LA PORTE EST OUVERTE
à cette conclusion que le Seigneur a besoin de nous et que la voix du devoir nous dit d’obéir et d’accepter l’appel. »
Les chrétiens indigènes qui avaient fait partie de la première expédition étaient désireux de retourner avec la seconde, mais l’un d’entre eux, Onésima, n’était plus en état de les accompagner, à cause d’un accident dont il avait été victime pendant ce premier voyage. Aarone Mayoro, de Léribé, fut désigné pour le remplacer. Pendant bien des années, il avait occupé le poste d’évangéliste à Bouta-Bouta et sa femme avait été élevée par Mme Coillard.
Avant de commencer son long voyage, M. Coillard s’en alla à Natal afin de se pourvoir de wagons et de provisions. Partout ses anciens amis lui firent le meilleur accueil. A Durban, à Pietermaritzberg, à Harrismith et dans d’autres villes, il trouva la plus grande sympathie pour la mission nouvelle. Les chrétiens des Églises presbytérienne et indépendante de Pietermaritzberg firent des collectes spéciales pour cette mission ; on lui offrit une tente et d’autres objets de voyage, et, à son retour au Lessouto , après une absence qui n’avait duré que six semaines, il put
verser 1,650 francs dans la caisse des missions.
Des réunions spéciales de prières eurent alors lieu à Morija ; il put y revoir ses frères et s’unir à eux pour demander le succès d’une entreprise aussi importante.
Après cela, il retourna à Léribé, et, comme un fidèle pasteur doit le faire, il alla visiter ses différentes annexes pour fortifier et encourager les troupeaux, avant d’en remettre la charge à M. Kohler que le Synode avait désigné comme son successeur.
Il installa Lazare Lesotho à Tleogeng, à neuf lieues de Léribé, comme instituteur et évangéliste; il mit Philémon Lékhoati à Koloyane, et il ouvrit un nouveau lieu de culte à Tsikoane, avec l’assistance de M. Kohler. La présence des évangélistes qui devaient l’accompagner chez les Banyaïs, ajoutait à la joie générale. Laissons-le raconter lui-même son départ de Léribé :
(16 mai 1877) — « Le samedi tout était fini. Nos chers amis Jousse et Mabille et leurs compagnons, nos frères Duvoisin, Casalis , Dieterlen, Preen et Christmann, et des chrétiens d’autres Églises arrivaient. Ceux que leur âge ou les circonstances
SECONDE EXPÉDITION
avaient empêchés de venir, nous écrivirent des lettres d’affection et d’encouragement. Quelques amis de France en avaient fait autant, et nous les en remercions cordialement. — La présence de nos chers frères du Lessouto, leurs bonnes paroles, leurs ferventes prières nous ont puissamment soutenus et fortifiés. C’était comme l’ange que le Seigneur avait envoyé au prophète dans le désert avec de la nourriture et ce message : « Lève-toi et mange, car le chemin est trop long devant toi. »
» Je ne dirai rien de ce qui se passa dans mon cœur en montant une dernière fois dans ma chaire. Un ministère de près de vingt ans se découlait devant moi avec toutes ses bénédictions , ses quelques succès, mais aussi, hélas ! avec ses infidélités.... Je n’essaierai pas non plus de décrire ce qui se passa en nous quand nous dîmes adieu à chaque membre de notre cher troupeau. Pour nous la promesse du Sauveur n’a pas été vaine. Si nous avions quitté mères, frères, sœurs, nous les avions retrouvés dans, cette vie ; c’était d’eux et d’enfants bien-aimés en la foi que nous nous séparions. Nous quittions une seconde patrie, une autre France. — En sus de la
MISSION DU SUD DE l’àFRIQUE.
collecte qui se fit dans l’Église, nos pauvres gens vinrent encore le lundi, nous apporter, tout en pleurs, leurs petits présents. Une des femmes les plus âgées de notre troupeau vint, au moment où nous allions monter en voiture, nous remettre une natte à laquelle elle avait longtemps travaillé. « C’est pour la placer sous vos pieds, serviteurs de Dieu, » dit-elle en
fondant en larmes Les frères et les soeurs
qui étaient restés avec nous jusqu’au dernier moment, réunis dans notre salon, nous recommandaient encore une fois à Dieu et à la Parole de sa grâce ; et après quelques moments de recueillement privé avec ma bien-aimée compagne, dans cette maison, témoin de tant de luttes et de bénédictions, un dernier regard jeté sur le jardin qui embellit cette retraite, nous montâmes en voiture et donnâmes le signal du départ. — Cher Léribé ! notre Béthel et notre Ébenézer tout à la fois ! Adieu ! Adieu ! Adieu ! enfants du Seigneur qui, par votre tendre affection, nous y avez donné droit de cité, et fait oublier la
maison de nos pères !
» La plupart des gens de l’endroit s’obstinèrent à suivre nos voitures. J’allai à cheval dire adieu au
SECONDE EXPÉDITION
pauvre chef Molapo, qui était malade, l’exhorter une dernière fois et prier avec lui ! — La soirée était fort avancée quand nous traversâmes le Calédon. Je venais de me séparer de M. Jousse, qui a toujours été pour moi un frère affectueux, un ami fidèle et un conseiller sympathique. Dieu sait ce que je lui dois. Maintenant, je me séparais de M. Mabille, l’ami de mon cœur. Nous nous sentîmes ébranlés. Mais Jésus était là, pas de séparation avec Lui. « Je suis avec vous jusqu à la fin du monde. » Avec quelle force et quelle douceur ces paroles nous revinrent en mémoire dans ce moment si solennel !
» Le magistrat, les marchands et quelques Européens du district voulurent aussi nous donner une preuve de l’intérêt qu’ils prenaient à notre lointaine expédition, et nous envoyèrent, accompagnée d’une bourse de dix guinées, une lettre dans laquelle ils se plaisaient à reconnaître nos travaux, et exprimaient, avec le regret de notre départ, les meilleurs vœux pour le succès de notre entreprise.
» Le lendemain, plusieurs de nos gens vinrent renouveler à notre campement les scènes émouvantes çle la veille. Des hommes à pied et à cheval nous
accompagnèrent plusieurs jours de chemin. Ce fut à Harrismith que nous nous séparâmes des derniers, parmi lesquels Nathanaèle Makotoko, auquel m’unit intimement une amitié de plus de vingt ans, et que des devoirs impérieux empêchaient seuls de nous accompagner
» Laissez-moi maintenant vous faire faire connaissance avec l’expédition. Le campement se compose de trois wagons et de trois tentes. La caravane compte les quatre évangélistes, Ascer, Azaèle, Andrease et Aarone. Nous avons en outre trois jeunes gens de Léribé qui se sont volontairement offerts pour guider les attelages et paître les bœufs Eléazaro, le conducteur de notre voiture, est le fils de Luka Ntsaba qui, en 1833, amena les premiers missionnaires au Lessouto. C’est un des évangélistes venus de Morija. Il brûlait du désir d’aller en cette qualité chez les Banyaïs, mais sa femme ne voulut pas en entendre parler; c’est alors, qu’avec son consentement, il s’est offert pour mener notre voiture. Il est d’un caractère enjoué et possède à un rare degré le talent de la parole. Quatre Bapélis se sont joints à nous pour retourner dans leur pays
SECONDE EXPÉDITION
et ils essayent de se rendre utiles. L’un d’eux surtout, qui a vécu longtemps dans notre maison, et n’a jamais osé se dire converti, bien que je le croie un véritable enfant de Dieu, nous étonne et nous édifie tous par son dévouement. Enfin, une de mes nièces, qu’un étrange concours dé circonstances nous a amenée, nous accompagna aussi, et elle sera, je l’espère, pour nous et pour d’autres en bénédiction.
» Nous avons pour règle de devancer l’aurore, et de voyager tard dans la nuit, nous reposant quelques heures pendant la chaleur du jour, pour prendre un repas et faire paître les bœufs pour lesquels nous devons sacrifier nos aises, nos habitudes et nos goûts. Outre le culte de famille du matin et du soir, nous avons des réunions de prière et des services réguliers; et, dans ces moments, le Seigneur nous fait puissamment sentir sa présence. Le mot d’ordre qui semble nous avoir été donné dès le commencement de notre voyage, et qui revient constamment dans nos entretiens et nos exhortations* est cette parole : « Qu’il y ait donc en vous le même esprit qui a été en Jésus-Christ. » (Phil. n, 5.) Dire que la plus parfaite entente règne parmi nous serait superflu. Nous
ne nous faisons pas d’illusions sur les difficultés, les privations, les fatigues ou les périls qui nous attendent; mais cela nous fait sentir d’autant plus la nécessité de nous fortifier dans le Seigneur. Nous savons que nous sommes suivis des prières des enfants de Dieu et que « V Ange de l’Éternel campe autour de nous et nous garantit . »
Une réception bien différente de celle qu’on avait faite, l’année précédente, à M. Dieterlen, attendait cette seconde expédition. Les choses marchent vite, en ce moment, dans le continent africain ; il s’ouvre de toutes parts et tous ceux qui ont à cœur d’éclairer et d’élever l’esprit de ses populations, depuis si longtemps opprimées, peuvent pénétrer en Afrique avec l’assurance que le succès viendra couronner leurs efforts.
Le temps des adieux était passé, le voyage avait commencé; la joie et l’espérance remplissaient tous les cœurs. Après avoir fait heureuse route et reçu le long du chemin des marques de sympathie des fermiers hollandais, les voyageurs arrivèrent à Pretoria le 24 mai, jour de naissance de la reine d’Angleterre, en même temps celui où sir Theophilus Shepstone hissa pour la première fois le drapeau an-