M A S S I T I S SI
soit en Afrique ou que ce soit en France, ne diffèrent que par les formes qu’elles revêtent.
Le troisième jour, je parlai sur la venue du Seigneur et sur son royaume, et nous eûmes une réunion pour ceux qui voulaient rester. Afin de pouvoir continuer à prier pour ceux qui m’avaient parlé, j’avais noté les cas suivants ; ils serviront à montrer ce que sont les épreuves des chrétiens africains, et seront peut-être utiles à d’autres.
Un homme qui avait été cruellement lésé dans ses intérêts et qui avait cédé au mauvais conseil de chercher à se venger, confessa son péché et pria pour obtenir la grâce de pardonner à son ennemi.
Une mère, dont le fils païen voulait se marier selon les rites des païens, demanda que grâce et direction lui fussent accordées. Ce fils était violent et grossier.
Une autre mère pria pour la conversion d’un fils et d’une fille, qui sont déjà grands, qui viennent écouter les prédications et dont la vie est morale.
Une femme fidèle, très-persécutée à cause du Seigneur, demande la conversion de son mari et, pour elle-même, la grâce de pouvoir se réjouir dans l’épreuve.
Un frère sorti depuis peu de temps du paganisme et ne comprenant pas encore clairement l’Évangile est très-fatigué de la lutte. Je lui mets sous les yeux le chapitre lui d’Ésaïe. Il me dit: « Je vois mainnant. »
Une jeune fille sent son orgueil: on lui présente comme modèle « le Seigneur Jésus». Plusieurs parlent de leurs épreuves spirituelles et demandent la force pour résister à la tentation. D’autres, après avoir déchargé leur cœur, trouvent du soulagement dans les larmes. Trois personnes restent pour donner gloire à Dieu des bénédictions qu’elles ont reçues pendant ces trois journées.
Rien ne vous fait mieux toucher du doigt les profondes vérités de l’Évangile que d’entendre sortir de la bouche de ces fils et de ces filles de l’Afrique, telles expressions que Dieu seul, par sa parole et par son esprit, peut mettre dans les cœurs.
M. Creux consacre toutes ses soirées à une école pour les jeunes bergers. Ces pauvres garçons passent toutes leurs journées dans les champs à garder les troupeaux, et ils ne recevraient aucune instruction chrétienne s’il n’y avait pas cette école du soir.
M ASSITISSI.
Elle est fort intéressante : les écoliers sont vifs et appliqués et chantent très-bien. Je fus heureux de pouvoir, par quelques paroles, les encourager à apprendre à lire, à écrire et à écouter les instructions de leur missionnaire.
Peut-être mes lecteurs se rendront-ils mieux compte des progrès qu’a faits la mission si, à mesure que je passe par une station, je donne le chiffre des membres de l’Église. En général, ils ne demeurent pas tous sur la station même ; il en est qui sont établis à des distances fort éloignées, et alors, lorsqu’ils sont en assez grand nombre, ils forment une annexe. A Massitissi, il y a 97 membres de l’Église et 87 catéchumènes. Ils forment cinq annexes. Il y a 35 élèves à l’école du soir. Ces chiffres sont empruntés au rapport de 1876.
Cette première visite fut pour pour moi le sujet d’une grande joie, car il m’avait été donné de constater une œuvre de Dieu, véritablement accomplie dans un esprit de foi et de désintéressement.
Les indigènes, selon la coutume, s’étaient réunis de bonne heure pour la prière du matin ; je parlai brièvement sur Jean, xv, ce fut une réunion très-fervente.
Au moment du départ, un vieillard me dit en me serrant la main: « Nous avons prié pour toi et pour ton enfant. » A l’époque où l’Évangile fut apporté en Afrique par l’Église de France, cet homme était un cannibale.
En prenant congé de mon cher frère et de sa compagne, il me semblait quitter de vieux amis et cependant nous ne nous connaissions que depuis quelques jours.
Depuis longtemps une grande sécheresse désolait le pays. « J’espère qu’il pleuvra bientôt, me dit quelqu’un. » Je lui répondis que je demandais au Seigneur de retenir la pluie jusqu’à ce que j'eusse passé le fleuve Orange. La personne se mit à rire et me demanda à quelle époque ce serait. « Aujourd’hui, le 27, à 11 heures du matin, » lui répondis-je. Une heure plus tard, la pluie commença à tomber et, le même soir, pour la première fois cet été, le fleuve fut infranchissable.
Nous atteignîmes le fleuve à une demi-heure de la station. Mon guide me montra un endroit où le courant était rapide et il me dit : « Le fleuve est profond là où il est étroit. — Oui, passons à l’endroit le