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DISCOURS PRONONCÉ AU TOMBEAU DE WASHINGTON

étendards différents pour le même idéal. Je vous prie d'adresser l'hommage de vos consciences et de vos cœurs à tous ces héros nés pour la joie, pour le travail, pour la tendresse, qui marchèrent au combat avec une fierté virile et se sont offerts, non seulement à la mort, mais au silence éternel, sachant que sauf pour leurs proches, leurs noms tomberaient avec leurs corps. Ce ne sont pas seulement les vivants qui nous accueillent, les morts eux aussi se dressent pour faire cortège aux soldats de la liberté. En cette heure solennelle de l'histoire du monde, en acclamant du haut de ce tertre sacré la victoire définitive de la justice, j'adresse à la République américaine le salut fraternel de la République française.

Discours

prononcé au Sénat des États-Unis,

à Washington, le 2 mai.

La Mission Française rendit le 2 mai, à midi, une visite solennelle au Sénat. Elle fut accueillie par une délégation de sénateurs qui la conduisirent, au milieu des acclamations, jusque dans la Chambre des séances. Tous les sénateurs étaient à leur banc, les tribunes publiques étaientcombles. M. le Président Marshall, vice-président de la République des Etats-Unis, salue la Mission Française en ces mots : « Nous avons eu maintes fois l'honneur, depuis plus d'un siècle, de recevoir des visiteurs distingués, notamment nous reçûmes le général La Fayette, mais jamais notre joie ne fut plus grande que celle que nous éprouvons aujourd'hui en recevant l'illustre vice-président du Conseil des ministres.de France et le glorieux soldat qui s'appelle le maréchal Joffre ».

Un tonnerre d'acclamations accueillit ces paroles.

Sur une proposition faite par un sénateur et admise à l'unanimité, M. René Viviani fut admis à la tribune; il y prononça le discours ci-après.

Messieurs,

Puisque je suis admis au suprême honneur de prendre la parole devant les représentants du peuple américain, qu'ils me laissent tout d'abord remercier la magnifique capitale de l'accueil qu'elle nous a réservé. Habitués, dans notre pays libre, aux manifestations populaires, et bien qu'avertis, par vos compatriotes résidant à Paris, de l'enthousiasme qui brûlait vos cœurs, nous sommes encore émus de ce grandiose spectacle. Je reverrai toujours ces hommes, fiers, nous adressant leur salut; ces femmes, dont la grâce embellit la cité, tendant vers nous leurs mains chargées de fleurs; ces enfants accourus auprès de nous à l'appel de leurs maîtres, comme si notre venue était un enseignement, tous ensemble acclamant à travers nous la France immortelle. Je vous prédis cependant une manifestation plus grandiose encore, le jour où votre illustre Président, ayant déposé le fardeau du pouvoir, viendra apporter le salut de la République américaine à

l'Europe libre, tout entière construite sur le Droit.

C'est avec une émotion indicible que nous avons franchi le seuil du Palais législatif, où siègent la Prudence et la Hardiesse mêlées; que moimême, pour la première fois dans les annales de l'Amérique, quoique étranger, je porte la parole à cette tribune qui résonnait, il y a quelques jours encore, de mâles accents.

Vous avez donné à toutes les démocraties du monde le plus magnifique exemple. Dès que le péril vous apparut, simplement et en quelques jours, vous avez voté un formidable crédit de guerre, proclamé la levée d'une formidable armée. Les commentaires dont le président Wilson avait fait précéder ses actes et que vous vous êtes appropriés resteront pour l'histoire des peuples libres une grave leçon.

Sans doute vous avez voulu venger les injures faites à votre drapeau universellement respecté. Sans doute à travers les épaisseurs de ces murailles, vous avez entendu monter jusqu'à vos consciences la plainte lugubre d'innocentes victimes précipitées par une main criminelle dans la profondeur des flots. Ce sera vo'tre honneur historique d'avoir entendu en même temps la plainte de l'humanité, d'avoir invoqué contre l'autocratie le droit des démocraties. Je me demande, tandis que je parle, ce que peuvent penser, s'ils ont encore la faculté de penser, les autocrates qui, il y a trois ans

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