‹ La mission française du sud de l'AfriqueChapitre 6 sur 33 · ESSAI DE MISSION CHEZ LES BAHARUTSIS · texte numérisé non relu

ESSAI DE MISSION CHEZ LES BAHARUTSIS

La première excursion dans le pays des Baharutsis fut tentée par M. Rolland. Il trouva des populations disposées à recevoir des missionnaires ; mais elles vivaient sous un règne de terreur. Mosélékatsi, tyran cruel et sanguinaire, les gouvernait avec un sceptre de fer, et les opprimés craignaient d’exciter sa colère en accueillant un blanc . Pendant ce temps, Lemue s’était joint à une expédition de chasseurs indigènes pour visiter les populations éparses du Kalihari, sorte de petit Sahara, situé au nord-ouest de Litakou.

Les privations et les "souffrances qu’il endura pendant ce voyage produisirent une grave maladie, qui fut une grande épreuve pour sa foi ; il devait s’en ressentir pendant tout le reste de sa vie. « Quel en sera le résultat ? s’écriait-il alors , Dieu le sait ; mais humainement parlant, il y a très-peu d’espoir de guérison. Dans les circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons, sur le point de faire un

long voyage vers l’intérieur et de commencer une œuvre nouvelle qui demande beaucoup de force et de résistance, cette affliction est extrêmement difficile à supporter. » Le Seigneur ne permit pas que la foi de son serviteur défaillît et il lui rendit suffisamment de force pour continuer son œuvre. Un nouveau collaborateur, M. Pellissier, arriva pour compléter le premier trio missionnaire français. Il était décidé, lui aussi, à pénétrer dans la contrée des Baharutsis et à y prêcher l’Évangile. Le voyage s’opéra sans difficulté, et les missionnaires se trouvèrent dans un pays charmant, plus avancé vers l’intérieur qu’aucun de ceux qu’on avait encore atteints et au milieu d’une population nombreuse qui leur fit un accueil empressé. « Voilà nos gens qui arrivent ! » fut le cri que poussèrent les natifs. Le chef de Mosiga leur donna une magnifique vallée et les aida dans les difficultés d’un premier établissement. Tout dépassait leur attente. Mais une grande épreuve leur était réservée, et bien que le Seigneur voulût faire d’eux les bergers de ce troupeau, c’était par une voie inconnue.

Ils avaient à peine commencé à bâtir leur mai-

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son, que des messagers du farouche Mosélékatsi arrivèrent pour les sommer de comparaître devant lui; M. Pellissier les suivit. Les indigènes disaient qu’il ne reviendrait jamais. L’entrevue fut plus satisfaisante qu’on ne l’avait espéré ; le rusé tyran, désirant calmer les craintes des Baharutsis, reçut M. Pellissier avec bonté, le garda auprès de lui pendant quelques jours, lui enjoignit de venir vivre dans sa capitale et ne mit point obstacle à son retour ; mais à peine fut-il revenu auprès de ses frères que d’autres messagers accoururent pour sommer les trois missionnaires de se rendre chez Mosélékatsi. Le chef de Mosiga, comprenant les intentions du tyran, les supplia de quitter sa tribu par crainte de la vengeance de cet homme cruel. Des indigènes qui arrivaient de divers côtés annonçaient que Mosélékatsi avait juré leur perte ; pas un des Baharutsis ne voulait les accompagner. Il n’y avait d'autre alternative que de retourner à Litakou. Ils avaient à peine quitté Mosiga que l’orage éclata. Lemue raconte comme - suit les événements qui eurent lieu : « L’Afrique retentit des actes de cruauté diabolique des Matébélés. Les Barolongs sont dé-

faits ; les Baharutsis ont pris la fuite, tandis que le sang des autres tribus fumait encore. » Ainsi se termina la première partie de ce premier essai de mission ; mais tout n’était pas perdu.

A l’exemple du bon Berger, qui descendit du ciel pour chercher et sauver notre race déchue,- ses fidèles serviteurs ne voulurent point abandonner les païens qu’ils étaient venus, de France, chercher et délivrer. Rolland et Lemue apprirent que les Baharutsis avaient fui dans le désert et ils partirent de Litakou pour aller leur porter secours.

Le voyage fut des plus difficiles. Pendant huit jours, ils marchèrent guidés par la boussole, et finirent par retrouver les fugitifs. Ceux-ci avaient erré à l’aventure pendant plusieurs semaines et mouraient de faim. Leurs libérateurs français avaient apporté des vivres et dès qu’ils eurent été reconnus, il furent entourés d’une foule qui demandait à grands cris de la nourriture. On tua du bétail et la multitude affamée put apaiser sa faim. Cette scène n’est-elle pas touchante ? Ne montre-t-elle pas bien clairement la main du Seigneur conduisant ces deux Français pour être au sud de l’Afrique les sauveurs d’une population

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dont les souffrances étaient une des conséquences du paganisme ? Lorsque les femmes et les enfants eurent recouvré suffisamment de forces, toute la troupe se prépara à suivre les missionnaires. Les chefs se conduisirent très-bien et s’efforcèrent de maintenir l’ordre. La foi et la persévérance des missionnaires triomphèrent de toutes les difficultés. Ils ramenèrent leur troupeau en sûreté à Litakou, où une bonne réception les attendait. Moffat leur conseilla de fonder une station à dix-huit milles de Kuruman, et c’est ainsi que prit naissance Motito, le premier établissement missionnaire de l’Église de France, au sud de l’Afrique. Les difficultés contre lesquelles ces missionnaires eurent à lutter en cette circonstance, dépassent tout ce que les Français qui liront ces lignes peuvent imaginer ; l’effet moral produit par tant de courage et de charité fut très-grand. J.usque-là, il ne s’était rien passé en Afrique qui eût, au même degré, prouvé aux noirs le désintéressement et la fidélité des Européens venant au milieu d’eux pour l’amour de Dieu.

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