‹ La mission française en AmériqueChapitre 16 sur 20 · DISCOURS PRONONCÉ A SPRINGFIELD · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ A SPRINGFIELD

actuelle pour que la liberté ne périsse pas, pour que ce désastre ne vienne pas retomber sur le monde, c'est pour cela que vous vous levez. Et en venant à la France, vous venez à la justice, au droit, à la liberté, à la démocratie.

Venez donc ; nous emporterons avec nous le souvenir de toutes ces rencontres civiques ; et quand nous rentrerons dans notre pays, quand les libres citoyens de la France républicaine nous demanderont ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, nous dirons : Nous avons passé à travers des tumultes joyeux, des foules déchaînées; elles ne venaient pas comme au spectacle, pour voir des hommes; elles venaient comme au grand devoir, pour acclamer la France à travers nous. Nous rapporterons "toutes les paroles de vos orateurs; nous dirons ce que vous pense'z, ce que vous voulez, ce que vous voyez dans l'avenir, non seulement une France libre et affranchie, mais l'Europe régénérée, enfin bâtie sur le droit, construite sur la justice.

Et quand cette grande œuvre sera accomplie, frères américains, fidèles aux traditions de Washington et d'Abraham Lincoln, vous pourrez retourner au pèlerinage pieux de Mount Vernon, et, dans le cimetière de Springfield, vous pourrez vous incliner respectueusement devant vos deux purs héros. Je suis certain que vous aurez servi leur mémoire, et bien certain que, ce faisant, vous aurez encore agrandi l'histoire glorieuse de la République américaine.

Discours

prononcé à Indianapolis,

le Mardi 8 mai.

Messieurs,

Je puis dire, au nom de mes compagnons de route, que nous avons vu ici ce que nous n'avons pas aperçu ailleurs. Ailleurs, nous étions attendus, et nous ne pouvions que nous féliciter de nous être rencontrés avec les foules enthousiastes qui ont accueilli la France en nos personnes. Mais le nombre de nos engagements était si grand que nous n'avions pu réserver une visite pour cette importante cité d'Indianapolis. Et cependant, prévenus ce matin seulement, en moins de trois heures, vous avez pu, Monsieur le Maire, et vous, Monsieur le Gouverneur, rassembler dans les rues de cette vaste cité, des milliers et des milliers de citoyennes et de citoyens, qui sont venus au-devant de nous les mains tendues pour saluer la France et la République française.

Ceci ne peut pas s'obtenir uniquement par la discipline, et un pareil résultat n'a pu être atteint que parce que vous aviez dans l'âme, dans le cœur,

l'amour de la France, comme j'entends dire, et cette flamme patriotique qui ne s'est pas éteinte, cette flamme de gratitude dont tout à l'heure on parlait et qui fait qu'à travers cent quarante ans, l'Amérique et la France sont aussi associées à l'heure actuelle qu'elles l'étaient à l'heure où La Fayette apportait ici le concours des soldats de France.

Et je n'oublie pas que le principal motif pour lequel nous sommes ici, réunis, ce qui nous est démontré par l'emplacement même de cette tribune, c'est le salut aux soldats glorieux tombés pour la patrie, tombés pour la justice. Au nom de la France, je salue ceux qui, à la voix du grand président Lincoln, sont tombés pour l'égalité des êtres sur la terre, pour le droit et la justice, ces principes éternels que Washington et que Lincoln ont su faire triompher en créant l'indépendance américaine. Ce sont ces mêmes principes qui, à l'heure où je parle, sont aux prises en Europe; c'est parce que l'Allemagne impériale a voulu détruire sous ses pieds la démocratie européenne représentée par la France de la Révolution, que les Français ont lutté et luttent encore depuis trois ans. Et c'est pour que ces principes ne périssent pas, c'est pour que la nuit ne tombe pas sur le monde, que la libre Amérique se dresse à la voix du président Wilson et que cette cité dans laquelle je me trouve, avant même que la

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loi de conscription ait été votée, avait déjà pris des mesures pour que l'enrôlement des volontaires pût s'effectuer.

Vous avez montré, Monsieur le Maire, libres citoyens de cette grande cité industrielle, ouvriers qui donnez le labeur de vos jours pour créer l'œuvre dont vos fils profiteront, vous avez montré que vous aviez à cœur les principes mêmes que nous avons conservés.

Vous avez dit, Monsieur le Gouverneur, et vous aussi, Monsieur le Maire, que le drapeau français et le drapeau américain allaient flotter à la même hauteur. Vous avez dit que les plis de ces drapeaux allaient pour ainsi dire .se marier, s'associer ensemble. C'est un bon présage, et je vous remercie d'avoir prononcé ces graves paroles. Oui demain, tous ensemble, les armes à la main, nous ferons reculer l'autocratie allemande, et nous créerons dans le monde la démocratie universelle, grâce à la France et grâce à la République des Etats-Unis.

Discours

prononcé à Columbus,

le Mardi 8 mai.

Messieurs,

Je me rappellerai surtout la première parole de votre Maire, qui vous a prévenus que le train qui nous avait amenés ici était proche et que le temps nous manquait. Au surplus, il n'est pas nécessaire d'avoir une longue heure devant soi pour exprimer des sentiments qui sont confondus dans tous les cœurs, et si j'avais eu besoin de chercher en moi des paroles de gratitude, de reconnaissance et d'amitié, le discours de votre Maire, et, avant lui, le discours du gouverneur de l'Ohio, auraient fourni le thème sur lequel je pouvais parler.

Le gouverneur s'exprimait en disant qu'une gloire commune nous rassemblait dans le passé, que notre histoire était commune ; et il saluait avec nous la grande [ombre de La Fayette, si haute et si grande qu'on dirait qu'elle s'étend, non seulement sur l'Amérique, mais sur la France, sur le monde libéré. Et, en même temps, faisant allusion aux événements grandioses dont nous sommes les acteurs et

les témoins, il disait : « Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve ». Eh bien, moi, je vais vous le dire, ce que l'avenir nous réserve. Nous sommes en face de deux avenirs. L'avenir le plus immédiat, il ne faut pas vous y tromper, citoyens, c'est un avenir de bataille et de combat. Rien ne se fonde dans l'humanité, aucune liberté ne peut surgir, si elle n'est pas enfantée dans le combat, la douleur et la bataille. Nous sommes à la bataille et au combat, nous autres Français, depuis bientôt trois ans ; avec nos alliés, depuis bientôt trois ans, nous tenons en échec l'armée la plus formidable qui avait été organisée pour opprimer des peuples libres. Et voilà maintenant que la libre Amérique s'est dressée à nos côtés, nous apportant, avec son concours moral, son concours matériel.

Le premier avenir, c'est la lutte, c'est la bataille. Je ne connais que ce moyen d'arriver à la victoire définitive. Et puis, un autre avenir nous attend, après la victoire, lorsque les -citoyens, revêtus en ce moment de l'uniforme du combat, rejoindront leurs foyers, lorsqu'ils auront fait à la frontière leur devoir, lorsque, pendant des années, ils auront combattu pour le territoire et la liberté. Ils n'auront pas terminé leur œuvre. L'œuvre de la liberté n'est jamais finie. De génération en génération, nous la transmettrons à nos enfants comme le flambeau d'où sort la lumière ; et notre œuvre à nous ne sera terminée que lorsque nous aurons édifié les garan-

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