‹ La Moabite: drameChapitre 30 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Gomme si le temps compte et si l'espace existe ! Comme si le plus court n'était pas le plus triste ! Voyons, père, avouez qu'il était malheureux De suivre avec la foule un grand chemin poudreux, Quand, si près du chemin et si loin de la foule, L'ombre est là qui frémit, le flot est là qui coule.

HÉLIAS.

Oui, va, gronde-moi bien, fais-moi bien la leçon ; Oui, ma route avait tort, tes sentiers ont raison; Chante, oiseau, cours, gazelle, et dans ton allégresse Rajeunis le vieillard au bruit de ta jeunesse. Seulement tu nous perds avec ces détours-ci.

HIRIAH.

Ohl que non pas; tenez! on voit Sichem d'ici.

HÉLIAS.

Sichem ! Ah 1 faible cœur, te voilà qui tressailles !

Et pourtant que devraient évoquer ces murailles

Sinon le souvenir cruel du châtiment?

D'où vient que ma rancune hésite et se dément !

— Ah ! merveilleux attraits du sol de la patrie,

C'est vous qui pénétrez dans mon âme attendrie

Et j'oublie un exil à peine terminé

Au seul aspect du coin de terre où je suis né.

HIRIAH, qui la tient tendrement embrassé.

Oublions 1 Oublions!

HÉLIAS.

Et toi dont la tendresse A secouru ma vie et charmé ma détresse, Puisses-tu retrouver à ton foyer rendu Un peu de ce bonheur que je t'ai si bien dû.

MIRIAM

C'est être heureux déjà qu'oublier sa souffrance

H é L I A s , devenant tout à coup sérieux .

Celle d'autrui vaut seule en effet qu'on y pense, Mais celle-là, malheur à qui s'en distrairait!

MIRIAM, à part.

Voici déjà l'ancien Hélias qui reparait.

Ah ! mes pressentiments, votre crainte était sage,

Seigneur, Dieu d'Israël, soutenez mon courage.

(A son père.)

Venez là vous asseoir au bord de ce torrent, Bercer vos noirs soucis à son flot murmurant, Tandis qu'agenouillée auprès de vous sur l'herbe Ayant fait ma moisson je vais lier ma gerbe.

(Miriam s'assied à terre. Elle arrange ses fleurs auprès d'Hélias assis près d'elle sur un tronc d'arbre.)

HÉLIAS.

Et la vieille maison qui nous attend là-bas, Tu n'y penses donc plus ?

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