‹ La mission française en AmériqueChapitre 17 sur 20 · DISCOURS PRONONCÉ A COLUMBUS · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ A COLUMBUS

ties suprêmes qui empêcheront une guerre future et le retour des crimes dont nous avons été les victimes.

Par conséquent, citoyens, écoutez-moi. A la bataille aujourd'hui, au devoir, quelle que soit sa forme, au combat, quels que soient sa rudesse et les périls qu'il vous réserve. Et demain, citoyens, libres, tous unis, républicains d'Amérique et de France, peuples alliés, dont les institutions sont fondées sur la démocratie et sur la liberté, nous saurons bien prendre nos mesures pour empêcher que le militarisme prussien ne revienne, comme il le voulait, opprimer le monde et la liberté des peuples.

A l'Indépendance Hall de Philadelphie, le Mercredi 9 mai (à 9 heures du matin).

A la Maison de l'Indépendance sont réunis tous les notables de la ville autour du Conseil Municipal. La ville est en fête, un peu déçue d'un retard de seize heures, qu'un déraillement a imposé aux voyageurs. Avant d'aller saluer la cloche qui a appelé le peuple à l'indépendance, et le tombeau de Franklin, en réponse au discours du Maire, M. René Viviani prononce cette brève allocution.

Messieurs,

Ce n'est pas la première fois que nous pénétrons, soit en France, soit à l'étranger, mes compagnons et moi. Nous avons été, bien des fois, dans des maisons, dans des palais, dans des temples, où se symbolisaient l'histoire et la fierté des peuples que nous allions visiter. Mais je suis sûr de traduire sincèrement leur opinion intime en disant que jamais, avec une émotion plus simple, nous n'avons pénétré dans aucun palais. Cette Maison de l'Indépendance est le point de départ de toute l'histoire américaine. C'est ici que le peuple américain a pris conscience de lui-même, et que, se rassemblant pour ainsi dire, il s'est élevé à la dignité, à la hauteur d'une nation. C'est ici qu'a été proclamée l'Indépendance américaine, et tout à l'heure j'espère que M. le Maire voudra bien, lorsque nous quitterons cette salle, à la place du fac-similé que nous admirons, nous montrer ce document original qui porte la fierté de votre nation. C'est ici, en 1787,

qu'a été promulguée la première constitution du gouvernement et du peuple américain. Je n'ai pas besoin de dire qu'à des cœurs de Français et de républicains, aux fils de cette France de la Révolution, qui a affranchi son génie par des révolutions politiques, et qui a la fierté de tout penser et de tout dire, l'hommage que vous rendez à la France est parfaitement touchant. C'est à la France, en effet, Monsieur le Maire, qu'à travers nous vous parlez; c'est de la France que vous parliez lorsque vous disiez que par La Fayette etses soldats, un concours vous avait été apporté, et qu'il était bon qu'aux heures tragiques que nous traversions, nous vinssions aussi, au milieu de vous, comme les représentants libres d'un peuple puissant, mais d'un peuple attaqué, odieusement attaqué, qui s'est levé pour défendre son territoire et son indépendance. Et une fois de plus, cette rencontre heureuse s'est faite. Le peuple français, défendant son territoire, défendait l'indépendance du monde. Et c'est parce que vous l'avez compris, c'est parce que les républicains de ce pays l'ont compris qu'après trois ans de guerre, après avoir essayé de rester attaché à l'amour de la paix, le peuple américain, déraciné pour ainsi dire de son grand rêve pacifique par les agressions tour à tour sournoises et violentes de l'Allemagne, a été obligé à son tour de prendre les armes. Et ce sera sa fierté qu'il les a prises, non seulement pour se défendre lui-même, pour venger les injures faites à

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