Ibid. Réponses aux deuxièmes objections, axiome
PHILOSOPHIE CARTESIENNE 55
peut exister par sa propre force existe toujours1. » Or une telle idée existe dans l'esprit humain : c'est l'idée d'infini. D'une part, cette idée est simple, c'est-à-dire positive et vraie; étant infinie, ne fût-ce que dans l'ordre de la « réalité objective », elle ne peut être un produit de l'esprit fini; elle s'impose à lui en raison de son infinité; il ne peut que la subir et la recevoir. D'autre part, la production de l'être, absolument parlant, suppose une puissance infinie : dès qu'on peut créer, la quantité d'être qu'on crée importe peu, car il est plus difficile de se donner l'être que d'y ajouter ensuite telle ou telle perfection. De même que, dans l'ordre de la connaissance, la faculté de conférer l'être échappe à l'entendement dont l'étendue varie par degrés, tandis qu'elle participe de l'absolu et qu'elle implique le libre arbitre infini de la volonté, de même, dans l'ordre de l'être, la création, la position absolue de l'être est un acte indivisible, un acte absolu, et il n'appartient qu'à l'être infini. Les deux premières preuves de l'existence de Dieu préparent ainsi l'argument ontologique : l'une dégage de l'existence de la pensée la notion de l'infini et permet de la concevoir comme une réalité indépendante de cette pensée; l'autre dégage de l'existence de l'individu la notion de l'existence absolue, et permet de concevoir cette existence comme le privilège de l'être infini. Toutes deux rendent possible un jugement où l'être serait immédiatement attribué à l'infini, jugement qui se poserait en quelque sorte de lui-même, indépendamment du fait de la pensée humaine, et du fait de mon existence individuelle. Ce jugement, qui constitue l'argument ontologique, pose légitimement l'être nécessaire. En tant que l'idée d'infini est une idée réelle, l'existence y est impliquée, non plus l'existence possible comme dans les autres idées claires et distinctes, mais l'existence nécessaire qui est inhérente au concept d'infini; cette existence est affirmée par cela seul que l'idée est posée. L'argument ontologique ne se réduit donc pas au principe de l'identité de l'être et de la pensée; il suppose, en même temps qu'il manifeste, un être antérieur à l'esprit, et qui est la condition de l'affirmation; c'est en cela qu'il est proprement ontologique : « Ma pensée, dit Descartes, n'impose pas de nécessité aux choses; mais, au contraire, la nécessité qui est en la chose même, c'est-à-dire la nécessité de l'existence de Dieu, me détermine à avoir cette pensée -. » Mais alors, la question se pose de nouveau : de quel droit affirmer ans