HYMNE D'AMOUR
Lorsque le soir est fait sur la plaine endormie, Lorsque les chants lointains des Bambaras obtus, Les pagayeurs et les insectes se sont tus, Et qu'aux vents desséchants succède l'accalmie.
S'élève, répétée, une plainte gémie.
Son crescendo, dans l'herbe haute et les lotus, Monte, en accords plaqués, sur des rythmes têtus De lamentations, comme d'un Jérémie.
Et ces plains-chants, voisins des notes liturgiques, Credo litanies d'espoirs déçus, latents, Aimés du cœur expatrié qui les entend,
Triste accompagnement aux rêves nostalgiques, Ce sont, aux bords boueux du Niger inondé, Des crapauds amoureux l'hymne dévergondé.
Dans tous les pays du monde, après la pluie vient le beau temps, et la nuit s'achevait étoilée, limpide, claire d'une clarté humide que n'atteignent jamais nos nuits des pays tempérés. Avec le vent portant du fleuve, on entendait alors comme un ruissellement, conformément au proverbe peulh : « Oiilouioulou ko tiaygueulj so mayo hcwi, dêgiiiet. » « Oulouloulou, crie le ruisseau; le gros fleuve se tait. » C'était le rappel discret à la réalité, au rapide d'aval, à notre emprisonnement prolongé.
Et les nuits se passaient tranquilles, gardées par un blanc, un sous-officier noir, et deux laptots de veille. De Tombouctou à Lokodja, du 21 janvier au 21 octobre, nous avons fait, à cinq Européens, ce qu'on appelle, à bord, le quart à courir, sans discontinuer. Avouons qu'à certains moments, à Fort-Archinard par exemple, il fallait user de stratagèmes, se donnerdu mouvement, se pincer, se baigner les pieds, les poignets, la tête, pour ne pas succomber à la fatigue envahissante.
Quelquefois, ces nuits passées sur la chaise pliante du Père Hacquart, et sous la lune, ne manquaient pas d'un certain charme, et, puisque nous en sommes aux citations, qu'on me permette encore celle-ci :