‹ La Moabite: drameChapitre 67 sur 97 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Non, le jour vient de naître.

Et rheure est encor loin où nous devons marcher. Mais c'est poar ton salut que je viens te chercher. Misaël se couvrant de ton nom qu'il arbore, Feignant d'agir pour toi qu'il feint de suivre encore, Promet des libertés dont tu ne peux vouloir, Et dont le seul refus brisera ton pouvoir.

Viens te montrer, viens dire à ces fous qu'il affole. Que ton appui n'est pas pour qui pille et qui vole. Et que si ses projets trouvent des adhérents, Les partisans d'Hélias déserteront leurs rangs.

HÉLIAS.

Déserter? — Ce mot seul que ta bouche profère Crie assez hautement que nul n'en peut rien faire. Leurs espoirs fussent-ils et plus vils et plus bas, On ne déserte plus au matin des combats.

C'est hier qu'il fallait aider ma résistance; Hier que vous deviez accepter ma sentence ; Et vous qui me parlez d'alliés dangereux.

C'était vous tous hier qui me poussiez vers eux.

Pouvions-nous soupçonner ces démences subites?

HÉLIAS.

Vous déviez croire en moi qui les avais prédites.

PHAREG.

La liberté prochaine avait de quoi tenter.

HÉ|.IAS.

La liberté durable est lente à mériter . Ce n'est pas en un bond qu'on l'atteint, l'immortelle !

PHAREG.

N'auras-tu pas pitié de qui mourrait pour elle, De qui donnerait tout son sang pour l'acquérir ?

HÉLIAS.

Ingrat ! mais c'est ceux-là pour qui je vais mourir.

Car je n'ignore pas ma sombre destinée ;

Je sais où me conduit la bête déchaînée,

Et qu'au premier effort fait pour la maîtriser

Les pierres du chemin sont là pour m'écraser.

Mais nous, nous serons là, maître, pour te défendre.

HÉLIAS.

Non, jeunesse, ton sang ne doit pas se répandre. J'ai mal guidé leurs pas, laissez-les m'en punir. J'expierai le passé, préparez l'avenir.

PHAREG.

Désespères-tu donc de ta cause elle-même ?

Page 1