‹ La mission française en AmériqueChapitre 15 sur 20 · DISCOURS PRONONCÉ A SPRINGFIELD · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ A SPRINGFIELD

avec ses alliés, a défendu ces principes éternels. Et voilà trois ans qu'elle les défend. Et aujourd'hui, voilà que l'Amérique, pour défendre également ces grands principes, se dresse à la voix de l'illustre président Wilson, qui lui aussi, homme de politique et de pensée, a compris qu'il fallait devenir un homme d'action, lorsque les principes éternels demanderaient satisfaction et vengeance. Nous sommes ensemble maintenant dans cette grande lutte, digne des luttes de la Révolution Française. Nous sommes tous debout pour défendre le droit et la justice. Et il a été doux à nos cœurs de Français, tout à l'heure, lorsque nous avons entendu les paroles de votre président, les paroles de M. le Gouverneur. Oui, il semble que, dans cette vallée bénie, à chaque pas que nous faisons, nous retrouvons des souvenirs de la patrie bienaimée, et que nous ne l'avons jamais quittée ! C'est ici, comme vous l'avez dit, Monsieur le Président, que les missionnaires français, les premiers Français sont venus pour découvrir la vallée du Mississipi, ici qu'ils ont travaillé, vécu, qu'ils sont morts ; ici qu'ils ont créé le premier gouvernement, sur cette terre qui était autrefois une terre française, où flotte, pour la seconde fois, dans une heure tragique, ce drapeau de la France qui contient toutes nos espérances et qui abrite tous les courages de la patrie. Ici encore, nous rencontrons les mânes, les souvenirs de nos an-

cêtres. Vous comprendrez que l'émotion déborde du cœur d'un Français au moment où cette tragique rencontre s'accomplit sur la terre américaine. Mais est-ce qu'il nous suffira d'évoquer ces souvenirs par un discours? Est-ce que sont ensevelis tous les vœux ardents qui sortent de notre cœur? Comme l'a dit M. le Gouverneur, en paroles solennelles que je retiens et que nous rapporterons en France, vous voulez payer à la France la dette de gratitude, en vous souvenant de La Fayette, apportant ici, avec les soldats français, son concours à l'indépendance américaine. Mais laissezmoi, sans la rétrécir, donner à votre parole sa véritable portée. Ce n'est pas à la France que vous devez une dette de gratitude. Ce qu'elle a fait pour l'Amérique, elle l'a fait pour la liberté, sans regarder comment, un jour, on pourrait payer ses services. Celle à qui vous devez payer la dette de gratitude que vous devez acquitter, c'est l'humanité tout entière, qui se confond avec la France. Oui, c'est parce que cette noble patrie, à toutes les heures de son histoire, a tenu dans ses mains le sort du monde, c'est parce que, sur notre territoire, qui semble avoir été choisi par l'histoire du monde comme la rencontre de toutes les hécatombes et de tous les combats, c'est parce que le sort du monde y a été souvent fixé, parce que nos enfants, avec leur poitrine, leurs bras, leurs mains, leur cerveau, luttent à l'heure

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