‹ La mission française du sud de l'AfriqueChapitre 12 sur 33 · SI LO É · texte numérisé non relu

SI LO É

lui dis-je, empruntant ainsi une expression familière aux soldats, les troupes aiment un commandement ferme et régulier. »

Après une bonne course d’une heure nous atteignons Siloé qui est situé au pied d’une montagne en forme de cône. La maison, l’école et les autres bâtiments, qui sont d’une simplicité de bon goût, ont tous été construits par M. Maeder lui-même. Ce sont des édifices modèles, que les indigènes feront bien d’imiter s’ils le peuvent. Plusieurs l’ont fait et ont par là grandement amélioré leur existence. Nous nous promenons, M. Maeder et moi, dans le jardin qui est grand, bien dessiné et irrigué. Il me raconte beaucoup d’incidents de sa vie, dans la mission qu’il a si longtemps et si fidèlement servie; soirée charmante passée dans sa société et dans celle de sa femme.

2 Décembre. — Une assemblée d’indigènes avait été convoquée pour la matinée. La place venant à manquer dans la salle d’école, nous sommes obligés de nous réunir en plein air. La cathédrale du Seigneur est plus belle qu’aucune de celles que les hommes ont construites, toutes ses œuvres ne sont

que vérité, et ce ne sont point d’hypocrites louanges que celles des montagnes. « Les cieux racontent la gloire du Seigneur » et sont des témoins de sa miséricorde et de son amour, car il est écrit : « Autant les cieux sont élevés par dessus la terre, autant sa bonté est grande sur ceux qui le craignent. » J’avais médité le matin, avec bénédiction pour moi-même, le psaume lxxxiv, et je donnai à mes frères africains ce que j'avais reçu du Seigneur. « Oh ! qu’heureux sont ceux qui habitent dans ta maison ! Oh ! qu'heureux est l’homme dont la force est en toi, et ceux au cœur desquels sont les sentiers battus ! » La maison du Seigneur estfondée sur Jésus-Christ; bienheureux est l'homme qui y demeure et dont la force et la confiance sont en Christ. Après cette bienfaisante méditation, je demandai à réunir les enfants et je leur parlai du puissant Sauveur qu’ils ont dans le ciel. A Siloé, je trouvai vraiment les eaux de Siloé qui coulent doucement, et je fus rafraîchi par l’eau jaillissante et pure de la Parole de Dieu. Ici, comme à Béthesda, je fus encouragé par ma rencontre avec l’un des vétérans de l’armée missionnaire africaine. Après dîner, je pris congé de lui et de son excellente

TH ABANA-MORÈN A.

femme et je ne fus pas fâché de n’avoir que deux heures de route devant moi pour gagner Thabana- Morèna. « Vous pouvez l’apercevoir devant vous, sur le versant de la montagne, » me dirent les missionnaires en m’indiquant un point dans le lointain. « Oh ! qu’heureux est le chrétien, me disais-je, qui ne perd pas de vue, pendant tout le temps que dure son voyage terrestre, la cité du Dieu vivant, dont chaque jour le rapproche ! » Tous pourraient l'apercevoir, mais tous ne veulent pas regarder du côté que Dieu leur indique. Le Christ dit: « Regardez à moi et soyez sauvés ! » Mais ils se refusent à le regarder, bien qu’il dise : « Je suis le Seigneur, et il n’y en a point d’autre que moi. »

Comme nous approchions de la montagne, les enfants vinrent à ma rencontre, bannière en tête, et me firent une joyeuse réception. Ils marchaient à la file, deux par deux, jusqu’à la station, en chantant gaiement et je les suivais à cheval. Cela me rappelait le temps où je marchais derrière la musique de mon régiment. Mais les choses avaient bien changé, et maintenant je me tenais pour parfaitement satisfait d'avoir les louanges de ces enfants pour fanfare.

M. Germond, le missionnaire de Thabana-Morèna,

était absent pour le service de la Mission, lorsque j’y arrivai. Mais nous avions fait le voyage d’Afrique ensemble et son petit garçon me reconnut de suite comme l’ami qui lui avait donné des oranges à bord du bateau. Quand je quittai le Cap, sa station du Lessouto m’avait paru tellement éloignée que, bien que je me proposasse de la visiter, je doutais pourtant au fond que mon projet pût se réaliser. Mais le Seigneur m’avait merveilleusement rendu les forces dont j’avais besoin pour accomplir ce grand voyage. A mon arrivée, je trouvai M. et Mme Berthoud, qui sont les compagnons de travail de M. et Mme Creux et relèvent avec eux de l’Église du canton de Vaud. Ils étaient en route pour Massitissi et préparaient leur voyage pour des régions plus lointaines.

3 Décembre. — M. Germond arriva après le déjeûner avec son fils aîné ; ils étaient partis de grand matin de Morija et avaient eu six heures de route. Après le repas, l’enfant s’endormit ; lorsqu’on l’eut réveillé pour le dîner, il entra en disant : bonjour. Il avait encore grand sommeil, avait oublié sa course à cheval et se croyait à la veille. Ce fut. une véritable joie

TH ABAN A-MORENA.

pour moi que de voir M. Germond dans sa station et dans sa propre maison. Je restai avec lui deux jours et je prêchai devant son auditoire indigène dans une chapelle bien bâtie, qu’il a dû reconstruire deux fois. Elle était presque terminée et il n’y manquait plus que le toit, lorsque éclata une des guerres avec les Boers; le travail fut forcément interrompu et les murs, non abrités, ne tardèrent pas à s’écrouler. La chapelle a 53 pieds de longueur, 18 pieds de largeur, 12 pieds de hauteur : c’est un bel édifice.

L’après-midi du jour où revint M. Germond, il réunit ses gens et, avec le secours de sa traduction, je m’efforçai de leur faire comprendre tout le plaisir que j’éprouvais à voir devant moi des hommes et des femmes, éclairés par la connaissance de l’amour de Dieu et réjouis par la possession de cette espérance de la gloire qui a soutenu les plus nobles esprits dans le pays de leur missionnaire et dans le mien. L’accueil de ces chrétiens africains fut très-cordial et bien que, sans l’aide de M. Germond, je ne pusse les comprendre ni me faire comprendre d’eux, il m’était facile de lire leurs pensées dans cette expression du visage qui ne trompe pas et qui paraît sur la figure d’un

noir comme sur celle d’un blanc. Maintes et maintes fois, en voyant la chaleureuse réception dont j’étais l’objet de la part de ces indigènes qui ont appris à connaître les vérités divines, j’ai senti que le plus grand bien qui puisse être fait à ce peuple délaissé depuis si longtemps, c’est de lui envoyer des prédicateurs de l’Évângile du salut.

Qu ils sont beaux sur les montagnes " Les pieds de tes serviteurs !

A Thabana-Morèna, je me trouvai dans l’un de ces dilemmes qui sont fréquemment le lot des voyageurs. Non loin de là était établi M. Rolland, le fils d’un des trois premiers missionnaires, et avec lui sa vieille mère. J’avais le plus grand désir d’aller les voir, mais j’avais fait le voyage avec M. Germond et sa famille, et vraiment je n’avais pas la moindre envie de les quitter sitôt, d’autant plus que j’avais passé trois jours à Massitissi et à Béthesda et que j’espérais être pendant une semaine tout entière à Morija. De plus, je désirais m’entretenir encore une fois avec le troupeau de M. Germond.

M. Rolland était le magistrat du district, et son titre seul, en dehors de ses relations particulières

THABANA.-MORÈNA.

avec la Mission, aurait été pour moi un motif déterminant de lui rendre visite. Mais j’étais venu au Lessouto pour témoigner de la sympathie aux missionnaires, de sorte que je me décidai à rester avec les Germond et M. et Mme Berthoud, en conservant l’espérance d’avoir une autre fois l’occasion de rencontrer M. Rolland. Je regrette que cette occasion ne m’ait pas été offerte lors de mon voyage ; mais nous nous rencontrerons, je n’en doute pas, dans cette patrie bénie que les voyageurs atteignent pour ne jamais se quitter et où ils se reposent à toujours dans la douce et glorieuse communion des rachetés.

Le jour qui suivit mon arrivée, M. Germond rassembla de nouveau son troupeau, et je parlai sur cette vérité bénie, le don du Saint-Esprit. Le Christ a parlé d’une réalité et non d’une fiction lorsqu’il a dit : « Quiconque croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront en lui, » et l’Écriture ajoute: « Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » Voilà un fait certain. J’avais toujours désiré exposer devant les chrétiens indigènes les preuves qui nous sont fournies dans la Parole de Dieu (1 Cor. xn, 3 ; 1, Jean, vi ; Gal.iv, 6; Rom,vm, 15-1 6) de laprésence

ou de l’absence du Saint-Esprit en nous. Cette occasion m’avait été offerte, et j’en étais heureux.

La transformation qui s’opère dans un pays, lorsqu’il a accepté l’Évangile, est le témoignage le plus évident qui puisse être rendu à l’autorité de cette parole : « ILfaut qu’un homme naisse de nouveau pour entrer dans le royaume de Dieu. » L’Esprit de Dieu peut seul produire dans l’être tout entier une pareille révolution. Naturellement paresseux, égoïste, incapable de se sacrifier pour les autres, il devient, sous l’influence de l’amour du Christ, actif, prodigue de son temps et de ses biens pour la gloire de Dieu et pour le bien de ses semblables.

Un jour que M. Germond était occupé à refaire le toit de sa maison, un païen de l’intérieur traversa la station. Il s’arrêta pour regarder le blanc qui le salua. Cet homme était absolument nu. M. Germond lui suggéra l’idée de travailler de ses mains afin de gagner de quoi se vêtir. « Il convient aux blancs de se couvrir, répondit le voyageur, mais cela n’est pas nécessaire pour les noirs, ils sont si beaux ! » Pour toute réponse, M. Germond renouvela son invitation, et, en échange du travail, offrit au païen l’instruc-

THABANA-MORÈN A.

tion. « Oh ! non, dit l’Africain, je ne vais pas travailler pour un homme qui raccommode lui-même son toit, tu me fatiguerais trop. Je vais aller travailler pour un chef. » Traduisez : ne rien faire.

Cependant, il continua à voir de temps en temps M. Germond et à l’entendre prêcher; la vérité pénétra dans son intelligence et, après avoir reçu une instruction régulière, il fut baptisé. Quelques mois après sa conversion, M. Germond voulut envoyer l’un des membres de son Église pour fonder une annexe dans un village païen. Il assembla ses gens, leur fit part de son désir et leur demanda qui d’entre eux voulait partir. Après quelques instants de silence, l’un des anciens répondit que ce n’était pas à eux de choisir, que c’était leur missionnaire qui devait décider, et que quiconque serait désigné partirait. M. Germond pensa que l’ami dont il vient d’être question serait bien qualifié et il le nomma.

« Moi, dit-il, je suis le plus jeune d’entre les chrétiens, je viens de labourer mon champ, d’achever ma maison et de me marier ; vraiment, je crois qu’il vaut mieux envoyer quelqu’un de plus âgé. »

C’était aussi l’avis de M. Germond, et l’assemblée

se dispersa. Le lendemain matin, le missionnaire en sortant de chez lui vit devant sa porte un petit wagon contenant les quelques articles dont se compose le ménage d’un chrétien mossouto, et, derrière le wagon, son ami.

« Où vas-tu donc ? dit le missionnaire.

— Oh ! répondit l’homme, hier soir, après la réunion, j’ai réfléchi à toutes les raisons que j’avais données pour rester ici, et je les ai trouvées trèsmauvaises ; je me suis dit que si le Seigneur avait besoin de moi pour aller chez les païens, je devais partir. Je me suis donc mis en route, je bâtirai une autre maison et je labourerai un autre champ. »

Cette anecdote a été racontée par M. Germond à l’un de ses amis, et montre bien à quel point l’Évangile élève l’homme. Un orage, accompagné de tonnerre et d’éclairs, é'clata au moment du coucher du soleil. Selon toutes les apparences, mon voyage allait être interrompu. Je priai le Seigneur pour qu’il n’en fût rien.

A ^ 5 Décembre. — A trois heures et demie je me levai, l’orage avait cessé. J’appelai Salomon et nous nous préparâmes au départ. Grâce à un vent violent qui

THABAN A-MORÈNA.

succéda à l’orage et qui sécha les routes, nous pûmes continuer notre voyage.

M. Germond m’accompagna à cheval, lors de mon départ de cette maison où j’avais été si heureux de le voir, lui et sa famille, bien plus agréablement installé que dans la petite cabine qu’ils occupaient • en mer. Après nous être séparés, je laissai reposer ma monture, et puis je continuai ma route seul. Qu’il est délicieux de parcourir à cheval une contrée pittoresque et qui vous est entièrement nouvelle ! Quelles fraîches et merveilleuses scènes se déroulaient à mes yeux ! Elles me faisaient songer à ce moment ineffable où les splendeurs cachées du ciel se découvrent à l’âme rachetée qui vient de quitter la terre.

Ma visite à M. Germond termine la première période de mon voyage en Afrique et, avant de passer à la seconde, il est nécessaire que je donne les chiffres qui concernent cette station. Siloé, Thabana- Morèna et leurs annexes forment un district et représentent un corps de plus de 760 chrétiens, sur lesquels plus de 500 ont été reçus comme membres de l’Église. Il y a aussi plus de 250 écoliers dans les diverses classes. Voilà un tableau des plus encou-

rageants, car l’admission dans l’Église, en Afrique, ne ressemble en rien à ce qu’elle est en Europe, et parmi toutes les Missions, la Mission française est celle qui attache le plus d’importance à la sincérité de ses adhérents. Tous ceux qui sont reçus dans l’Église sont tenus de suivre un cours d’instruction religieuse sur les vérités fondamentales de la foi chrétienne ; ensuite, vient un temps' d’épreuve de la conduite, considérée au point de vue chrétien, et une profession de foi publique dans laquelle le candidat déclare que Jésus-Christ est le fils de Dieu et que, comme Dieu, Il a expié les péchés de l’homme et lui a donné un salut gratuit. L’acceptation de cette doctrine, et d’autres encore, est exigée de chacun; quelquefois, ceux qui suivent l’instruction ont à faire une marche de plusieurs kilomètres, deux ou trois fois par semaine et doivent, par cela même, abandonner leurs occupations ordinaires. Ces Africains, qui sont arrivés à la connaissance des choses éternelles, ne nous donnent-ils pas une leçon, à nous qui faisons profession de croire et qui, si souvent, nous montrons indifférents pour nos intérêts les plus sérieux?

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