‹ La mission française en AmériqueChapitre 10 sur 20 · DANS LES ABATTOIRS DE CHICAGO · texte numérisé non relu

DANS LES ABATTOIRS DE CHICAGO

Donnons-nous rendez-vous sur les champs de bataille libérateurs. C'est là que nous continuerons la grande œuvre de Washington. Comme l'a dit tout à l'heure un orateur, aucun homme n'a le droit de vivre pour lui seul, aucun homme n'a le droit de mourir pour lui seul ; aucun peuple n'a le droit de vivre pour lui seul; aucun peuple n'a le droit de mourir pour lui seul. Nous nous devons tous à l'humanité, à la civilisation, à la démocratie. Nous lutterons pour elles. Vive la France! Vive l'Amérique!

A Kansas City, le Dimanche 6 mai (à 1 1 heures du matin.)

La Mission arrive à 8 heures du matin. Après une réception triomphale dans cette ville agricole de 800.000 âmes — réputée pour être le grenier du monde — après une promenade à travers les rues pavoisées, une réunion, où prennent place quinze mille assistants, a lieu sous la présidence du Maire.. Le Maire, les gouverneurs du Misssouri et de l'Ohio (car la ville est à la frontière des deux Etats) font entendre de vibrants discours. Le Maire remet à M. Viviani une plaque d'or en souvenir de la Mission. Puis l'évêque presbytérien, le pasteur, le rabbin, prononcent d'énergiques paroles. M. René Viviani leur répond.

Mesdames, Messieurs,

Nous savions, mes compatriotes et moi, avant de descendre dans cette ville formidable, quelle était la puissance de son labeur et de son travail. Et tout de suite je rends hommage au courage, à la patience de cette race de l'Etat tout entier, race d'agriculteurs et de paysans, qui, j'en suis sûr, possède les qualités de patience, d'épargne, d'obstination et de courage qui font la gloire et qui sont l'histoire de nos paysans français. C'est ici, dans ce centre immense, c'est ici, comme on le disait tout à l'heure, que sont rassemblés des millions et des millions de boisseaux de céréales, et, on peut bien le dire, vous constituez non seulement le grenier des Etats-Unis, mais pour ainsi dire le grenier du monde.

Je remercie Monsieur le Maire d'avoir bien voulu, au cours de son allocution, dire que, pour les Alliés et pour la France, vous étiez prêts à travailler, pensant admirablement que la guerre ne se fait pas

uniquement avec des munitions et des canons, mais qu'il faut nourrir les soldats et ravitailler la population civile.

Et comment traduirai-je notre joie lorsque nous sommes descendus dans cette ville qui est la force des Etats-Unis, mais qui en est aussi la parure, et où, sous le soleil de printemps qui s'était levé pour nous saluer, nous avons vu vos femmes, vos enfants, vos jeunes filles, cette immense cohorte de la population, se tenant le long des routes, et saluant, à travers nous, la France et la République.

Et, sous ce soleil dont je parlais, envoyant autour de nous éclater le printemps rayonnant, nous nous serions pris, nous autres Français, à nous adresser un reproche, un reproche parce que nous n'avons pas le droit, même à l'étranger, de garder une joie pure pendant que la France est en deuil et pendant que nos enfants se battent. Nous nous serions adressé ce reproche si nous n'étions venus, si nous n'avions contemplé cette vaste foule frémissante et belliqueuse, tout entière debout pour la guerre de l'indépendance. Comment traduirai-je l'impression qui nous est donnée parce que nous avons entendu ici, par ce que nous avons vu ici? C'est l'union sacrée, admirable, ce sont les représentants de tous les cultes venant, sous leur forme particulière, tenir le même langage.

Et quant à moi, j'ai été ému, et je garderai longtemps le souvenir du spectacle que, tandis que les

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