‹ La mission Jellicoe [microforme]Chapitre 4 sur 10 · RE RER ST ENNRRREET · texte numérisé non relu

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Au moment où cette lettre fut publiée, je me bornai à y voir une excellente entrée en matière Pour mon entrevue avec lord ##*#, C'est Dar là que je l’abordai. “Que pensez-vous de opinion de sir Percy Scott ?” — “] fhink he is right” Et comme je laissais percer quelque surprise : “Mon opinion vous étonne ?” — je traduis fidèlement le sens, sinon les paroles mêmes de sa réponse, — “A certains égards, vous «vez raison de vous étonner, puisque je suis virtuellement responsable de Y'adoption des dreadnoughts comme type principal de la flotte. Du reste, c’est un bon navire de combat. Dans une grande bataille navale, il ren. drait encore de grands services. Mais il est peu probable que les prochaines guerres voient de grandes batailles comme Trafalgar. On s’appliquera surtout à harceler et à protéger partout le transport des troupes et des vivres. Pour cela, on fera usage, pour l’attaque et la défense, de croiseurs rapides, de sous-marins, dé torpilleurs et de contre-torpilleurs. Donc, Scott a raison. N’empêche que nous avons bien fait d'adopter la politique des dreadnoughts et surtout de la faire adopter aux autres nations, qui nous imitent toujours en fait d'organisation navale. Nous avons bien fait, pour trois raisons. La première, c’est qu’en imposant la po. ‘que des dreadnoughts aux autres nations, à l'Allemagne en particulier, nous avons forcé les Allemands à creuser leurs ports, ce qui nous donne une chanee, que nous n’avions Pas auparavant, d'approcher des côtes allemandes avec une flntte d’attaque. La deuxième, c’est qu'à part les dreadnoughts, nous avons une flotte infiniment supérieure à celle de tout autre Pays et qu’en poussant les autres nations, l’Allemagne en particulier, à la course aux dreadnoughts, nous conservons notre supériorité par ailleurs.” Moins au point que sir Percy Scott, il oubliait les sous-marins allemands. “En troisième lieu, grâce à la supériorité de notre outillage, nous construisons quatre-vingt-cinq pour cent des gros vaisseaux de guerre du monde. Dussions-nous scräpper tous nos dreadnoughts avant dix ans, QOus y aurons fait assez d'argent pour que cela nous ait encore payés. En résumé, Scott a raison, mais nous n’avons pas d'intérêt à le dire.”

L'avouerai-je ? J'aurais volontiers embrassé ce vieux scoundrel

tions indignées et de véhémentes contradictions qui remplirent, quinze jours durant, les colonnes du Times en réponse à la trop candide déclaration de sir Percy Scott. Elles m’éclairèrent non moins sur les motifs

le la réponse de M. Churchill aux anxieuses demandes de renseigné-

ments “d'expert” que lui avait adressées sir Robert Borden avant de proposer sa fameuse “contribution d'urgence”, C’est, on s’en souvient, sur les conseils de M. Churchill, premier lord de l’'Amirauté, que M Borden tenta de nous faire cracher trente-cinq millions pour construire trois super-dreadnough!s. Cette contribution, disait-on, était nécessaire au salut de YEmpire. En réalité, elle n’avait d’autre objet

que d'alimenter l'industrie la plus lücrative de FAngieterre,

Si, à cela, on ajoute le fait, bien connu à Londres dès 19#1, que les Krupp partageaient avec les constructeurs anglais les énormes profits réalisés dans la construction des dreadnoughts anglais, — tout ccmme les actionnaires anglais, français et italiens du trust de l'acier chrômé partageaient les bénéfices encaissés à Essen par les constructeurs de navires allemands et les fabricants de canons allemands — on comprendrä que je n’aie jamais pu me persuader d’avoir manqué à mes devoirs de “loyal sujet britannique” en mettant tout en oeuvre pour faire échouer cette kolossale exploitation de la jobarderie coloniale 1.

Si je reviens sur ces souvenirs et ces renseignements d’avant-guerre, c'est, je le répète, que je les crois utiles à la compréhension intelligente de la politique préconisée par notre nouveau missionnaire impérial.

Le vrai rôle de lord Jellicoe

Si l’on veut saisir tous les objectifs, occultes ou avoués, des vastes projets dont lord Jellicoe est le promoteur, il ne suffit pas de lire ses discours d’avant-scène ni même son rapport publié et ceux à venir. Il faut d’abord se rendre bien compte de la situation réelle de l’amiral et du rôle principal qui lui est confié. Ici comme en Australie, on a présenté lord Jellicoe comme un ‘“aviseur” bénévole des gouvernements coloniaux ; on nous a prévenus, avec trep d’insistance pour ne pas éveiller les soupçons, que cet homme éminent se gardera bien de “dicter” une ligne de conduite aux “nations-soeurs” ou même de leur “préparer” une politique. Fort bien ; mais tout cela n’empêche que lord Jellicoe est l’un des fonctionnaires supérieurs de l’Amirauté anglaise cet qu’à ce titre il est, comme toute l’administration et la politique anglaises, au service des intérêts anglais, de l’industrie anglaise, du commerce anglais, de la finance anglaise. Ilfa rait être triplement... naïf pour croire que ce noble serviteur de l'Angleterre va “aviser” les gouvernements coloniaux à l’encontre ou même en marge des intérêts britanniques. Si, aujourd’hui comme en 1913, il est de l'intérêt de l'Angleterre de faire construire beaucoup de gros vaisseaux qui ne valent pas grand'chose en temps de guerre mais qui rap sortent d'énormes profits aux actionnaires des grands chantiers maritimes d‘Angleterre et d’Ecosse, j'ai peine à croire que lord Jellicoe ne fera pas le même raisonnement que son illustre prédécesseur, lord ##%. :

1 Si l’on veut s’éclairer davantage sur le patriotisme des constructeurs de navires, qu'on se rappelle cet autre fait. Ce sont les chantiers maritimes d'Angleterre qui ont, au vu et au su des autorités britanniques et avec le concours d'experts de l’Amirauté, organisé la flotte turque, alors que le gouvernement britannique savait que, dans la prochaine guerre, cette flotte serait au service des empires du Centre. Les profits

i les actionnaires anglais du trust maritime ont aidé à faire masacrer à

Galipoi des milliers de soldats anglais, irlandais, australiens, indiens. Business is - business

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