WITSIESHOEK. — INFLUENCE DE LA MISSION FRAN- ÇAISE. — NATAL
22 Décembre. — Il ÿ a aujourd’hui un an que je me suis séparé, à Londres, de ma chère femme et de mon enfant. Mon cœur est pénétré de reconnaissance envers le Seigneur pour la bonté qu’il n’a cessé de me témoigner depuis lors. Il est tombé beaucoup de pluie aujourd’hui, mais il y avait du soleil dans les cœurs, et je me suis bien reposé sous le toit hospitalier et dans la société de la famille Keck. Je me suis senti d’autant plus chez moi, qu’une fille de M. Keck a épousé le docteur Casalis, avec lequel j’ai fait si parfaite connaissance. Nous avons eu réunion d’édification matin et soir, avec l’Église de Mabouléla et, dans l’après-midi, réunion avec les enfants. Cet endroit se trouve situé dans la partie du Lessouto qui a été prise par les Boers en 1865 ; elle fait maintenant partie de l'État libre. Le gouvernement des Boers a autorisé
M. Keck et son Église à rester dans la localité, et il leur a fait l’abandon de quelques terres afin qu’ils puissent se suffire. M. Keck a senti qu’il était de son devoir de rester là afin d’évangéliser les alentours.
Notre conversation d’aujourd’hui a surtout roulé sur la prière. Quel important sujet ! La question de la prière est intimement liée à celle de l’existence de Dieu, car si nous croyons en un Dieu vivant et bon, noiis devons croire aussi qu’il entend et exauce nos supplications. Pour moi, je ne mets pas en doute que notre Père céleste, selon les conditions qu’il a lui-même posées dans sa Parole, ne nous écoute et ne nous réponde. En Afrique, il a exaucé d’une manière très-remarquable les requêtes de ses serviteurs. On aurait bien fait de consigner ces réponses et de les faire connaître, car de nos jours les chrétiens — voire même les chrétiens d’Europe — ont besoin de se souvenir que Dieu exauce les prières et les supplications de la foi. En voici un exemple.
La contrée dans laquelle se trouvait M. Keck était menacée par une invasion de sauterelles. Les
M ABOULÉLA.
païens, qui savent tout le mal qu’elles produisent, font souvent de vains efforts pour les détruire ou les chasser. Le chef, païen lui-même, envoya aux missionnaires quelques-uns de ses conseillers; ils portaient le message suivant : « Nous savons que ton Dieu peut, à ta demande , envoyer de la pluie , mais penses-tu quil puisse dissiper des nuées de sauterelles ) »
« Dieu peut, s’il le veut, chasser les sauterelles, lui fut-il répondu. Mais nul ne connaît que lui seul le secret de sa volonté. » Le chef envoya une seconde députation pour supplier le missionnaire de prier pour lui et pour son peuple, et de demander à Dieu de chasser les sauterelles et de sauver les récoltes. Le missionnaire répondit que si le chef voulait réunir son peuple et venir avec lui dans la maison où Dieu était invoqué, il intercéderait en leur faveur. Le chef obéit, et des supplications montèrent vers Dieu. Le lendemain, toutes les sauterelles avaient disparu du voisinage.
Le chef assembla ses conseillers et leur dit : « Le plus vieux d’entre vous a-t-il jamais entendu parler d’une chose semblable ? » Malheureusement,
bien que ni lui ni ses gens n’aient refusé de se réunir de nouveau, pour remercier Dieu d’une aussi miséricordieuse délivrance, ils demeurèrent dans le paganisme.
Devons-nous nous étonner d’une semblable conduite lorsque nous descendons dans notre propre cœur? Que de fois, convaincu comme je le suis pourtant de la puissance et de la fidélité de Dieu, je suis affligé de mon peu de foi en sa bonté et en son amour, et de mon peu d’empressement à faire usage de cette force de la prière, qui n’a d’autres limites que celle de notre confiance et de notre persévérance !
. Dans l’après-midi, les enfants de M. Keck sont venus me voir et m’ont chanté de jolis cantiques français. L’un d’eux, une jeune fille qui a une trèsmauvaise santé et qui depuis lors est devenue aveugle, me disait, en faisant allusion à l’un de ces cantiques chanté par ses sœurs: « N’est-ce pas joli? Nous serons tous blancs dans le ciel. »
23 Décembre. — Après la réunion de prière du matin, je quitte cette aimable famille. La pluie tombe à torrents et continue à m’attrister, mais mon