Met., a, 7, 1072 b
comme la matière de la copule, comportent donc trois espèces de déterminations, et il y a par suite trois espèces de propositions modales : possibilité, existence, nécessité. Si donc, ainsi qu'Aristote l'a lui-même l'ait voir, la philosophie aristotélicienne a pour caractère essentiel d'avoir renoncé à définir l'être uniquement par l'éternel et par l'abstrait, d'avoir rendu à l'univers le mouvement et la vie, il est vrai de dire alors que la distinction des modalités du jugement permet à la pensée de refléter l'univers, et fonde la correspondance du logique et du réel. Pour Platon, du moment que le jugement fait acception du temps, il ne comporte plus d'exactitude et ni vérité; pour Aristote, au contraire, c'est la division des parties du temps qui brise le cercle où s'enfermait la dialectique des antithèses abstraites, qui confère une valeur objective et une portée métaphysique aux trois espèces de propositions modales.
Mais le jugement n'est pas aux yeux d'Aristote l'acte essentiel et définitif de l'intelligence humaine. La science est faite de syllogismes; l'intérêt logique de la distinction des modalités, c'est surtout de servir de base à la théorie des syllogismes modaux, merveille de précision et de subtilité, qui occupe la majeure partie du premier livre des Premiers Analytiques*. Seulement, parmi ces différents types de syllogismes, il n'y en a qu'un qui fournisse une démonstration proprement scientifique, c'est celui dont les prémisses sont nécessairement vraies 2. La science atteint le nécessaire par le nécessaire3. L'opinion vraie, dont l'objet pourrait être autre qu'il n'est, le jugement de contingence, n'a pas de fondement solide et n'est pas la science4. Dès lors, comment peut-il y avoir une science portant sur l'univers de l'homme, sur un monde qui n'est pas, comme le monde astronomique, le inonde de l'acte et de la nécessité? Aristote n'aborde nulle part la difticulté de front; il se contente de la diminuer, en introduisant entre le nécessaire et le contingent une catégorie qu'il rapproche tantôt de l'un et tantôt de l'autre : la catégorie du général3. La conception de la science est alors élargie : elle s'applique à ce qui se produit le plus fréquemment, abstraction faite des cas singuliers et fortuits, à ce qui semble le plus conforme à l'ordre normal des choses. La modalité des