vive voix mon élargissement. Cet officier, qui avait ordre de me voir en passant, me trouva tourmenté d'une grosse fluxion sur les yeux, causée par l'humidité de ma prison ; il en fut touché, et il représenta vivement au prince le danger où j'étais de mourir dans ce cachot. Le prince, l'ayant écouté assez tranquillement, s'arracha un de ses cheveux, et lui dit en colère : « Pourvu que je ne trempe » pas mes mains dans son sang, je me soucie aussi peu » qu'il meure que de voir tomber ce cheveu 'de ma tête ; » qu'il pourrisse dans sa prison, et que cet exemple ap- )t prenne aux autres gouroux comme lui à ne plus venir » dans mes états pour y séduire mes sujets. »

Néanmoins, nonobstant la colère du prince, mes gardes s'adoucissaient, et devenaient de jour en joiu* plus humains : ils donnaient la liberté aux chrétiens de me

vctoir voir; j-en confessai phigieiun!;; et eomme j'avaiç gardé mes ornements d'autels , et qu'un de mes catéchistes trouva le moyen de m'appôrter du vin et des hosties, j'eus la consolation de dire la sainte messe^ et d'y commimier quelques chrétiens- Je baptisai aussi plusieurs enfants et quelques adultes.

Les consolations que je goûtaîs dans ma prison fur^it troublées pai* la ddûleur que j'eus de voir mourir presque sous mes yeux la femme d'un capitaine gentil, seigneur d'une peuplade voisine, sans pouvoir la secourir. Il y avait un an que je lui avais conféré le saint baptême, et elle avait vécu depuis dans une grande ferveur. Elle fat sensibiemeût affligée de ma prison, par je ne sais quel pressentiment qtfelle avait de sa mort prochaine, et de l'impossibilité où je serais de lui administrer les derniers sacrements. En effet, elle tomba malade, et fut tout à coup à l'extrémité. On n'oublia rien pour engager le brame à me permettre de l'aller voir; mais quelque bonne volonté qu'il eût, il n'osa pas accorder cette grâce, dont le prince aurait eu infailliblement connaissance par les espions qu'il a de tous côtés. Elle demanda avec instance qu'on là transportât dans ma prison, quand même eue devrait expirer en chemin. Ses parents ne pm^ent s'y résoudre, et elle mourut entre les bras d'un catéchiste qui Passista dans ses derniers moments, et qui fut édifié de sa piété.

Enfin, SL'près plus de deux mois de détention, et lorsque je m'y attendais le moins, un offîciôr suivi de quatre soldats vint me tirer de ma prison. Il était chargé de me conduire sur la firontière du Marava, et de m^intûner Pwdre de sortir du royaume et de n^y^us rentrer, sous peine de la vie. Gomme cet officier devait sa for-

tune à UD des pren^^rs seig^e^|?s du pala}^, q]^ éta^t chrétieu, il ne XE'accQn]qpagn§i qu^iwe den^-4pue m sortir de la prison, et il me laissa la liberté d'aller ou je voudrais.

Je me retirai d'abord dans une peuplade ehréti^imef où j'administrai les sacrements à un grand nombre 4^ fidèles. Je comptais n^ar€her pendant I4 nuit, et pai^ courir plusieurs bourgades pour y consoler les cbrétieM, que la destruction de l'égUse^ ma prison et mon exîl avaient consternéis. Mais une personne puissante à la cour, et qui m'était affectionnée, m'écrivit qu'il était plus à propos que je sortisse du Marava ; que la haine du prince se ralentirait peu à peu, et que pour lui, il ménagerait son esprit de telle sorte, qu'il espérait obtenir en moins de deux mois et mon rappel, et le rétablissement de pion église. Je pris donc le parti de me retirer, et je me rendis à une grande peuplade nommée Melcuri. Comme elle est située dans le bois, et qu'elle est fort éloignée de la coiur, j'y demeurai trois jours, et j'eus le temj^ de confesser et de communier tous les chrétiens de ce lieu-là et des pays circonvoisins. Enfin, je continuai ma route, eit j'allai demeurer hors des terres du Marava, dans i^n lieu qui en était assez proche pour être à portée d'en recevoir de fréquentes nouvelles.

Environ un mois après, mon bannissement, le prince fit une double perte^qui lui fut infiniment sensible. Deux de ses enfants moururent, et ce qui le toucha vivement, c'est qu'il avait destiné l'un d'eux à être un jour son successeur. Il regarda cette affliction comme l'effet de sa dureté à mon égard. C'est ce qu'il avoua à un de ses officiers, auquel il promit qu'il me rappellerait incessamment, et qu'il ferait rétablir mon égiis^. MaiS; o«^

bliant peu à peu la perte de ses enfants, et détenant de jour en jour plus attaché à ses superstitions, il ne pensa plus à tenir sa promesse.

Varouganadadeven (c'est le nom de son frère) était beaucoup plus humain, et avait toujours paru affectionné au christianisme. Je l'envoyai prier par un de mes catéchistes de me donner une retraite sur ses terres : il hésita quelque temps à prendre son parti ; mais enfin, il m'écrivit une lettre fort obligeante, par laquelle il m'invitait à venir le trouver, et m'accordait sa protection. Ce prince fait sa résidence ordinaire dans une forteresse ap^ pelée Aradanghi : c'est une conquête que le feu prince du Marava a faite sur le prince de Tanjaour; elle est bâtie de pierre; ses tours sont assez hautes et garnies de quelques pièces d'artillcHe ; ses fossés étaient autrefois fort larges et fort profonds ; mais à présent ils sont à demi comblés. Varouganadadeven est le maître d'une bonne partie du Marava : tout le royaume lui appartenait de droit, car il est l'aîné; mais il ea a cédé la souveraineté à son cadet, qu'il reconnaît avoir plus de talent que lui pour le gouvernement.

Ce prince me reçut avec distinction et avec amitié, m'obUgea de m'asseoir auprès de lui, et me fit des excuses sur les mauvais traitements que j'avais reçus de son frère; puis notre entretien roula sur la religion. Je lui expliquai les commandements de Dieu, le Symbole des Apôtres, et en particulier l'article du jugement dernier, et leé peines étemelles destinées à ceux qui n'adorent pas le vrai Dieu. Je tenais à la main mon bréviaire : il le prit, et le feuilleta avec curiosité ; il en admira les caractères, et il fallut lui donner quelque idée de notre imprimerie, que les Indiens ignorent; car ils ne

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savent que graver avec une espèce de burin, ^ur 4e grandes feuilles de pnlmier sauvage.

Il considéra attentivement une image de Rome en taille-douce , où la sainte Vierge est représentée la tête couronnée d'étoiles, ayant la lune et la terre sous leé pieds^ et tenant entre ses bras l'enfant Jésus, a Elle est » belle, me dit-il, mais elle ressemble à ime veuve, car » elle n'a aucun joyau pçndu au cou. » En effet, les veuves ne portent aucun ornement dans le Marava, et c'est par là qu'elles se distinguent des autres femmes, (c II est » vrai, seigneur, lui répondis-je; mais prenez garde » qu'elle tient le monde sous ses pieds, et que sa tête est » couronnée d!étoiles ; une seule de ces étoiles est capa- » ble d'effacer l'éclat des plus précieux diamants; mais » elle n'a pas besoin de ces ornements fragiles qu^elle » foule aux pieds avec lé monde qui les produit. »

Cette réflexion fut applaudie et du prince et de sa cour. Il répéta plusieurs fois le nom de Déva-Mada, que nous donnons à la très-sainte Vierge , et qui signifie la Divine Mère. Montrant ensuite mon bréviaire à ses courtisans : « Voilà, dit-il, toutes les richesses que ce » Sanniassi porte avec lui ; ji'est-ce pas un objet bien » capable d'exciter l'avidité de mon frère?» Puis, en m 'adressant la parole : « Mon frère fera, dit-il, tout ce » qu'il voudra sur ses terres ; pour moi, je vous donne » toute permission de demeurer dans les miennes, et d'y » choisir un endroit pour bâtir une égUse. Il est bon » néanmoins, m'ajouta-t-il, qu'elle ne soit pas éloignée » d'ici, afin qu'elle soit à couvert de toute insulte ; » et il m'indiqua un assez bel emplacement à deux lieues de sa forteresse.

Je le remerciai de ses bontés ; et comme, selon Içi cou-

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ttftne des prinoes indiens , il voulut me faire présent d'une pièce de toile très-fine^ je m'excusa de k recett)ir j en lui disant que je m'estimerais plus heureux ë'il totriaii bien, en présence dé toute sa cour, më faire rtibnneur de mettre sa main droite dans la mienne , ^ur faire ciMinàître à tout le monde qu'il protégeait les chrétiens. (( A cela ne tienne^ » me ré{ioâdit-il en isouritel ; et levant la main avec grâce, il l'étendit sur la Métirië, eri rn'assurant de son amitié et dfe fei protection.

le restai deux où trois jdurs à cette cour pour déteritiiner l'endroit où je bâtirais l'église. Durant ce tempstt, lè prince m'ëbvbya touà les jours dans des plats d'argent dtt riîÈ, du lait et toute sorte de légumes et détruits du pays. S'il eût feu le moindlre Soupçon que je fusse de là càstè des Pirangttis, il ne m'aurait point certainement admis auprès dé sa përsbûtie, ni envoyé des i^âtâ qui ifeônt à âôn usage. Un dé ses ministres, homthe d'esprit, fit en ihà présence un portrait fort ridicule des Prànguis ou Européen*, qu'il avait vuS à la côte de Coromandel, et il concluait que mes inatiières, ma façon de vivre si bppbséë à celle dfe ces Ptàhgui^, étaient une preuve con- Vîdiicànte iquë jéii'étaîs j^afe.d'une caste si méprisable.

Je Visitai, avec niëiS catéthîistes fet quelqtiefe capitaines feErëtiens, l'endroit qtié le prince avait indiqué pour y Bonstruire là nouvelle église; Le lieu mé parut assez ëotiilhodé eh lui-même ; tnaié il ne l'était guère pour lés clirétiéns, isurtdtit pour cent qui ëont vers le midi MàÈ les terres dU prince du Màràvà, qui en auraient été ^a éloignés. Je jugeai (Ju'il contenait tnieux de la bâtir Sttr la ïHhtière de» dëtii Étalé, aâu d'être plue à portée de secourir les chrétiens de tout le Marava. J'eh fis faire là prot)osition au prinbe mon protecteur. Il eut d'abord

de k peine à ceoseatir que je m'établisse si loin de son palaiS) dans là crainte que je ne fisse des excursions sur Isa terres de aon firère, avec lequel il faudrait se brouiller s'il me faisait quelque nouvelle peine. Enfin ^ {Hressé par mies soUkilatidns réitérées^ il m'accorda un terrain où il avait Sait éutaefoâs creuser un puits d|uas le dessein d'y faine un jardia, et il ordonna aux pieuplades voisines de me fournir ce qui me serait nécessaire pour la construction de i'église et de ma maison Je m'y transportai, et ayant fait curer le puits qui était presque comblé, j'y trouvai de fort bonne eau et en abondance , ce <pii est U'ès-rare dans le Marava. Je ne balançai point à y bâtu* ma^ nouvelle église, laquelle subâst^ra sans doute pendant la vie de ce bon prince, qui donne de jour en jour d& nouvelles marques de son estime pour les mission- ^aaires, et pour les durétiens qui s'y rendent en foule de tous les quartiers du Marava.

CSependant, comme il m'était Inen triste de ne pouvmr aller sur hess terres du prince régnant pour y administrer les sacrements aux malades, je tàcbai d'en obtenir la permission, et je la lui fis demander par des personnes de sa cour qu'il ooi^idère : « Mon frère le protège, dit- » ûy cela suffit. » Le ton dont il prononça ces paroles ne fit que trop connaître le sect-et mécontentement qu'il en avait. J'ai su depuis qu'il en avait fait des reproches amers au prince son frère ; mais comme eelui-ci est absolu et indépendant, il s'est mis peu en p^e de ce^ reproches.

Il a fait encore moins de cas des fréquentes remontrances qui lui ont été adre^ées par les brames et pai* les prêtres des idoles. Comme ils lui disaient avec assez de chaleur que leurs dieux menaçaient d'abandon-

lier deux ou trois temples qui sout à une ou deux lieues de ma nouvelle église : (( Il faut, répondit le prince d'un » ton moqueur, que ces dieux.soicnt bien faibles et Bien » timides, puisque, fortifiés comme ils le sont, dans de » beaux temples de pierre et de brique, ils^edoutent un » Dieu qui n'est logé que dans une cabane de terre. Je » ne prétends pas les chasser en recevant ce docteur )> étranger ; mais s'ils ne sont pas contents, qu'ils pai^- » tent quand ils voudront, il en restera toujours assez » daifâlepays. »

Il y a plus de quinze ans que ce prince est marié, sans qu'il ait eu aucun enfant du grand nombre de femmes qu'il entretient dans son palais. Il semble que, n'ayant point de récompense à attendre dans l'autre monde, s'il persévère dans son infidélité, Dieu veuille le récompenser en cette vie de la bonne œuvre qu'il a faite en rétablissant la religion presque détruite. Au bout de la première année de mon établissement dans ses terres, il lui est né une fille, et il reconnaît publiquement qu'il la doit au vrai Dieu. Les gentils mêmes ne peuvent s'empêcher de dire hautement que le Dieu des chrétiens a ôté au prince qui les a persécutés les enfanis qu'il avçdt, pour les donner à celui qui les protège. Il promet que s'il lui naît un fils, il fera bâtir au vrai Dieu une église plus magnifique qu'aucun temple qu'il y ait dans le Marava. Prions le Seigneur que, pour le bien de la reUgion, il daigne accorder à ce prince une postérité telle qu'il la désire; et plus encore, qu'il daigne lui ouvrir les yeux et le tirer des ténèbres de l'idolâtrie.

Je me recommande à vos saints sacrifices, etc.

BILÀTfON DE CE QUI s'eST FASSE DANS LES MISSIONS DU MÀRÀVÀ ET DU TÀNJAOUR PENDANT LES ANNÉES 1714 ET 1715.

( Tirée d'an Mémoire portugais adressé au très-révérend P. Michel- Ange Tambubuii, général de la Gompagnie.de Jésus).

La chrétienté du Marava était dans un état florissant, et la foi y faisait de jour en jour de nouveaux progrès. Le missionnaire de cette contrée avait baptisé en peu d'années plus de deux mille idolâtres ; et il espérait recueillir encore de plus grands fruits, lorsqu'il s'éleva tout-àcoup un orage qui mit la constance des nouveaux fidèles à une dure épreuve. Voici quelle en fut l'occasion.

Les gentils célébraient la fête de ilam^c^r en, fameuse idole qu'ils révèrent. Le prince, accompagné des seigneurs de sa cour et de plusieurs brames, se mit en chemin pour se rendre à la pagode, et pour y prendre le bain qui, selon eux, a la vertu d'effacer tous les péchés. Avant son départ, il laissa le gouvernement de ses États à Tinivaluvatheven, son parent et son beau-frère, qui était parmi les néophytes im modèle de piété et de vertu ; mais il lui défendit expressément de visiter l'église des chrétiens pendant son absence, et il accompagna sa défense des menaces les plus capables de l'intimider.

Le prince étant arrivé à la pagode, et prenant le bain que les gentils tiennent pour sacré, aperçut sur le rivage quelques-uns de ses soldats qui s'entretenaient ensemble. Il demanda aux brames qui l'entouraient pourquoi ces gens-là ne prenaient point, à son exemple, un bain si efficace et si salutaire. Les brames, ennemis nés de la loi chrétienne, saisirent l'occasion qui se présentait d'ai-

grir Pesprit du prince et de Panimer contre les adorateurs du vrai Dieu. « Quoi ! seigneur, lui dirent-ils, gou- » ves-veus, igncnrer que ces soldats sont chrétiejis, que » vous êtes actuellement l'objet de leur risée, qu'ils se » moquent et du culte que vous rendez à Ramesceren, et » de la pet'suasion où voufe êteé que dattS tes eaux sa- » crées vous recevez l'entière rémission de vos fautes? > Pour vouis en convaincre, vous il'avëz qu'à ordonner i> iqu'on leur présente dœ cendres dédiées au grand 6tft vea^ 6t qu'on leur propose d'en marquer leur front se- % i6a notre tts»ge, vous serez téiiH)î& vousHnéme du mé- » pris qu'ilè en feront. »

A^eine eur^t-ils achevé ces paroles, q^'uii l^^ame» sans attendre l'ordre du prince, se détacha de la troupe^ (im d'un petit sac des cendres consacrées à Siven, s'avança vers les soldats chrétiens et les invita à s'en met* tré au front. Les néophytes* en refusant de prendre ces riigïWBis dé l'iddâtrie^ ne pureiît is'empêcher de faire partà^ de l'indignation ; c'est ausisi à quoi s'attendait le bràmt ^ et oommis son dessein était de manifester aux yetox du prince l'aversion que les chrétiens avaient pour ses diviéités, il fit de nouvelles inst^ces, et pressa forti^ent les soldats de s'a^liqùi^ au front bes marques tie vénération potir Siven.

Ces invitations réitérées impatientèrent un des néofhytes; il étenditlamoin pour recevmrle& cendres qu'on lui offi^t , et aussitôt, suivant l'ardettr de son zèle^ et sans faire réflexitm qu'il était observé, il les jeta par terre wee dédain et les foula aux pieds. Le prince, qui exami- «ait attentivement la contenance des néophytes, se livra dès lors aux plus violents transports de furfeur; on ne sût nlème ce qui l'empécfaa de venger sur^-le-champ, par

k mort de ces néophytes^ l'outrage qu'Usirenaient ds faire à sa divinité.

On lui apprit au même mometit (pi'ausattôt .afHrèÉi 'son départ^ Tiruyaluvalheven son beau-frère avait^ cetnlre sa d^ense» visité l'église des ehrétiei^^ et avait pcffiieq$é à leurs mystères. Cet ftvis^ qui était véritable^ redoubla les aecès de sa fureuf. Il sortit du bain transporté de rage^ •t prit la route de sa capitale, dans ia résolutioa d'eKter- Bmier le christianisme dans ses États.

A peiné fut-il enU'é dans son palais qu'il ordonna à ses soldats èé se répandre dans l'étendue de sa principauté , de parcourir les maisons des chrétieas^ de leur enlever tout ce qu'ils y trouteraièht de vestiges du christîanisâaie. Cet ordre impie fut exécuté avec la dernière r^ueur ; il n'y eût aubun des fidèles i^pût échapper à l'exacte perquisition des soldats : on leur arrabhà avec violence les ehapeletSj les croix^ les médailles, lei^ images e\ les )ieliques, qu'ils s'efforçaient mUtilement de cachet* et de dérober aux yeux de leurs persécuteurs; Ces préicieuses dépouilles furent apportées oomme en triomphe aux pieds du prince ; il les fit mettre dané divers sacs et les fit jeter daUs un étaUg public, au milieu des apj^budisséments et di3S cris de joie d'une multimde innombrable d'idolâtres.

Non content ée çettie j^mière expédition^ qui J^tà la eonètemàtion pirmi les nouveaux fklèles^ il lâcha de les efirayer encore davantage par la manière impitoyable avec laquelle il sévit contré son propre sang. Il fit appe« 1er Tiruvaluvatheven son parent^ e4^ jetant sur lui des negards menaçants, il lui signifia que , pour co^erver ses honneurs et sa vie, ii n'avait jJus d'autre parti à prendre que d'abandonner à l'heure même l'infâme loi des Pranfuis, et de sacrifier au grand Siven; que s'il balançait

ÛD moment, il allait le méconnaître pour son parent, le dépouiller de ses dignités et de ses revenus , et lui faire soufBrir un long et douloureux supplice ; qu'enfin il lui ôterait la vie par une mort également honteuse et cruelle.

Ces menaces n'intimidèrent point le généreux néo^ phy te , il répondit comme un autre Eléazar, avec une fermeté respectueuse, que dès sa plus tendre enfance il suivait la loi de Jésus-Christ ; qu'elle avait été jusqu'ici la régie de sa conduite; qu'à son âge, il ne lui était pas posable de l'abandonner; qu'au reste^ ses biens et sa vie étaient entre les mains du prince ponr en disposer à son gré, mais que rien ne l'engagerait à déshonorer sa vieillesse par une aussi lâche désertion que celle qu'on lui proposait.

Une réponse si ferme irrita de plus en plus le prince : au même instant il dégrada le néophyte de son rang, le destitua de ses emplois, et après avoir éprouvé sa constance par diverses tortures plus cruelles les unes que les autres, il le confina dans une prison obscure jusqu'au temps qu'il ^vait résolu de le faire mourir.

Comme on n'avait pu ébranler sa fermeté par la voie des supplices, on l'attaqua par un autre endroit qui lui fut très-sensible. On permit à sa femme et à ses enfants de l'aller trouver dans sa prison. Cette famille désolée y entra dans le plus triste équipage ; de vieux haillons leur servaient de vêtements, et ils tenaient à la main quelques morceaux de pots cassés, tels qu'en ont aux Indes les mendiants qui vivent des aumônes qu'ils ramassent.. Sa femme en l'abordant tout en pleurs : « Seigneur, hii dit- » elle (car je n'ose plus vous appeler du doux nom de » mari), vous voyez le déplorable état où votre im- » prudence nous a réduits; si vous n'avez pas compas-^

>> sion de Vous-même, du moins soyez touché de ma mi'^ » sère, et de celle de ces infortunés gages de notre amitié » conjugale ; qu'ont-ils fait, ces chers enfants, pour n'a- » voir pas même de quoi se couvrir? Tout innocents » qu'ils sont, ils portent la peine d'une résistance aussi » déraisonnable qu'est la vôtre aux volontés du prince* » Que deviendront- ils si vous vous obstjuiez à vouloir » mourir? Serez-vous insensible au point de les laisser » périr de faim et de misère? »

Ces dernières paroles furent entrecoupées de sanglots et de cris lamentables qui percèrent jusqu'au vif le cœur du néophyte. Cependant il eut la force de résister à une tentation si déhcate, et sa fidélité au service dé Dieu l'em-; porta sur les plus tendres sentiments de la nature. Heureux s'il eût persévéré jusqu'à la fin dans son attachement à la foi ! Mais son courage qui n'avait pu être surmonté ni par la tendresse naturelle, ni par l'horreur des tourr ments et de la mort, céda enfin à la ruse et à l'artifice.

On introduisit dans sa prison un de ces hojnmes adroit» et subtils, qui savent s'insinuer dans les esprits par une, fausse éloquence, et qui ont l'art de colorer les actions les plus odieuses, en les faisant passer pour indifEerentes^ Il commença d'abord à se rendre agréable au prisonnier, par des complaisances affectées; ensuite il parut vive* ment touché de voir un homme de son rang traité d'une, manière si indigne et si barbare : puis il lui demanda quel était donc le crime qui lai avait attiré une suite de; châtiments si rigoureux; et ayant appris qu'il n'avait, irrité le prince contre lui à cet excès, que pour n'avoi?) pas voulu abandonner la loi de Jésus^Christ. « Ah ! Sei-r » gneur, lui dit-il, d'un ton tendre et radouci, est-il )) possible que vous donniez dans cette erreur populaire?^

i^ ^t ^uloir de gaieté de c(»ur ¥ous perdre vouget » Yotfe famille. Je suis ehrétieid ainsi que vous; je sak ifi quels sont les devoirs que m'impose ma religion, et je » yeux assurément me sauver ; mais il 7 a certaines » qonjonetures, où je n'ai aucim scrupule de feindra et 1^ de dissimuler^ peur me mettre à oquvert de la peifsé- 1» dation d(^s gentils; alors je ne fais nulle (Uffîculté de I» dira seulement de bouche, et à l^extérieur, que je re- » nonce à la foi : Dieu, qui sonde le cœur des hommes, » ne s'arrête point à de vaines paroles; il suffit qu'il » ctonmdfise mes dispositions seerètes , et qu'il sache que 1^ j$ ^^wserve ^arlm gravée aU îoud du cœur : faites de is>r m^me ; soy^z attaché de cosur à la foi, et dites simple- ]f> laf ut de houehe que vous y renoncez ; le prince ser^ Vi çpiiteiit î vous sQpeîs rétabli dfms vos premiers honneurs, » et la persécution cessera : quel avantage n'en revien- » dra-t-il pas à k religion? ri^ U appuya ce discours séduiiiânt de tant de raisons appa:reQt^s, et avec des termes ù pfdjisuasifs, que le matheurèux néophyte se laissa entamer, et crut que dan^ des oecasâo^s importantes où il s'agissait de procurer tm grand hien à la religion, il lui était pemâs d'usej* de feiiïte et de dissimulation. A 1^ vérité il ne fut pas longtemps sans recoiinâltre sa faute : des catéchistes lui en représenterait l'énormité, il ei^ ^nçut une vive douleur, et il tâcha de Pexpier par l'a-^ bondance de ses krm^, et par dee pénijtences extraoràinaires. Mais son exemple ne laissa pas d'être pernicieux à quelques lâches ehrétienS) dont le courage chancela à la vue des tourments, et qui prétextèrent la même raison pour s'en ddiiwer.

€ette faiblesse d'un petit nombre de chrétien^ afSigea SdBsiUdOQuent Id regt« des ikhivomix fidèles : Phoireur

qu^Us en conçurent ne servit qu'à fortifier (kvuntage kur fûiy et à ranimer leur constance que lé& outmgfeâ et Icifi mauvais traitements poutaient af&iblir. At^x uns ob coupa le nez et les oreilles, ce qui imprime panai cet peuples un caractère d'infamie. Les ^u^res iureaMoft^ traints d^£M9^nner leurs maisons et leurs bians^ et dd chercher un asîle dans d'autres états plus paisibles. G^é*: tait un triste spectacle de voir de nombreuses tr qu{M d'homnaes et de femmes suivis de leurs petits çnfants, ou qui les portaient entre leurs bras, n'ayant pour tout hïm qu'vin méchant morceau de toile dont ils étaiwt oattr verts, tombant en défaillance, au milieu des chemins^ faute de nouiriture, «ans que qui que ee soit eût ooiâ* passion de leur misère. Cène fut qu'après avoir gagné les terres du royaume voisin, que ces généreux coafeshseur$ de Jésui^hrist trouvèrent dans la charité des fidèles quelque soulagement à leurs maux.

Au milieu d^une désolation si générale, on peut juger queUss furent les agitations du missionnaire, et co|Bbîen de mouvements il se donna pour calmer l'esprit dp prince, et apaiser cette tempête. Il s^a^ressa d^abordau frère du prince, qui était son appfii à la cour et qui lui avait promis de bâtir une église sur ses terres ; il sollicita la protection de personnes puissantes, et entre autres d^uB prince mogol, intiipe ami du persécuteur» Le pre* mier daigna écrire une ktU*e fort pressante, par laquelle il suppliait le prîsice du Maravâ de traiter plus favorablement le Père et Sfss disciples. La seule réponse qu'il en reçut, fut qu'il le suppliait à son tour de Texcu* ser, si dans cette occasion il ne lui accordait pas la grâee qu'illiiidemandait; maisque la ^hûsepe luirait paspossiblie; que ses ïltats étaiwt sqjos h pioteetioii du grand

Sivéû; qu^il ne lui était pas libre de tolérer une religion qui n'inspirait que de l'horreur et du mépris pour cette divinité; que le culte de ses dieux serait bientôt anéanti, s'il donnait plus de licence aux chrétiens; et que ses propres soldats, qui s'étaient faits disciples de celui en foveur duquel il parlait^ avaient si peu respecté sa présence, qu'à ses yeux Us avaient eu l'insolence de fouler aux pieds les cendres consacrées à Siven. , Cette réponse, qui fut communiquée au missionnaire, lui déchira le cœur. Il crut que, comme dans les grands maux on a recours aux remèdes extrêmes, il devait aussi tenter quelque moyen extraordinaire d'étonner le prince barbare, et d'amollir la dureté de son cœur. Il consulta Dieu par la prière, et il redoubla ses austérités à cette intention. Enfin, après quelques jours, ayant assemblé ses catéchistes : Qm ceux-là me suivent y leur dit-il, qui sont préts^à verser leur sang pour la foi.

Par ces paroles, et par quelques autres qui étaient échappées au missionnaire, les catéchistes comprirent que son dessein était d'aller droit à la cour, de reprocher au prince son impiété, et de lui remettre devant les yeux l'énormité du crime qu'il commettait en se déclarant l'ennemi et le persécuteur de la vraie religion. Comme ils étaient anciens dans la mission, et qu'ils avaient plus de connaissance des usages du pays que le missionnaire, qui ne gouvernait cette chrétienté que depuis peu d'années, ils lui représentèrent que cette démarche serait , non-seulement inutile, mais qu'elle aurait des suites funestes à la prédication de l'évangile, et qu'elle avancerait infailliblement la ruine du christianisme, sans lui. laisser aucune ressource pour l'avenir. Il ne se rendit point à leurs raisons, et il les regarda comme un effet de leur

timidité naturelle. Sur quoi les catéchistes dépêchèrent secrètement un courrier au Supérieur général pour Pinstruire du dessein qu^avait pris le missionnaire, et des inconvénients qui ne manqueraient pas d'en résulter.

Le P. Supérieur, qui avait vieilli dans les travaux de cette mission, et à qui une longue expérience avait ap^ pris comment il fellait se comporter dans ces sortes de persécutions si ordinaires parmi les idolâtres, sachant d^ailleurs que le missionnaire, naturellement vif et plein de feu , était capable de se laisser emporter au mouvement d'un zèle peu discret; songea aussitôt à en modérer l'activité : il lui écrivit une lettre honnête et consolante, mais par laquelle il lui ordonnait deux choses : la première, de revenir sur ses pas, et de né point paraître à la cour; la seconde, de sortir incessamment du Marava, selon le conseil que lui avait donné le frère du prince.

En effet, le frère du prince, qui honorait le missionnaire de son estime, lui avait remontré que la prudence voulait qu'il se retirât pour quelque temps sous une autre domination ; qu'on ne pouvait maintenant apaiser la colère de son frère, que sa présence ne servait qu'à l'aigrir davantage contre ses disciples, *que le temps pourrait adoucir cet esprit irrité ; qu'alors les conjonctures devenant plus favorables, il ne manquerait pas de l'en informer, et d'employer son crédit en sa faveur; ^'il avait un bon nombre de catéchistes prudents et zélés, lesquels, en son absence, pourraient secrètement et ^ans aucun risque consoler ses disciples et fortifier leur courage ; que d'ailleurs il ne devait avoir nulle inquiétude pour son église ; qu'il se faisait fort de la garantir de toute insulte, et qù^il se promettait de la lui rendre dans le même état qu'il la laissait.

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