‹ La mission française en AmériqueChapitre 8 sur 20 · AU C0NGRESS HÔTEL DE CHICAGO · texte numérisé non relu

AU C0NGRESS HÔTEL DE CHICAGO

me permette, après lui, de les exprimer à mon tour. Mais, quand je parle des idées démocratiques quand je parle du droit violé et qui sera vengé, des souffrances endurées par ceux qui ont combattu et qui seront rachetées par la victoire, je ne puis mieux faire, pour symboliser ma pensée, que de lever mon verre en l'honneur de l'illustre Président des États-Unis.

A l'Auditorium de Chicago, le Vendredi 4 mai (à 9 heures du soir).

Dans l'immense salle de l'Auditorium, le plus vaste théâtre de Chicago, douze mille personnes sont présentes. Chacune tient en mains deux drapeaux, le drapeau américain et le drapeau français. Quand la Mission Française fait son entrée, une acclamation formidable l'accueille. Le maire Thompson salue les hôtes de l'Amérique.

Après lui le Gouverneur parle, d'un langage ferme et résolu, puis l'organisateur de la réunion, M. Bancroft, avocat illustre, vieil ami de la France, rappelle toute la gloire française. Le dernier, vers 11 heures du soir, M. René Viviani prononce le discours ci-après.

Mesdames, Messieurs,

En entrant tout à l'heure ici, aux accents enflammés de la Marseillaise, qui a été le chant de guerre de nos pères, et aussi au chant de l'hymne américain, qui résonne des victoires passées et des victoires futures, en pénétrant dans cette vaste salle, où la grâce des femmes assemblées et la virilité des hommes nous offrent sous toutes ses formes le spectacle de la grandeur et de la beauté du peuple américain, en entrant ici, en entendant monter vers nous vos acclamations, dans cette frémissante cité, dans cette grande capitale du Moyen Ouest, il nous a été impossible de contenir à la fois dans notre cœur la fierté et l'émotion.

Et lorsque, tout à l'heure, nous avons entendu vos divers orateurs, M. Bancroft, M. le Maire de la Ville de Chicago, que je remercie de l'admirable réception que nous avons reçue ce matin, et M. le Gouverneur de Plllinois, qui a parlé au nom de l'Etat, je me disais (et vous n'accuserez

pas notre juste orgueil de tomber dans l'ornière de la vanité) que, vraiment, vous aviez raison d'aimer, d'admirer la France, car il n'est pas de pays qui mérite d'être davantage loué.

Ce qui fait sa grandeur dans le monde, c'est qu'elle n'a pas seulement travaillé et souffert pour elle-même, mais qu'à travers sa longue histoire, les yeux fixés sur l'humanité, c'est à l'humanité qu'elle a pensé; c'est elle qui a fait la Révolution Française et qui, par elle, a éclairé le monde ; c'est elle qui, pendant le xixe siècle, a éduqué les autres peuples, et tenu dans ses mains le drapeau d'émancipation vers lequel, de tous les points de la terre, les opprimés tournaient les yeux. Et si, en 1871, parla fatalité du destin, sa gloire a semblé subir une éclipse, si elle a connu la défaite, après la défaite, elle a essayé de se retremper dans les travaux de la paix. Certes, elle n'avait rien oublié; elle regardait avec son cœur déchiré et avec ses yeux mouillés de larmes la frontière violée, notre Alsace et notre Lorraine, que nous aurons demain, non par l'effet de la conquête, mais parce qu'elles sont à nous et par l'effet d'une restitution légitime. Et en même temps, elle essayait de se retremper; elle se relevait devant tous les autres peuples; elle était tellement attachée à la paix qu'elle envoyait ses enfants peupler des colonies nouvelles. Et voilà que, pendant dix ans, les intimidations et les menaces se sont orga-

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