BÉRÉE
regrette qu’il ait sanctionné l’établissement de l'Église anglicane au Lessouto et je prévois que l’introduction d’un système religieux qui se refuse à reconnaître l’autorité des pasteurs réformés, fera un mal extrême à la cause de la paix et à celle du Seigneur parmi les Bassoutos. Tous les chrétiens anglais blâment la conduite des pasteurs anglicans qui vont s’implanter dans le champ depuis si longtemps cultivé par les missionnaires français. De nombreuses représentations ont été faites à leur Société par des personnes influentes, et nous devons espérer que la mission sera bientôt délivrée de la contrariété que lui cause cette innovation.
Je fais aussi la connaissance de deux des fils de M. Maitin ; ils sont employés dans l'un des bureaux du gouvernement.
Retour à Bérée au moment du coucher du soleil. Près de notre route, une découpure de la montagne produit un effet magique et semble une porte gigantesque ouvrant sur le ciel. C’est admirablement beau.
19 Décembre. — M. Maitin convoque l’Église à une réunion de préparation à la sainte Cène, qui doit être donnée demain.
Après la réunion, je suis présenté à Ésaïe Séelé, évangéliste, qui avait été autrefois porter l’Évangile à la tribu d’un chef qui se nomme Mankopané. L’histoire de cette homme est vraiment intéressante et parle bien éloquemment des travaux de M. Maitin à Bérée.
Ésaïe était le fils d’un grand chef et le favori de Moshesh. Il fut le premier converti de l’Église de Bérée dans laquelle il fut admis un 1843,
En l’année 1864, Mankopané chef d’une tribu
qui demeurait à une grande distance du Lessouto, envoya dire à Moshesh qu’il lui demandait des gens pour l’instruire. Moshesh transmit son message aux missionnaires, mais aucun d’eux n’était alors disponible. M. Maitin s’adressant un jour à l’Église de Thabe-Bossiou s’écria : « Aucun de vous n’ira- t-il donc * notre place pour instruire le peuple de Mankopané ! » Ésaïe, qui ce même jour était venu de Bérée, s’approcha de M. Maitin et lui dit qu’il consentait à partir et il ne tarda pas à se mettre en route avec sa famille. Lorsqu’il fut arrivé au premier village du chef, il demanda la permission de prêcher; les gens vinrent l’écouter et le soir même
VISITE d’ésaie chez mankopané.
un jeune homme le réveilla pour lui dire qu’il était chrétien.
Il avait entendu l’Évangile au Lessouto, mais il avait craint jusqu’alors de confesser le nom du Christ. Le jour suivant, Ésaïe prêcha de nouveau et termina son allocution par ces paroles : « Il y au milieu de vous un homme qui vous tue. Il connaissait l’Évangile, et il a eu peur de l’annoncer. Par conséquent, c’est un meurtrier. » Il prit alors un Nouveau Testament avec les Psaumes et demanda qui voulait êtrè instruit. Plusieurs s’empressèrent de répondre. Puis il s’adressa au jeune homme et l’engagea à parler et à prier tous les jours ; ce qu’il fit.
Ésaïe ^continua son voyage et, cinq jours plus tard, le même jeune homme le rejoignit pour lui demander des livres, tant il y avait de gens qui voulaient recevoir instruction. Ésaïe arriva enfin chez Mankopané et lui dit' qu’il était envoyé par les missionnaires français ; le chef lui avait déjà préparé trente jeunes gens destinés à être instruits. Il leur proposa de leur apprendre soit à lire la Parole de Dieu, soit un métier ; vingt-huit d’entre-eux demandèrent à apprendre à lire.
Il ouvrit immédiatement une école et une réunion quotidienne de prières ; une vieille femme qui vivait dans une hutte tout près de là et qui passait depuis nombre d’années pour être boiteuse, entendit la Parole de Dieu, y prit intérêt et, à la surprise de tous, se mit à marcher pour aller aux réunions.
L’une des femmes favorites du chef se convertit. Elle avait un caractère sombre, et le changement qui s’opéra en elle porta plusieurs autres personnes à aller aux réunions en même temps qu’il excita l’opposition du chef. Un jour un vieillard, monté sur un bœuf, arriva d’un village voisin en disant : « On m’a dit que Dieu avait parlé ici ; je suis venu écouter ce qu’on dit de lui parce que je veux le voir. » Le vieillard crut et mourut dans l’espérance de l’immortalité. A cette époque, des renégats qui étaient allés dans la Colonie revinrent et, poussés par les mauvais conseils du chef, résolurent de chasser Ésaïe. Les persécutions commencèrent, mais non avant que 55 hommes et femmes se fussent convertis à la foi chrétienne.
La guerre entre les Boers et les Bassoutos n’avait pas permis aux missionnaires d'envoyer des secours à Ésaïe, de sorte que se voyant refuser la nourriture par Mankopané, il dut s’en aller, mais ses convertis