‹ La Moabite: drameChapitre 37 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Oui je sais ce qu'elle est, je sais ce que je suis, Que j'outrage mon Dieu, mon peuple, mon pays, Que mon vertige est grand et ma bassesse extrême, Mais, encore une fois et mille fois, je l'aime !

RESPHA.

Voilà ta seule excuse et ton seul argument ?

Mais tu n'as pas aimé dès le premier moment, Ce n'est pas en un jour que tant d'honneur défaille ? Quand tu l'as rencontrée, au soir de la bataille, lyre^ncor de carnage et le sang tout en feu...

HISAEL.

Ma mère !

Allons ! Sarah m'a fait un long aveu.

HISAEL.

Les aveux de Sarah n'ont rien dit qui m'engage.

RESPHA.

Ta rougeur et ton cri m'en disent davantage.

Ces créatures-là conquises en un jour.

(HouvementSdo Kozby.) HISAEL.

Prenez garde, ma mère.

RESPHA.

A qui donc ?

KOZBT.

A l'amour.

RESPHA.

Amour ? ce cri des sens ! Amour ? ce vil caprice I Ah I ne le couvrez pas d'un nom qui l'ennoblisse; Le corps est seul en cause et l'instinct seul en jeu ; Où l'éme n'est pour rien, l'amour est pour bien peu.

HISABL.

Mon cœur...

RESPHA.

Qu*a-t-il à faire en ce qui vous enivre ? Quand tous les sentiments qui le font battre et vivre, Soit divins, soit humains, ne sont entre elle et toi, Qu'un sujet de révolte et qu'un objet d'effroi ? Et je n'invoque pas nos lois et leur défense, Je laisse au Dieu vengeur à venger son offense ; Mais les fils de Moab, ne t'en souvient-il plus ? Que nos derniers combats les aient ou non vaincus, Peux-tu les oublier nos dix ans d'esclavage.

Nos temples en débris, nos prêtres en servage. Tout Israël traqué par le fer, par le feu.

Leur glaive sur ton peuple et leur main sur ton Dieu? Culte, haine, devoir, tout te séparait d'elle !

HISAEL.

Mais l'amour a franchi l'abime d'un coup d'aile !

RESPHA.

L'abime était trop grand ; ton vol était trop lourd. Et ton âme est tombée à moitié de l'amour.

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