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CHAPITRE VI

MORIJ A.

Le souvenir de mon arrivée à Morija sera toujours l’un des plus brillants et des plus joyeux de tous ceux que j’ai rapportés de mes lointains voyages. Jamais peut-être je n’avais été aussi harassé, physiquement, que le matin de ce jour où je parcourais tout seul, à cheval, la distance qui sépare Thabana- Morèna de Morija. Mais, dès que j’aperçus la station, au dernier tournant de la montagne, toute fatigue disparut. Une vue magnifique s’offrait à mes regards. Dans le lointain, les maisons, la belle église, les jardins et les bosquets d’arbres, formaient un ensemble charmant qui disait au voyageur que c’était bien là, en plein désert, un centre de civilisation. La chaîne du Drakensberg, contre laquelle la station s’appuie, et la montagne de Morija qui l’environne, lui donnent un aspect de sécurité et de repos qui charme tout particulièrement la vue.

Quel contraste entre ce jour et celui où le wagon d’Arbousset, de Casalis et de Gossellin s’en allait

lentement, le long de cette même vallée que je parcourais aujourd’hui au galop de mon cheval ! Les antilopes effarouchées levaient alors la tête et les autruches s’enfuyaient devant cette apparition étrange ! Les lions et les hyènes qui habitaient la montagne, descendaient de leurs repaires et festoyaient sur les moutons des pauvres Français, et ceux-ci, après une journée de laborieux travail, se voyaient contraints, par une dure nécessité, de veiller pendant des nuits entières, afin de défendre leur petit troupeau contre l’attaque de leurs féroces ennemis.

Quel changement ! Aujourd’hui, antilopes, autruches et lions sont relégués bien loin et, là où les trois premiers Français plantèrent pour la première fois leur tente sur le sol du Lessouto, s’élève, en témoignage de la bénédiction que Dieu a répandue sur leurs travaux, une petite ville semi-européenne, centre d’une grande et florissante mission, chez la tribu la plus éclairée du sud de l’Afrique. J’ai appelé Morija'Une petite ville, parce qu’elle me semblait avoir cette apparence lorsque je l’aperçus de loin ; d’ailleurs, j’ai visité dans l'ouest de l'Amé-

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rique tant de cités de bien plus petites dimensions, que je trouve juste d’honorer de ce nom de ville la capitale de la Mission française au Lessouto.

Avec quelle joie j’approchais de cette station ! Je plains l’homme qui ne sait pas se réjouir du succès accordé à tout effort accompli pour le bien de ses semblables et qui peut contempler les résultats d’un travail patient et désintéressé, entrepris pour élever le niveau moral de l'humanité, sans éprouver dans son cœur un sentiment de satisfaction en pensant aux ouvriers qui l’ont accompli.

Le collège missionnaire est situé sur la hauteur, au-dessus du village et un peu sur la droite, mais il s’y relie par des champs, des haies et par un sentier qui longe un cours d’eau.

Du collège, les yeux se reposent agréablement sur de beaux arbres qui cachent plus ou moins les maisons où M. Mabille et M. le docteur Casalis demeurent avec leurs familles.

Au-dessus des arbres se montre le haut des murailles et la toiture d’un bel édifice consacré au culte de Dieu. Puis, comme vous approchez de la station et passez au-dessous des jardins des mis-

sionnaires, les écoles, les maisons des indigènes et celles des commerçants européens commencent à se montrer.

La première maison où je descendis fut celle du docteur Casalis ; de là je me dirigeai vers l’église, passai chez M. Mabille et montai au collège. J’y reçus un accueil que je n’oublierai jamais.

Plus de deux années auparavant, M. Dyke, le vénérable directeur de cette institution, avait écrit

à un ami en Cafrerie et m’avait transmis par lu<une chaleureuse invitation à venir le voir, ainsi que ses frères missionnaires. Avec quelle joie nous nous rencontrions maintenant! M. Casalis et M. Mabille, qui travaillaient aussi avec lui à cette tâche de l’éducation, se joignirent à nous pour remercier le Seigneur et pour lui demander sa bénédiction en faveur de ma visite au milieu d’eux, de leur troupeau et du champ missionnaire tout entier. Mme Dyke, Mme Mabille et Mme Casalis me souhaitèrent aussi la plus cordiale bienvenue, et je sentis alors que j’étais vraiment un pauvre voyageur fatigué, hébergé par de bons amis, dont l’accueil affectueux me faisait JC presque croire que j'étais chez moi, lorsque je me

trouvais en réalité sur la lointaine terre d’Afrique. J’eus aussi le plaisir de rencontrer à Morija M. Preen, qui avait été, comme moi, dans l’armée. Il se préparait à passer les montagnes et à fonder, de l’autre côté, une station missionnaire, pour les Bassoutos qui y avaient émigré et parmi lesquels se trouvaient quelques membres de la Mission française. Il venait d’achever la construction d’une maison où je le trouvai installé. Peu après ma visite, il alla à Matatièle, dans le « Noman’s Land ». Il y a rassemblé un troupeau de près de deux cents personnes et y a aussi fondé des écoles pour les natifs du district. La Mission se trouve ainsi étendue jusqu’aux deux versants de la chaîne du Drakensberg. A midi, après avoir participé au repas de la famille et m'être senti vraiment comme un de ses membres, je m’assis devant le cottage pour jouir du paysage. La majestueuse montagne qui se dressait derrière moi s’étendait bien loin vers la droite. Devant moi, la plaine ondulée s’élevait et se fondait dans les montagnes de Thaba- Bossiou et de Bérée. La couleur brillante des rochers, la riche verdure des plaines, les troupeaux qui paissaient tranquillement sur les pentes de la

montagne et, de temps à autre, un cavalier galopant sur les routes frayées par les wagons, formaient une série de tableaux que je contemplais avec une satisfaction d'autant plus marquée, que je me souvenais de Thistoire de ce lieu.

Quelle a été la conséquence de l’arrivée des trois hommes qui donnèrent à cet endroit le nom de Morija ? Qui peut répondre à cette question d’une manière parfaitement satisfaisante ? La lumière a remplacé les ténèbres ; l’instruction a succédé aux plus grossières superstitions ; l’espérance de l’immortalité a remplacé la terreur de la mort ; la. paix a pris racine dans ces localités où les guerres étaient jadis interminables ! Dieu le créateur, Dieu le rédempteur, Dieu le consolateur sont connus, aimés, adorés et servis là où l’ignorance permettait aux sorciers de régner en maîtres, et où l’avarice ou la jalousie exigeaient tous les jours l’immolation de victimes humaines. Il est absolument impossible de calculer la valeur d’un semblable travail ; mais la bénédiction d’avoir arraché des milliers de pauvres Africains à l’esclavage spirituel de la sorcellerie, à l’ignorance et à la mort, n’est-elle pas une récom-

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pense bien supérieure à toutes celles que la terre peut offrir ? Ce ne sont pas seulement les missionnaires qui auront part à cette récompense, mais aussi leurs successeurs et tous ceux qui, indirectement ou directement, de près ou de loin, auront aidé à la tâche.

Combien nos regards sont bornés lorsqu’il s’agit de découvrir les résultats d’une œuvre entreprise avec foi et avec prière ! M. Arbousset m’a raconté que, peu de temps après son arrivée, et tout en se promenant sur la montagne, il demandait à Dieu que la conversion de quinze païens vînt encourager son travail et celui de ses amis Casalis et Gossellin. Avant de quitter l’Afrique, il avait eu la joie de savoir que quinze cents Bassoutos avaient embrassé la foi chrétienne et confessé qu’ils reconnaissaient en Jésus leur Sauveur et leur Maître.

Dans cette seule station de Morija, il y a maintenant plus d'un millier d’hommes et de femmes qui font profession de croire en Jésus- Christ.

Et maintenant, pour ne pas abuser de la patience de mes lecteurs, il faut que je dise quelques mots

de l’École normale pour les évangélistes et les instituteurs indigènes. L’importance d’un semblable établissement est des plus considérables.

On peut attribuer le succès tout particulier accordé aux travaux des missionnaires au soin avec lequel ils ont préparé leurs agents indigènes, et aux circonstances providentielles qui ont fait naître la vocation de ces derniers.

Pendant mon séjour à Morija, je témoignai à ces jeunes gens mon intérêt et ma sympathie en allant passer la soirée avec eux. Quelle puissance, quel agent que la sympathie ! Que de bien elle peut produire ! Mais aussi, lorsqu’elle n’existe pas, quelle faiblesse dans l’action ! Si nous ne pouvons rien faire d’autre, sachons au moins encourager nos frères dans la pratique du bien. C’était là le but de mes efforts, et, en retour, j’étais réjoui par l’attention soutenue avec laquelle ces jeunes gens m’écoutaient lorsque j’essayais de les affermir dans la vocation qu’ils avaient eu le bonheur de choisir.

Tous ceux qui s’intéressent à l’éducation de la jeunesse africaine liront avec plaisir l’extrait suivant d’un des derniers rapports de l’École normale.

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L’école supérieure de Morija donne les plus belles espérances. Y compris l’école préparatoire, on compte actuellement 74 élèves, qui, nous sommes heureux de le dire, n’ont jusqu’ici donné que de la satisfaction à leurs professeurs par leur application et leurs progrès. Nous devons ajouter qu’en sortant de notre in- • stitution, ils sont en état de passer un examen que les élèves de nos écoles normales de France n’affronteraient pas sans crainte et sans danger. Mais ce qui vaut mieux encore, c’est l’esprit qui règne parmi ces jeunes gens. La majorité professe d’appartenir au Seigneur et déclare vouloir se consacrer à son œuvre. Qui peut dire l’influence qu’exercera sur le pays cette phalange de jeunes travailleurs, le jour où ils éntreront en activité, pour élever le niveau de l’enseignement dans nos écoles, et offrir aux missionnaires et aux catéchistes le concours de leur talent et de leur foi ?

Le système que les missionnaires mettent en œuvre pour recruter les évangélistes est excellent. Tout d’abord, ils forment des instituteurs ; puis, lorsqu’ils les ont vus à l’œuvre et reconnus fidèles dans l’accomplissement de leur tâche, ils les emploient comme

évangélistes. De cette manière, le caractère sacré du prédicateur de la Parole de Dieu reste à l’abri de tout reproche. Un mal incalculable a été fait aux tribus cafres, établies aux frontières de la colonie, par des catéchistes ignorants et inconvertis.

6 Décembre , jour du Seigneur. — Mes chers frères ont désiré que je prêchasse la Parole du Seigneur aux indigènes, et je me suis rendu à leur désir. Le bel édifice qui a été construit et consacré au culte public peut contenir plusieurs centaines de personnes, et il était comble. J’étais bien heureux que l’occasion me fût offerte de rendre témoignage de ma foi, devant une pareille assemblée.

Les chrétiens africains, établis loin des villes, n’ont guère l’occasion d’entendre d’autres personnes que leurs missionnaires ou leurs évangélistes; c’était

donc pour moi un privilège que de leur adresser la parole. Dans la matinée, je prêchai devant une nombreuse assemblée sur Y apparition du Seigneur à son disciple Jean , lorsqu'il était à Patmos ; dans l’aprèsmidi je pris pour sujet sa rencontre avec Saül sur le chemin de Damas. « L’homme ne peut servir Dieu avec fidélité, leur dis-je, s’il ne croit pas à sa ma-

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jesté et à sa puissance, ainsi qu’à son amour dans la direction de chaque individu. » Plusieurs femmes restèrent à l’issue du service du matin. Elles étaient pénétrées des simples paroles par lesquelles j’avais décrit la gloire du Seigneur Jésus, et des pensées qu’elle me semblait devoir produire en nous.

Le lendemain, un païen fit profession de sa foi. Entre les deux services, j’eus le plaisir de parler aux enfants sur le beau sujet de la fille de Jaïrus. Plusieurs de ces enfants aiment et servent le Seigneur.

M. Mabille et M. Casalis me tinrent lieu d’interprètes, et c’était un véritable bonheur que d’avoir comme traducteurs deux aussi bons amis, qui possèdent à fond la langue et qui s’identifiaient en esprit aux glorieuses vérités que j’avais demandé à Dieu de pouvoir exposer clairement devant les indigènes. La communion fut donnée au service de l’après-midi ; je fus très-heureux de me joindre à mes chers amis de France et du Lessouto pour la célébration du plus saint des sacrements. A l’issue de ces services, le chant de quelques-uns des beaux cantiques de mon grand-père me fit du bien. Ils sont tellement pénétrés de la profonde et magnifique Vérité révélée,

que je ne les chante jamais sans en éprouver de l’encouragement.

Bien souvent, à l’époque où j’étais encore dans l’armée, lorsque j’étais fatigué de corps ou que je souffrais pour l’amour du Seigneur, je me promenais de long en large; au quartier, et je chantais ces mêmes cantiques jusqu’à ce que leurs pieux accents eussent dissipé tous les nuages de mon esprit.

Du y au 10. — Ce furent d’heureux jours que ceux que je passai à Morija ! Le lundi, je prêchai devant une grande assemblée d’indigènes sur les paroles du Seigneur Jésus : « Je suis * la lumière du monde. » Le service suivant fut seulement pour ceux qui faisaient profession de croire au Seigneur ; je pris pour texte : « Vous êtes la lumière du monde. » Des phares n’ont point de lumière qui leur soit propre, ils réflètent celle qui leur est donnée ; il en est ainsi du chrétien. Ce n’est que lorsque le Christ a mis sa grâce dans une âme, qu’elle peut, à son tour, répandre quelque lumière dans ce monde de ténèbres. Que nous sommes longs à apprendre cela! Nous nous imaginons que le talent naturel ou que la science théologique peuvent illuminer l’âme ! Quelle erreur! Heureux sont ceux

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qui sont parvenus à distinguer ce qui est du domaine de l’intelligence de ce qui est de l’âme et qui savent que l’homme peut posséder au plus haut degré la sagesse humaine et être pourtant plongé dans d’épaisses ténèbres à l’égard de Dieu. Christ est la sagesse de Dieu ; il n’en reconnaît pas d’autre ; la sagesse de ce monde lui parait une folie. Tant que l’ homme n a point le Christ dans son âme , il est absolument dans les ténèbres et il ne sait où il va. Christ est vraiment le chemin, la vérité et la vie.

Dans la journée, je parlai aux instituteurs et aux évangélistes sur ce grand sujet : « Dieu suffit à tous les besoins de ceux qu’il appelle par grâce à devenir ses serviteurs ou ses ministres ». Ceux qui servent le Seigneur ne sauraient trop le méditer; il est renfermé dans il Cor. ni, 5, 6.

Le mardi, je demandai à M. Mabille de m’accorder un entretien particulier pour apprendre de lui quels étaient ses plans et ses espérances pour l’avenir. Puisque j’étais venu dans la mission, que je pouvais retourner en Europe et avoir l’occasion de parler de ce que j’avais vu, il était important que je fusse au courant des vœux et des projets

des missionnaires quant au développement ultérieur de leur œuvre.

Après avoir prié pour que Dieu dirigeât nos paroles et nos pensées, nous étendîmes devant nous la carte d’Afrique, et M. Mabille me raconta alors la visite qu’Asser, l’un des évangélistes indigènes, avait faite aux Banyaïs, tribu située entre les fleuves le Limpopo et le Zambèse, et le désir que cet indigène et d’autres évangélistes avaient exprimé, d’aller y fonder une mission.

« Voilà ce que j’attendais depuis mon arrivée en Afrique ! m’écriai-je avec joie, c’est la preuve que le Saint- Esprit travaille vraiment parmi les chrétiens indigènes. » Je dis ensuite tout ce qui me semblait de nature à encourager M. Mabille et ses frères à donner suite à cette nouvelle entreprise. Avant de nous séparer,, nous priâmes de nouveau, et je demandai au Seigneur de me faire l’honneur d’être pour quelque chose dans son développement. La suite de ce livre montrera que mon entrevue avec M. Mabille n’a pas été sans influence sur la poursuite d’une expédition que j’ai suivie depuis lors avec le plus vif intérêt. L’effet moral que produira sur toute

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l’Afrique du sud une semblable entreprise est incalculable.

Après notre conversation, nous nous rendons à la maison du docteur Casalis où tous les missionnaires et leurs femmes sont réunis. Nous lisons ensemble la première partie de l’épître de Jude, et nous l’achevons le lendemain à une autre bonne réunion. Lorsque les chrétiens se réunissent dans quelque localité isolée et en petit nombre, ils trouveront toujours pour eux et pour leurs proches une bénédiction et une force dans l’étude de la Parole de Dieu et dans la prière faite en commun.

L’histoire de la mission chez les Banyaïs devant former la dernière partie de ce volume, j’y joindrai le récit du voyage d’Asser, et je reprendrai maintenant la suite de mon journal.

10 Décembre. — J’avais le désir de visiter Hermon, station voisine de Morija; le docteur Casalis eut la bonté de m’y conduire en voiture, parce que le travail auquel j’avais dû précédemment me livrer m’avait beaucoup fatigué. Il emporta du bois, car le bois est très-rare au Lessouto, de sorte que nous pûmes camper, dételer les chevaux, allumer du feu

et nous faire une bonne tasse de thé. Je m’étais chargé de procurer l’eau. Selon les apparences, il n’y en avait que de trouble, de stagnante, bien qu’elle fût tombée du ciel tout récemment, mais •1 me fallait de Veau vive, claire comme du cristal, et il n’y en avait pas trace. Je continuai mes recherches et la foi eut sa récompense. Je découvris un petit ruisseau d’eau courante, et je remplis ma bouilloire. Chers amis, ne vous contentez jamais de l’eau bourbeuse des joies terrestres; allez au fleuve de vie, à Christ, et qu’il remplisse votre cœur.

Telle fut la leçon que je reçus ce jour-là de ce simple incident. Au moment du coucher du soleil, nous atteignions Hermon, et y étions reçus par M. et Mme Ellenberger.

Cette station a été fondée par M. Dyke; la maison qu’il a bâtie de ses propres mains et dans laquelle il a vécu bien des années avec sa famille subsiste encore. C’est une très-petite habitation, composée de deux pièces seulement, et cependant elle lui semblait alors un palais, nous dit-il. Il y a aussi deux maisons de prières. La première, devenue trop petite pour la congrégation , avant même

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qu’elle fût achevée, dut être remplacée par la seconde.

1 1 Décembre. — Le plus grand des bâtiments était comble, lorsque, traduit par mon cher frère le docteur Casalis, je prêchai sur le Seigneur se manifestant à Corneille au moyen du message qu'il avait confié à Pierre. L'ange aurait pu dire à Corneille ce que Pierre lui dit ; mais ce n'était pas là la volonté de Dieu. Il lui plaît de se servir d’un homme et, pour cela, il le remplit de son Esprit. Lorsqu’une âme croit à la Parole, le Saint-Esprit devient le sceau de son pardon.

Je dis aussi quelques mots aux enfants sur : «Si ceux-ci se taisent, les pierres mêmes crieront ; » puis je parlai aux chrétiens sur la réalité de notre union avec Christ qui est la vie de son peuple. Dans la soirée, j’allai au village, je fis quelques visites et une entre autres au chef, que l’orgueil retient éloigné de l’Église. Je lui montrai tout le mal qu’il faisait ainsi à sa propre âme et à la cause du Seigneur.

Hermon contient une congrégation de sept cent cinquante personnes; sur ce nombre, il en est

près de cinq cents qui font partie de l’Église. Il y a huit annexes.

Peu de temps après mon arrivée, M. et Mme Ellenberger partirent pour l’Europe et M. Dieterlen prit alors la direction de leur station.

Comme j’aurai le plaisir de présenter à mes lecteurs ce jeune missionnaire, lorsque je raconterai les événements relatifs à la mission des Banyaïs, je me bornerai maintenant à terminer le court récit de mon séjour à Herràon.

12 Décembre. — Hier soir, avant de me retirer, j’ai dit adieu à M. Ellenberger, à sa femme et aux enfants, car le docteur Casalis et moi avions désiré partir aujourd’hui de grand matin. Au bout de quelques heures de voyage, nous avons fait halte, pris notre thé et célébré notre culte ; après quoi, nous avons poussé jusqu’à Morija. Dans l’après-midi, les enfants de l’école sont invités à une petite fête, en l’honneur de trois chers petits enfants écossais dont le zèle et l’intérêt pour l’œuvre missionnaire en Afrique sont dignes de tout éloge. Cent soixante enfants, tenant des bannières, débouchent du village et défilent en chantant des cantiques ; c’est un coup

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d’œil charmant. Lorsqu’ils ont pris place dans l’école, je leur lis une lettre par laquelle leurs petits amis d’Écosse les invitent à un régal de café et de gâteaux. Voici un extrait de cette lettre : « Cher major Malan, ceci est une lettre de nous tous, seulement c’$st maman qui l’écrit. Nous avons ramassé une masse d’argent dans la tire-lire de bébé et nous vous demandons de le mettre dans votre poche pour le donner à de petits enfants. Dites-leur qu’en Écosse nous pensons à eux, que nous désirons qu’ils aient un joyeux Noël et qu’ils apprennent à bien connaître le Seigneur Jésus. »

J’avais reçu cette précieuse lettre au moment de partir pour le Lessouto, et, comme pendant l’hiver de 1872-1873 quelques centaines de pauvres enfants furent nourris à Londres grâce aux offrandes des petits Bassoutos, j’avais pensé que ce ne serait que justice de consacrer à ceux-ci une partie de l’argent qui m’avait été remis en Angleterre pour des enfants africains. La fête me coûta une livre (25 francs) seulement, grâce à l’obligeance des dames qui se donnèrent la peine de la préparer elles-mêmes.

Les enfants présents, en cette occasion, étaient

ceux qui habitaient à proximité de Morija et qui avaient pu facilement franchir la distance, car cette station compte 500 écoliers. En Afrique comme en Europe, les enfants les plus âgés sont retenus à la maison le samedi ; et ceux des on^e annexes de Morija n’avaient pu se joindre à nous.

Tous les assistants étaient très-joyeux et chantaient fort bien plusieurs cantiques en sessouto et en anglais. Une lettre qu’ils ont écrite à leurs petits amis écossais et qui a été traduite en anglais par M. Mabille a causé une grande satisfaction et excité l’intérêt en faveur de l’Afrique du Sud.

La soirée fut passée en prières. Les chers frères missionnaires français sont les premiers qui aient fondé une Union de prières ; ils se réunissent le samedi, et ce fut pour moi un exaucement que de pouvoir me joindre à eux.

13 Décembre. — Je prêche le matin sur l’un des plus délicieux sujets qui puissent être offerts à la méditation : Dieu veut le salut du croyant.

C’est une vérité que l’incrédulité seule peut contester. Pour moi, je m’appuie avec une entière sécurité sur des paroles comme celles-ci: « Il nous

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cl sauvés , selon qu’il l’avait résolu, selon la grâce qui nous -a été donnée en Jésus-Christ, avant tous les siècles, (11 Tim. 1, 9) » ; et encore : « Elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main. »

Dans l’après-midi, allocution aux enfants et réunion de prières en faveur de mon voyage. Le soir, je parle aux étudiants de l’École normale sur la foi et sur l’obéissance de Daniel et de ses amis.

14 Décembre. — Avant le repas de midi, conversation avec mon cher frère Mabille et sa femme, sur l’œuvre missionnaire. Puis, dernière lecture de la Bible avec les autres frères et leurs femmes. Nous terminons l’épître de Jude, en nous réjouissant en Celui qui peut nous préserver de toute chute et nous faire paraître sans tache et comblés de joie en sa glorieuse présence.

Dans la soirée, je prêche pour la dernière fois devant les jeunes gens de l’École normale sur ces paroles si bien faites pour nous encourager et fortifier notre espérance : « Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur de l’étendue, et ceux qui en auront amené plusieurs à la justice luiront comme les étoiles à toujours et à perpétuité. (Daniel, xn, 3.)

15 Décembre. — Mon heureux séjour à Morija touche à son terme. Il m’a été impossible d’exprimer comme je J’aurais voulu le bonheur que j’ai éprouvé à me trouver réuni à mes chers frères et à leurs familles ; mais j’en suis certain, ils ont bien senti ce que je ne pouvais rendre par des paroles.

Après avoir déjeûné chez M. et Mme Preen, je monte à cheval avec M. Mabille afin de visiter les cavernes et les repaires de la montagne qui s’élève au-dessus de Morija , et dans lesquels, durant près de trois ans, de 1865 à 1868, trois cents chrétiens ont goûté la protection du Seigneur. Huit cents personnes en tout y ont trouvé .asile. Lorsque la guerre éclata, les Églises de Morija, de Hermonet de Béerséba vinrent s’y réfugier. Ces trois années forment l’une des périodes les plus intéressantes delà Mission française. Les missionnaires avaient été chassés, mais, matin et soir, les chrétiens faisaient retentir les cavernes de leurs prières et du chant de leurs cantiques. Les ennemis qui les entendaient tiraient sur eux, mais leurs petits boulets de campagne n’avaient pas plus de puissance que des pois sur les rochers qui leur servaient d’abri, et ils ne leur faisaient aucun mal.

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Dieu fit de l’instituteur Philémon le pasteur de ces Églises des cavernes. Pendant trois ans, il dirigea cette grande congrégation. Comme il n’y avait rien à faire pendant tout ce temps, les exhortations et la prière tenaient une grande place dans la vie.

Par ordre d’un chef, quelques-uns des chrétiens s’en allèrent à une autre montagne ; là encore, Philémon veilla sur eux et, à l’issue de la guerre, il amena aux missionnaires 100 convertis et 436 catéchumènes.

La Parole de Dieu agissait alors avec puissance, et un réveil semblable éclata simultanément dans d’autres Églises ; il dura plus de deux ans. Après la guerre, l’Église de Morija fut éprouvée par la famine et par le typhus. Philémon se consacra aux malades et aux mourants et tomba malade lui-même. Lorsqu’on lui demanda s’il serait heureux d’aller auprès du Seigneur: « Oh ! oui, extrêmement! » dit-il, avec des yeux brillants. On lui demanda si son désir ne serait pas de rester sur la terre, afin de travailler pour Dieu. Ses yeux s’animèrent encore d’un vif éclat, et il répondit : « Oui, aussi ! » Mais sa tâche était terminée. Peu de temps avant de rendre le dernier soupir, il fit signe qu’on lui donnât son sifflet,

ce sifflet avec lequel pendant trois années il avait convoqué à la prière les Églises des cavernes et il s’efforça d’en tirer un son.

L’histoire de Philémon montre comment les missionnaires ont été aidés dans leur travail. D’autres Bassoutos ont agi comme Philémon à l’époque de la guerre, et il est indubitable que ce temps d’épreuve a appris aux indigènes à ne compter que sur Dieu. De là le grand nombre d’excellents évangélistes qui secondent les missionnaires au Lessouto même et au-delà des frontières de cette grande tribu.

J’explorai ces cavernes avec un étrange plaisir. Des ossements d’animaux, des cendres, des pierres à moudre, des fragments de poterie y témoignaient encore de la miséricordieuse protection que le Seigneur avait accordée aux réfugiés. Les rochers étaient magnifiques ; assis sur le sommet de l’un d’eux nous lûmes ensemble les derniers versets de Hébreux, xi, et bénîmes le Seigneur pour la puissante délivrance qu’il avait accordée à son peuple, dans ce lieu même.

L’heure du départ était arrivée; après nous être recommandés au Seigneur, je dis adieu à mes chers

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amis, M. et Mme Dyke, M. et Mme Preen, aux jeunes gens du collège, puis je descendis aux habitations de M. Mabille et du docteur Casalis.

M. Mabille me proposa d’aller faire une visite sur la route de Thaba-Bossiou, à Letsié fils de Moshesh, et il offrit de m’accompagner. Je montai à cheval et m’éloignai de Morija, suppliant le Seigneur de répandre sa bénédiction sur les deux familles que je venais de quitter.

Letsié était chez lui ; son kraal est bâti dans une magnifique anfractuosité de la montagne de Morija. C’est un païen qui résiste depuis longtemps à la Parole de Dieu. Après avoir causé avec lui, je lui lus Luc, xiv, 31. Tout homme se croit roï, lui dis-je, et possesseur de forces considérables ; mais comment pourrait-il affronter la rencontre de Dieu, qui vient à lui avec des forces deux fois plus grandes ? Il se montrera vraiment sage, s’il accepte sans tarder les condtions de paix qui lui sont offertes en Christ. Le Seigneur seul peut donner efficace à sa Parole, aussi je le priai du fond du cœur d’agir sur cette âme avant qu’il ne fût trop tard.

Mon cher frère m’accompagna jusqu’à la mon-

Mission du sud de l’afrique.

tagne, au bas de laquelle Salomon mon guide et Salomon mon domestique avaient dessellé les chevaux. Là nous fûmes obligés de nous séparer, car il se faisait tard et un gros orage nous menaçait.

Nous ne nous attendions certainement pas à nous revoir bientôt ; ce plaisir nous était pourtant réservé dans un avenir peu éloigné. Mais n’anticipons pas, et achevons le récit de ce qui regarde Morija.

J’entends souvent dire : « Mais les Africains apprécient-ils vraiment, à leur juste valeur, les bienfaits de la religion chrétienne ? Sont-ils disposés à faire les sacrifices que leur commandent leurs devoirs de chrétiens ? » La meilleure preuve que les hommes puissent donner de leur attachement à quoi que ce soit, c’est la valeur de ce qu’ils consacrent volontairement à un objet ou à une cause. Ce qui est arraché par la peur ou par l’espérance trompeuse d'un pardon accordé à quelques faux mérites ne peut s’appeler -un don volontaire. Les missionnaires ne présentent jamais de semblables appâts aux chrétiens bassoutos ; ils leur apprennent que Christ est mort pour eux, qu’il a expié leurs péchés, obtenu leur

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pardon, et qu’aux yeux de Dieu ils n’ont d’autres mérites que les siens.

L’amour de Christ et le devoir de l’aimer en retour, est le seul mobile qui leur soit présenté ; par conséquent, dire que la somme de 8,220 francs a été souscrite en un an, par l’Église de Morija et ses annexes, et qu’une autre somme de 1,3 18 fr. 75 c. a été fournie par elle pour la Mission chez les Banyaïs, c’est affirmer que les indigènes ont pris au sérieux leurs devoirs de chrétiens et qu’ils apprécient les bénédictions qui leur ont été apportées. La première de ces deux sommes était destinée à soutenir les catéchistes qui sont employés dans l’intérieur de la tribu, à couvrir d’autres frais d’évangélisation et à entretenir les écoles.

Sous le rapport des dons, Thabana-Morèna vient immédiatement après Morija. En cette même année, cette station avec ses annexes, a donné 4,000 francs pour la Mission intérieure et 1,000 francs pour celle des Banyaïs. Nous parlerons des efforts personnels de ces chrétiens lorsque nous raconterons l’histoire de cette Mission.

Je quitte Morija avec un extrême regret. Il me

semble que j’ai très-mal raconté ce qui pouvait et devait être dit touchant ce lieu si rempli d’intérêt. Kuruman, Lovedale et Heald-Town, principales stations des Sociétés de Londres, d’Écosse et Wesleyenne, ont comme Morija une histoire qui s’étendrait, si elle était racontée, bien au-delà des limites d’un seul volume. Mais si l’on compare les difficultés particulières, les épreuves diverses de ces missions, je suis certain que nos frères anglais et écossais n’auront pas de peine à avouer que celle dont l’histoire est merveilleuse entre toutes, celle qui a été honorée du succès le plus complet, c’est bien la mission de nos bien-aimés frères de la belle France.

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