‹ La mission française en AmériqueChapitre 13 sur 20 · AU COLISÉE DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

AU COLISÉE DE SAINT-LOUIS

regardait l'humanité avec amour, qui ne pensait qu'à faire se lever la liberté dans tous les peuples, cette France a été attaquée et elle s'est dressée pour défendre son honneur et son indépendance.

Depuis bientôt trois ans, avec ses fidèles alliés, mais presque seule au début du conflit, elle lutte poitrine contre poitrine, main contre main, arme contre arme. Depuis trois ans dans les tranchées profondes, les fils de la France tiennent en échec les ennemis qui voulaient l'envahir; depuis bientôt trois ans, la France immortelle, pareille toujours à elle-même, gardant sa figure sacrée à travers les orages, la France, digne de la France du passé, lève le drapeau que la mitraille déchire, mais que la main vaillante du soldat empêche de tomber. Et tout à l'heure, lorsque, dans cette cérémonie émouvante, comme le sont toutes les cérémonies militaires, si graves, si profondes, où les soldats ne parlent qu'un langage sommaire et laconique, mais parlent du fond du cœur, lorsque, tout à l'heure, au nom du 5e régiment de Saint-Louis, un de vos officiers remettait un drapeau au maréchal Joffre, qui le lui restituait aussitôt, en prononçant de graves paroles, il m'a semblé apercevoir un spectacle pareil à celui que j'ai si souvent vu sur la terre de France. Combien de fois nous avons vu nos généraux remettre des drapeaux à nos enfants ! Combien de fois nous avons vu nos enfants partir vers la mitraille la tète haute, le cœur plein d'une

joie virile, parce qu'ils savaient qu'ils défendaient leur patrie. Tous, ils avaient les yeux fixés sur le drapeau, qui est l'emblème de la patrie, c'est vrai, mais qui est pour nous comme pour vous, l'emblème de la liberté et de la justice.

Et, de même que nous avons su sauver notre drapeau de toute souillure, de même que nos enfants préfèrent mourir sur place que de laisser tomber ce lambeau sacré, de même que nous considérons, nous aussi, ^que c'est l'âme de la patrie qui est partie en avant dans les plis du drapeau tricolore, de même, car les peuples se ressemblent, car les républiques se ressemblent, c'est l'âme de la patrie américaine qui rayonne à travers cet étendard dont M. le Maire avait raison de dire qu'il apporte déjà la promesse de la victoire définitive.

Demain, ce drapeau flottera sur les champs de bataille, demain, il recevra lui aussi, les honneurs du combat. Oh, il n'était pas fait pour dormir tranquille dans une salle, ou pour être mis au-dessus d'un monument et pour recevoir la douceur du vent pacifique, il était fait, parce qu'il est l'emblème d'une patrie libre, pour affronter les risques du champ de bataille et pour revenir glorieux afin que vous le gardiez dans un temple assez haut et assez sacré pour lui restituer l'hommage qui lui est dû.

Au revoir donc, soldats de la patrie américaine. Vous rejoindrez peut-être là-bas, au delà de l'Atlan-

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