‹ La Moabite: drameChapitre 5 sur 97 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

« Je prie M. le Ministre de me dicter ma conduite^ ne voulant rien faire qui déplaise à Votre Excellence. »

M. Turquet n'avait pas cru si bien dire; mes yeux étaient ouverts, grands ouverts; M. le Ministre avait dicté mon ajournement et M. Perrin avait complu à Son Excellence. Je fis timidement part de cette réflexion à M. Turquet. Il en parut frappé, mais ne pouvant admettre un instant qu'une entente ait pu avoir lieu par-dessus la tête de M. le sous -secrétaire d'État : « Revenez demain, me dit-il. Je convoquerai M. Perrin ; il s'expliquera devant vous et je crois qu'alors vous serez complètement édifié. »

Et en effet, le lendemain, quand j'entrais dans le cabinet de M. Turquet par une porte, M. Perrin en sortait par Tautre. — J'étais complètement édifié.

Je dois reconnaître que le défenseur de M. le Ministre était quelque peu décontenancé : « Mon Dieu, monsieur, me dit-il, M. Perrin n'a pas voulu vous voir, il vous garde rancune de certains reproches un peu trop vifs, mais il m'a promis de m'écrire une lettre où il assumera toutes les responsabilités. Revenez encore demain, — si ce

PRÉFACE. vu

n'est pas abuser de vous et de votre temps, — je vous ferai voir cette lettre. » Et je revenais encore le lendemain, et M. Turquet me disait avoir reçu la lettre, et il ne pouvait pas me la montrer, — c'était abuser. —

Cependant M. le sous-secrétaire .d'État essaya d'appliquer sur mes plaies le baume des éloges ; îl me parla de ma pièce dans des termes que je ne saurais oublier, me disant avec quel intérêt il l'avait lue, que c'était véritablement une œuvre d'art ; il poussa même la condescendance jusqu'à s'informer de moi, si elle était en prose ou en vers. « En deux mille vers. Monsieur Turquet, en deux mille vers. » — Aristophane I où étais-tu?

Je rentrai chez moi tout courant, j'écrivis tout riant le récit qu'on vient de lire, très consolé que je suis de mes déconvenues par la certitude si bien acquise que ces messieurs ne sont pas méchants.

M. Ferry non plus n'est pas méchant. Il s'occupe peut-être un peu trop de politique, mais cela passera, et le jour où on lui aura signifié qu'il ait à n'en plus faire, il n'en fera plus

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