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la largeur et la profondeur du gouffre.
l'impéritie ou la vénalité des gardiens du
tr a de la réunion du Canadian Club d'Ottawa, où lord Jeli.. L Plus dévoilé ses desseins, M. Bilodeau notait l’ineffable réflexiot. badauds cossus qui foisonhent dans ces machinés à pistonnage ste : “After all, it is only a small matter r of fifty millions or + Négligeons le côté odieux et burlesque de cette mentalité de par- ACCoutumé à faire danser les millions... des autres : ne- retenons incommensurable jocrisserie. Cinquante millions pour Porgani: d'une-flotte complète et d’une demi-flotte ? ‘AHons donc-! c’est 4°: Pour d'établissement des chantiers maritimes et des cales” .. Et Fentretien ? et la réfection ? et l'équipement ? Cis — par année serait Las prês de da vérité.
Mn a ; et ‘la civilisation ; Nos où sue ne li de ce qu'il en coûte
Résurrection des Dreadnoughts
Dons son plan d'organisation de la flotte d’Extrême-Orient, le délégué impérial pourvoit à la construction et à l'entretien de huit dreadnoughts (ou super-dreadnoughts) et de huit croiseurs cuirassés “de type moderne”. H porte le coût d’entretien annuel de ces seize vaisseaux (y compris le pourcentage d’amortissement du coût de construction) à trente-cing millions par année ; soit, plus d’un tiers du budget total qu’il veut attribuer à la défense du Pacifique.
Voilà qui va réveiller toute la controverse entre les partisans et les adversaires des gros vaisseaux de combat.
Les fidèles lecteurs du Devoir se rappellent peut-être ce que nous leur en avons fait connaître, au temps déjà lointain où le gros de l’opinion se partageait, sans y rien comprendre, entre la marine Laurier et la “contribution” Borden. Qu’on se rassure : nous n’avons pas l’intention de réveiller ces vieux débats. Pas plus aujourd’hui qu’en ce tempslà, du reste, prétendons-nous à la moindre compétence technique en ces matières. Mais puisque nous sommes menacés d’une nouveile poussée de navalisme impérial, force nous est de rappeler que, parmi les experts les plus haut cotés, il s’en est trouvé plus d’un pour condamner l’efficacité des gros navires de combat dont lord Jellicoe veut faire le noyau principal de sa flotte d’Extrême-Orient et, en toute probabilité, de notre flotte de l’Atlantique.
Les leçons de la grande guerre sont venues démontrer, d’abord, que le Canada n’avait pas plus besoin de la marine projetée en 1910 que de la contribution “d’urgence” votée en 1913 ; — ensuite, que les adversaires de la “politique des dreadnoughts” avaient apparemment raison. Endépit des vantardises de Churchill qui jurait d’aller pourchasser les Allemands “comme des rats” dans leurs tanières de Kiel et d’Heligoland et de les forcer à livrer bataille, la Grande Flotte anglaise n’a pas plus bougé que la grande flotte allemande. C’est la guerre sous-marine qui a seule menacé sérieusement l'Angleterre dans ses ravitaillements ; et c’est à l’aide de ses vaisseaux légers et rapides, de ses contre-torpilleurs, voire de ses navires de commerce armés, qu’elle a réussi à se débarrasser de cette inquiétante agression, que lui avait prédite les adversaires des dreadnoughts. Là-dessus lord Jellicoe lui-même nous apporte le témoignage de sa haute compétence.
Comment donc expliquer que lord Jellicoe s’efforce de réveiller l’en-
:thousiasme en faveur de ces énormes vaisseaux si coûteux, si vite démodés — on vient de scrapper le dernier des dreadnoughts de 1905 — et qui semblent avoir si peu servi dans la dernière guerre ?1
1 Un correspondant de la Gazette à Londres (numéro du 10 décembre) rapporte cette déclaration de lord Fisher, dont l'autorité doit valoir celle de lord Jellicoe : “Lord Fisher says that «!! surface ships are already otertially, if not actually, on the scrap heap.” Or, ces “vaisseaux de surface” que lord Fisher ne trouve bons qu’à mettre au vieux fer, ce sont précisément ceux que lord Jellicoe veut nous faire bâtir à la douzaine, à coups de centaines de millions.
Opinions d’experts
En février 1912, j'ai signalé aux lecteurs du Devoir la virulente dénonciation de la “politique des dreadnoughts” par lord Charles Beresford, l’un des prédécesseurs de lord Jellicoe à la tête de la Home Fleet, Lord Beresford n’hésitait pas à stigmatiser cette politique — préconisée en 1913 par le ministère Borden et apparemment reprise par lord Jellicoe — comme une “trahison de la confiance nationale” : a betrayal of the public trust1. NH laissait clairement entendre que la cons‘'-uction des dreadnoughts n’avait d’autre objet que de servir des intérêts mercantiles. Il prédisait les dangers qui en résulteraient pour le commerce britannique, dans la prochaine guerre, et rendraient précaires les routes maritimes qui servent à alimenter la population des Iles ; ritenniques. En d’autres occasions, j'avais marqué la concordance des vues de lord Beresford et de celles d’un ingénieur maritime de hs réputation, sir William White, ancien directeur des constructions navales de lAmirauté.
Naturellement, je ne prétendais pas plus alors départager les opinions des partisans et des adversaires des dreadnoughts que je ne voudrais le faire aujourd’hui. Mais, puisque le gouvernement canadien jugeait à propos de prendre parti en lançant le pays dans la course aux dreadnoughts, je ne négligeai aucune occasion de recueillir des témoi- &nages valables en ces matières.
En juin 1914, un mois et demi avant le déclenchement de la guerre, j'étais à Londres. La marine Laurier et la contribution Borden étaient également choses du passé ; mais, en prévision de nouvelles entreprises du même genre, je voulus profiter de mon passage au coeur de l’Empire Pour me faire éclairer. J'en causai à un publiciste anglais admirablement placé pour recueillir les opinions les plus diverses. Avec cette rondeur qui fait le charme des Anglais vraiment bien, il me fit ouvrir toutes grandes la porte de iord Beresford et celle d’un autre officier supérieur de la flotte. Celui-ci, je ne peux pas encore le nommer, Bien qu’à la retraite, il a joué un rôle trop important, avant et pendant la guerre, pour que j'aie le droit de le mettre en cause à ciel découvert. Qu'il me suffise de dire que sur toutes les quesiions relatives à l’organisation - de la flotte, aux principes de la guerre navale, aux types de vaisseaux de guerre, il était aux antipodes de lord Beresford. Leurs débats publics et privés avaient, des années durant, animé et parfois amusé les cercles militaires et navals. Les échos s’en étaient même prolongés jusqu'aux Chambres des lords et des communes.
Sur l'opinion de lord Beresford, j'étais déjà fixé. Néanmoins, certaines expériences m’avaient appris qu’entre les opinions connues des
1 The Betrayal — Londres, 1912. Les articles où j’analysais la thèse de lord Beresford ont été traduits en anglais et publiés en brochure sous le titre: Why the Navy Act should be repeated, — Montréal, 1912. Cette brochure est épuisée.
E gands hommes et leurs convictions intimes, il existe parfois de notables divergences, en Angleterre surtout, la patrie classique du cant, des “convenances” et des exigences de situation — ce que les Français, avant les jours glorieux de Clemenceau, dénommaient, avec quelque exagération, “l'hypocrisie anglaise”. En tout cas, chez le vieux loup de mer, rien de cela. Il dénonça la “politique des dreadnoughts” avec une vi-
gueur qui laissait loin dans l'ombre les pages les plus violentes de son
Betrayal. Je lui objectai les conseils de M. Winston Churchill, alors mi-
nistre de la Marine, à notre gouvernement. “Churchill is a fool! As!
told him in the House, he was still sucking his pap-bottle, when ! was commanding a fleet” Je risquai le nom de son illustre adversaire, celui-là même que je devais rencontrer deux ou trois jours plus tard.
Le bonhomme devint violet. “So and so? A scoundrel, Sir, and a...!!"”
Je supprime la seconde épithète, En tout cas, j'en savais assez pour me
convaincre que mes deux autorités ne pouvaient être de méche, même
pour abuser de la confiance d’un naïf colonial.
Je tenais également à connaître l’opinion de lord Beresford sur la situation particulière du Canada, au point de vue de sa protection maritime. Il ne fut pas plus réticent là-dessus que sur le reste ; mais nous retrouverons plus loin snn opinion à cet égard.
À quoi <-rvent les Dreadnoughts?
Par une de ces ci ‘0: stances fortuites que la Providence ménage aux honnêtes ignorants en quête de la vérité, la veille du jour où j'avais pris langue avec l’amiral si durement qualifié par lord Beresford, le Times publiait une lettre de sir Percy Scott, directeur, si je ne me trompe, des services d’artillerie navale. Dans cette communication qui provoqua une tempête,—j’en eus la preuve par la suite — cet officier supérieur af*irmait sans ambages que les jours des grosses unités de combat étaient passés ; que le sort des armes navales et des transports maritimes, dans la prochaine guerre, serait déterminé par les sous-marins et les croiseurs rapides ; et que l’Amirauté, au lieu de pousser à la construction de nouveaux et de plus en plus coûteux dreadnoughts ”t super-dreadnoughts, devrait s'occuper davantage de protéger efficacement la marine marchande contre les attaques 4-« torpilleurs et des sous-marins. On sait si les développements de + vre ont justifié ces. clairvoyantes prévisions.
+ Depuis la publication de ces lignes, on m’a donné communication d’un article de la Free Press (de Winnipeg) où l’on cite un ouvrage tout récent de sir Percy Scott. J'y relève ces passages caractéristiques : ‘“] considered that the battleshin was dead before the Great War, and I think. her more dead now, if that is possible.” Cette aifirmation catégorique, sir Percy Scott l’appuie de détails techniques, qui paraissent fort probants; et 1l conclut : “The battleship is deal. The future is with the aeroplane, which is qoine lo develop rapidly in the nert few years.’ Si les “‘nations-sœurs” commettent la bêtise de cracher ges centaines de millions pour faire construire les “cadavres” de navires réclamés par lord Jellicoe, elles pourront se reprendre en se fendant d’autres millions pour organiser une vaste équipe d’aéroplanes impériauz.