Ibid., p
lité. L'analyse de toute synthèse conciliatrice dévoile une nouvelle et plus profonde opposition. La Doctrine de la science insère indéfiniment des intermédiaires entre le moi pur et le moi relatif; elle ne comble pas l'intervalle cpii les sépare1, elle le rétrécit, et en môme temps elle le creuse. La conciliation définitive recule indéfiniment devant la spéculation; et c'est cela même qui sera la conciliation définitive, à savoir l'impossibilité d'une unité purement spéculative, et la nécessité de faire appel à la pratique 2. En définitive, la doctrine de Fichte aboutit à justifier l'obligation de l'effort moral; le dernier jugement auquel il est réservé de triompher de la dualité des moi, ou du moins de préparer le triomphe définitif, c'est un jugement nécessaire sans doute, mais d'une nécessité pratique. L'idéalisme spéculatif se transforme en réalisme pratique; le « spinozisme du moi » est devenu la doctrine de la liberté.
La tentative de Fichte parait confirmer, en fin de compte, deux thèses essentielles de la philosophie kantienne : d'une part, l'intelligible et le réel sont irréductibles l'un à l'autre, et il y a ainsi hétérogénéité entre les catégories de la modalité; d'autre part, la dualité de l'intelligible et du réel a un intérêt pratique, et c'est par la faculté pratique que l'alternative en doit être résolue. Ces deux thèses définissent les termes dans lesquelles se pose le problème critique de l'affirmation de l'être, qui est pour nous le problème de la modalité. Dès lors, pour savoir comment les penseurs du xixe siècle ont envisagé, implicitement ou explicitement, le problème de la modalité, il suffira de nous demander ce qu'y sont devenues les deux thèses que nous venons d'indiquer, si le progrès de la réflexion critique a permis de les écarter, ou si, au contraire, il a eu pour effet d'en augmenter et d'en approfondir la portée.
L'irréductibilité de l'intelligible et du réel est également niée par les systèmes qui se sont fondés exclusivement soit comme l'idéalisme absolu sur la notion d'intelligible, soit comme le positivisme sur la notion de réel. Mais précisément l'idéalisme et le positivisme, tels qu'ils se présentent au xix1' siècle, n'impliquent-ils pas dans leur principe même cette dualité dont ils se sont proposé de triompher?
Que l'on considère à cet égard l'hégélianisme qui semble un