AU CHICAGO CLUB
nous avez placés, le maréchal Joffre et moi, sous l'égide de ce drapeau français. Regardez-le bien, il est ici calme et tranquille. Il n'est pas semblable sur notre front, agité par le vent et déchiré par la mitraille, demeure dans la main vaillante de ceux qui le portent, non seulement comme le signe du courage français, mais comme le signe de la libre démocratie et de la civilisation. Nous avons arrêté, par notre admirable armée, conduite par des chefs glorieux, au-dessus desquels se trouvait, pour les guider, l'homme de guerre illustre qui est à mes côtés, nous avons arrêté l'avalanche qui, non seulement venait vers la France, mais vers toutes les institutions démocratiques de tous les pays. Et je suis heureux de dire, sans que vous puissiez croire que nous passions pour trop orgueilleux, que, fidèle à sa mission, la France, en ces jours héroïques dont nous nous souviendrons toujours, a rempli son mandat, le mandat que lui a donné l'humanité, et qu'elle a toujours été, à tous moments, Aère de défendre la dignité des peuples.
Je garderai longtemps le souvenir de cette réception, qui s'est produite ici, dans ce club américain dont je regrette que nous ne trouvions pas l'équivalent en France, réunion d'une élite appartenant à toutes les professions, à toutes les opinions. Vous vous rencontrez ici en hommes libres, pour parler de vos affaires privées, et vous
envisagez aussi les affaires publiques. C'est d'ici, de ce centre de patriotisme, c'est d'ici que partent toutes les initiatives qui embellissent votre cité. Je le sais, je vous en remercie, je vous en félicite, mais ce dont je vous remercie le plus, c'est d'avoir, dès la première heure de ce vaste conflit, porté votre cœur et votre sympathie vers la France, de ne pas avoir désespéré des armes françaises, de ne pas avoir désespéré du courage des Alliés. Maintenant nous sommes tous ensemble pour défendre le droit, la vérité, la civilisation et la démocratie, et comme, tout à l'heure, on a bu à la France immortelle, qu'il me soit permis, en nous rappelant notre passé glorieux, de boire aux Etats-Unis.
A la Salle d'Or du Congress Hôtel
de Chicago,
le Vendredi 4 mai (à 7 heures du soir).
Après le banquet offert par Chicago-Club, la Mission Française reçoit au Consulat de France la Colonie Française. M. René Viviani y a prononcé un discours pour saluer nos compatriotes.
A 7 heures a lieu le banquet de la Salle d'Or. M. Mac' Cormick, président du Comité des Réceptions, exalte la France et ses vertus, rappelle le secours apporté par La Fayette. M. René Viviani répond par le discours ci-après.
Messieurs,
M. Mac' Gormick vient de rappeler, en termes aimables et qui vont au cœur, les souvenirs glorieux de notre commune histoire. Il a rappelé qu'il y a cent quarante ans, La Fayette descendait sur le sol américain, accompagné de il officiers français. Et je me demande, à l'heure où je parle, ce que pourrait penser La Fayette du développement de son entreprise. Certes, il savait qu'il apportait le secours des armes françaises à la cause de l'indépendance américaine. Il était fier de combattre à côté du grand Washington; il pouvait se douter que cette indépendance fondée sur votre sol vivrait longtemps, et que son nom, à lui, serait révéré par tous les cœurs et par toutes les consciences -américaines. Mais pouvait-il se douter que, cent quarante ans plus tard, la France républicaine, la France ayant fait sa révolution, ayant créé son indépendance, ayant aidé les peuples à créer leur indépendance, serait engagée, contre sa vo-
lonté, dans le plus immense conflit qu'ait vu naître l'histoire, et qu'à cette heure, d'autres Français, comme nous, venant sur le sol américain, recueilleraient, en même temps que sa pure mémoire, l'expression de gratitude que, tout à l'heure, vous avez bien voulu nous apporter?
Laissez-moi vous dire cependant, sans diminuer, en France, le rôle même de la France que, déjà par La Fayette, vous nous avez en partie payé votre dette de gratitude. C'est parce que La Fayette est venu ici dans sa jeunesse, c'est parce qu'il a vécu au contact du grand et simple Washington, c'est parce qu'il a vu se lever la forte indépendance américaine qu'il a pu, en France, rapporter les enseignements et les vertus qu'il avait ici contemplés, et que, dans son âge mûr et dans sa verte vieillesse, il a pu faire bénéficier notre pays de ce libéralisme, de cette hauteur de conscience, de cette largeur de vues, qu'il avait conquis ici sur votre sol. Grâce à vous, il a été en France, à partir de 1815 jusqu'à sa mort, un des pionniers les plus robustes de la République et de la démocratie ; et c'est à un de ces hommes qu'en grande partie nous sommes redevables des conquêtes républicaines que nous avons pu faire. Ainsi, par le rappel de ces traditions glorieuses, où se mêle pour ainsi dire le rayonnement de nos drapeaux différents, nous pouvons montrer ce que peuvent faire deux grandes démocraties. Les monarques