‹ La mission française du sud de l'AfriqueChapitre 15 sur 33 · Leur nombre s’est fort accru depuis ( Note de l’éditeur · texte numérisé non relu

Leur nombre s’est fort accru depuis ( Note de l’éditeur

TH ABA-BOSSIOU.

rocailleux, nous sommes obligés de mettre pied à terre et de conduire nos montures. Je ne m’étonne plus que cinq Boers seulement, lors de l’attaque de la montagne, aient pu en atteindre le sommet. Tous les cinq y trouvèrent la mort.

Un peu après avoir dépassé la maison de Moshesh, nous rencontrons quatre de ses fils et quelques autres personnes. Pendant que je leur parle, un autre de ses fils vient se joindre à nous, et après avoir prié le Dieu de Moshesh de répandre son Évangile jusqu’aux extrémités du Lessouto , nous continuons notre course et contournons une partie de la montagne. M. Jousse me conduit devant une tombe couverte de pierres. A la tête est posé un fragment de rocher sur lequel est gravé le nom de Moshesh. Comme je considérais cette tombe avec une respectueuse émotion, un texte bien fait pour lui servir d’épitaphe m,e revint à l’esprit : La bonté m'a fait devenir grand. C’était donc là que reposait le grand chef des Bassoutos! J’avais souvent visité en d’autres contrées et avec des sentiments mélangés les tombeaux des puissants de la terre; mais aujourd’hui, je me demandais quels étaient les souverains de

renom, soit en Europe, soit en Asie, ayant fait autant de bien à leurs peuples que ce monarque africain et ayant laissé une réputation aussi honorée que la sienne.

J’étais profondément impressionné par tout ce que j’avais vu et entendu à Thaba-Bossiou, par ma visite à la montagne et à la tombe de Moshesh et par les nombreux récits qui m’avaient été faits concernant sa personne et l’œuvre missionnaire en général.

La. station, fondée par M. Casalis et dans laquelle Moshesh, sa famille et ses conseillers formèrent le premier auditoire, a vraiment joui d’une grande prospérité. Elle a passé, comme celle de Morija, par des épreuves diverses et par de nombreuses guerres, mais elle en a été délivrée. Parmi les premières conversions furent celles de deux femmes de Moshesh. Cet événement causa un grand émoi, et un conseil national fut convoqué, à l’effet de délibérer sur les mesures qu’il y aurait à prendre. Les païens triomphaient.

M. Casalis gravit la montagne pour aller trouver le chef: «Tu es Jean-Baptiste et je suis Hérode, lui dit le chef. — Non! dit M. Casalis, je ne suis pas un Jean-Baptiste. — Ni moi un Hérode, ajouta

TH AB A-BOSSIOU.

Moshesh; mais il faut laisser parler mon peuple; demain il sera tranquille. »

M. Casalis poursuivit ses travaux, recevant de temps à autre la visite de ses amis Arbousset et Gossellin. Lorsque les circonstances exigèrent qu’il retournât en Europe, il laissa derrière lui une Église indigène florissante et dont le développement se continue. Cinq cents adultes, environ, ont embrassé le christianisme et, sur ce nombre, trois cent cinquante ont été admis dans l’Église. Sept annexes sont pourvues d’écoles et de catéchistes et trois cents enfants reçoivent tous les jours une instruction primaire; 2,500 francs ont été souscrits par les membres de l’Église en faveur de l’œuvre missionnaire au Lessouto et chez les Banyaïs. Ces chrétiens africains ont donné une touchante preuve de la sympathie qu’ils ont pour la France; les gens de Thaba- Bossiou ont, l’année dernière, envoyé 400 francs à M. J. Bost pour les établissements de Laforce. Lorsque les Africains commencent à se sentir membres de la grande famille humaine et à prendre part aux souffrances de leurs frères d’Europe, ils donnent une preuve palpable que les principes de l’amour

chrétien qui leur ont été enseignés ont réellement pénétré dans leurs cœurs.

18 Décembre. — Je fais mes adieux à M. et Mme Jousse et à la* localité si intéressante qu’ils habitent avec leur famille. J’escorte MUe Keck qui retourne auprès de son père, le missionnaire de Mabouléla. Du haut de la montagne qui est derrière la station, on a une vue fort étendue. Nous redescendons par un sentier escarpé qui nous amène tout à coup en vue d’une agglomération de constructions et de jardins; c’est la station de Bérée. Nous y sommes accueillis par M. et Mme Maitin et M. et Mme Duvoisin. 1 1 se trouve que Mme Maitin et moi nous avons une amie commune dans la personne de l’une de ces nobles femmes dont la vie se dépense, en Angleterre, à faire du bien. Cette coïncidence rend notre rencontre d’autant plus agréable.

Masérou, la résidence de M. Griffith, le commissaire anglais, ne se trouvant qu’à deux heures de Bérée, je m’y rends avec M. Duvoisin. M. Griffith était absent, mais je pus voir sa femme et ses enfants. Il s’est acquis la réputation — méritée, je le crois — d’être un sage et bon magistrat ; mais je

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