‹ La Moabite: drameChapitre 4 sur 97 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

commercial à la Comédie-Française. M. le Ministre eût été hors de cause dans les deux cas, et dans les deux cas la Moahite n'était pas représentée. Voilà ce qu'avait prévu M. Ferry. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que laissant là théâtres et tribunaux, indemnités et bénéfices, je porterais si promptement le débat devant le public.

Aussi, le lendemain du jour où cette résolution fut connue de M. Ferry, — et je sais qu'elle le fut, — j'étais mandé au ministère des Beaux- Arts dans le cabinet de M. le sous-secrétaire d'État.

M. Jules Ferry avait eu vent de ma mauvaise humeur et il avait chargé M. Turquet de la calmer. Et M. Turquet l'a calmée, il l'a même charmée.

M. le sous-secrétaire d'État me démontra tout d'abord l'immense intérêt qu'il y avait pour moi à ne pas publier une préface où j'aurais peutêtre le tort de mettre en cause M. le ministre, et il commença à défendre M. Ferry que je n'avais pas encore attaqué. Avec quelle éloquence il le fit, je le laisse à juger à qui le connaît, qui ne le connaît pas ne saurait Timaginer.

Bref, M. le sous-secrétaire d'État me tint à peu

PRÉFACE. y

près ce langage: « Nous prenez-yous pour des oppresseurs de la pensée humaine? Nous^interdiro des pièces politiques I Mais nous en demandons^ monsieur I Et moi qui vous parle^ je le disais encore l'autre jour : où est Aristophane 1 1 »

Ici M. Turquet fit une courte pause^ je respectai par mon silence ce qu'il devait appeler luimême un pieux souvenir accordé à une grande ombre et M. Turquet poursuivit : « Que cherchezvous? A voir clair en tout ceci? Eh bien, voici, je croîs, qui vous ouvrira les yeux. > M. Turquet me tendit une lettré. Cette lettre était de M. Perrin ; il y expliquait en quoi ma pièce était dangereuse ; il attirait l'attention de M. le Ministre sur 1 situation de l'administrateur de la Comédie Française, « situation bien délicate, la Moahite ayant été reçue par le Comité et devant entrer en répétition à la date convenue avec l'auteur ». M. l'administrateur accompagnait cette juste remarque de cette offire éminemment aimable pour M. le Ministre : « Faut-il essayer, sans engager en rien la responsabilité de l'administration, d'obtenir de l'auteur soit un délai pour la représentation, soit le retrait définitif de la pièce? » Enfin il terminait par ces simples mots :

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