‹ La mission française en AmériqueChapitre 11 sur 20 · A KANSAS CITY · texte numérisé non relu

A KANSAS CITY

prières étaient prononcées, vous donniez. Je voyais cette mer immense qui s'étend devant moi, où les têtes, s'inclinant, ressemblaient aux ondulations de la vague. Je voyais son front se courber sous la prière, et vos yeux se lever vers le ciel comme pour y chercher la justice divine. Et je me demandais comment il se pouvait que vous imploriez le Dieu de pitié et de miséricorde pour qu'il devînt le Dieu de guerre. Mais j'ai compris. Vous avez imploré le Dieu de guerre parce que le Dieu de pitié ne peut pas être d'accord avec la bestialité humaine. Vous n'avez pas oublié qu'au mépris du serment, au mépris de la foi jurée, nos adversaires ont envahi la petite Belgique, si grande par l'histoire, par le courage, qu'elle a montré en face de l'envahisseur, qu'ils ont détruit la cathédrale de Louvain, en même temps qu'ils ont détruit, sous les obus, l'admirable cathédrale de Reims, qui était la parure de notre architecture française. Mais j'abaisserais, j'abaisserais jusqu'à un égoïsme particulariste la grandeur de votre foi, si je disais que vous étiez animés, contre les hordes germaniques, uniquement parce qu'elles ont détruit les temples sacrés où vos frères et les croyants comme vous avaient coutume de venir s'agenouiller. C'est pour une raison plus haute, on l'a dit ici — c'est M. le gouverneur du Missouri qui l'a dit — que vous accourez à la guerre. Cette guerre est la dernière, et c'est parce que nous voulons la conduire jusqu'au bout que nous sommes certains d'obtenir la victoire

définitive. Vous avez dit tout à l'heure que vous donneriez jusqu'au dernier homme. C'est un serment.

Nous avons lutté ; depuis trois ans, la France verse son sang sur les champs de bataille ; depuis trois ans, ses enfants sont dans les tranchées ; depuis trois ans, des milliers et des milliers de nos enfants sont couchés sur le champ de bataille, et les autres sont debout en face de l'ennemi. Au mois d'août prochain, il y aura trois ans que nous avons arrêté cette avalanche humaine qui venait dévaler sur le territoire français. Et pourquoi ? Etait-ce pour conquérir du territoire ? Non, c'était pour autre chose. Et vous l'avez parfaitement compris, si parfaitement compris que tous vos orateurs ont été d'accord pour donner à cette guerre sainte son sens profond, sa gravité véritable.

Ce n'est pas la lutte d'une armée contre une armée ; ce n'est pas la rencontre d'uniformes différents; c'est la lutte de peuples contre d'autres peuples, de la démocratie contre l'autocratie.

Venez donc à nous comme vous y conviaient tout à l'heure vos orateurs ; en venant à nous, ce n'est pas à la France que vous venez ; c'est à la civilisation, c'est à l'humanité.

Et je retiens cette parole généreuse qui est allée tout droit dans notre cœur; la France se confond si bien avec la liberté des peuples et la civilisation que, quand on regarde la liberté, du même coup d'œil on aperçoit la France. C'est elle, en effet, qui a

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