ENTRETIEN AVEC LES REPRÉSENTANTS DE LA PRESSE
Angleterre, nous soutenions la lutte pour le droit humain violé, pour la démocratie que l'autocratie voulait abattre dans le monde. Nous sommes prêts à continuer encore. Et voilà que, comme l'a dit le président Wilson, la république américaine est debout, champion du droit, à côté de la France et de ses Alliés. Nos fils seuls, à cause du recul du temps, pourront apprécier à sa valeur la hauteur de cet acte historique qui a secoué le monde. Toutes les forces libres sont en mouvement désormais. Et non seulement la victoire, comme il nous est toujours apparu est certaine, mais elle prend de plus en plus son véritable sens : elle ne peut être seulement une solution militaire heureuse, elle sera la victoire de la morale et du droit et entraînera l'établissement définitif d'un monde où tous nos enfants pourront s'épanouir dans la paix et dans le travail.
Pour celte grande entreprise, qui sera menée jusqu'au bout, nous allons échanger nos vues avec les hommes qualifiés de votre gouvernement. La coopération de la République américaine au conflit universel est acquise. Nous nous entendons entre hommes libres décidés à sauver l'idéal humain.
Discours
prononcé à Mount-Vernon,
au tombeau de Washington,
le dimanche 29 avril.
Le dimanche 29 avril 1917, la Mission Française ayant à sa tête M. René Viviani, et la mission anglaise conduite par M. Balfour, accompagnées des membres du Gouvernement, s'embarquaient à Washington sur le yacht du président Wilson pour se rendre à Mount-Vernon. C'est là que se trouve la demeure du fondateur de la République américaine, toute remplie de souvenirs qui attestent une vie de labeur et de combat. C'est là que se trouve le tombeau du grand soldat. C'était la première fois que devant les grilles du tombeau ouvertes et devant un immense concours de population, le silence était rompu devant ce cercueil. Après M. Viviani, qui prononça au nom de la France le discours qu'on va lire, M. Balfour parla au nom du Gouvernement de la Grande-Bretagne.
Mesdames, Messieurs,
Nous ne pouvions pas séjourner plus longtemps à Washington sans accomplir ici ce pieux pèlerinage. C'est ici qu'est enfermé tout ce qui est mortel dans un héros. C'est près d'ici, dans cette simple demeure, que Washington s'est reposé du labeur formidable par lequel il a élevé tout un peuple vers l'émancipation. C'est ici que se concentre, avec l'admiration du monde, la vénération de la nation américaine. C'est ici que nous rencontrons les souvenirs glorieux laissés par les soldats de la France, que guidèrent Rochambeau et La Fayette. Et cest pour moi, en même temps qu'un honneur suprême, une satisfaction, de conscience de pouvoir rendre cet hommage à nos aînés en présence de mon collègue et ami M. Balfour, ce noble fils de la grande Angleterre. En venant ici incliner respectueusement devant ce tombeau la pensée de la nation anglaise, il prouve, dans ce rapprochement historique qui s'accomplit sous les
auspices de la France, ce dont sont capables les peuples qui vivent pour la liberté.
En contemplant, dans un passé lointain, la lumineuse figure de Washington, dans un passé plus récent, la haute stature d'Abraham Lincoln, en saluant respectueusement tout près de nous M. le Président Wilson, digne héritier de tant de grandeur, nous pouvons embrasser d'un seul regard la carrière immense qu'a parcourue le peuple américain. C'est parce qu'il a proclamé et obtenu le droit pour une nation de se gouverner elle-même; c'est parce qu'il a proclamé et obtenu l'égalité de tous les êtres dans la race humaine que ce peuple a pu, à l'heure marquée par le destin, élargir d'un geste puissant son action au delà des mers. C'est parce qu'il a voulu élargir cette action qu'il a pu faire voter par son parlement, en quelques jours une loi de conscription et proclamer la nécessité d'une armée nationale dans la splendeur de la paix civile. Au nom de la France, je salue cette jeune armée qui prendra sa part de la gloire commune.
En rendant ce suprême hommage à la mémoire de Washington, je ne diminuerai certes pas la portée de mes paroles si j'élève mon souvenir vers tant de héros inconnus. Je vous prie, devant ce tombeau, de saluer de votre pensée avec une ferveur pieuse tous les soldats des nations alliées, qui, depuis bientôt trois ans, luttent sous des