‹ La modalité du jugementChapitre 31 sur 92 · Doctrine <l<' lu. science, p. ii · texte numérisé non relu

Doctrine <l<' lu. science, p. ii

type parfait d'idéalisme absolu. Dans l'hégélianisme, les trois catégories de la modalité sont homogènes les unes aux autres; et la logique hégélienne en déduit d'autant plus aisément l'enchaînement qu'elles forment déjà dans Kant un système de thèse, d'antithèse et de synthèse. Cette déduction se fait même à deux reprises différentes : tout d'abord, dans la science de l'être, les catégories sont fondées comme moments de la réalité en général; et, dans la science de la notion, elles sont déduites comme caractères du jugement, c'est-à-dire comme modalités proprement dites. Mais par là même que ces catégories entrent dans l'enchaînement d'une déduction nécessaire, ce n'est plus le réel comme tel, le contingent comme tel, c'est la nécessité du réel, la nécessité du contingent, qui est démontrée. De là cette question capitale : quel est le rapport de la nécessité, qui est la forme générale de la dialectique hégélienne, avec le réel ou le contingent, qui en est le contenu? Cette question ne se pose pas à un point précis de la doctrine, elle enveloppe la doctrine tout entière. Pour la résoudre, il faut donc considérer l'hégélianisme dans son ensemble et en donner une interprétation. Or l'hégélianisme peut-il être assimilé à l'idéalisme ontologique d'un Spinoza ou d'un Leibnitz? Le point de départ de la philosophie, c'est alors le possible infini qui tient de son infinité le pouvoir de se conférer l'être; l'essence est cause d'existence; sa réalité est la conséquence de sa perfection intrinsèque. Mais la méthode hégélienne est exactement l'inverse de cette déduction a priori : elle procède de l'inférieur au supérieur; c'est une opposition, une crise, qui prépare l'avènement d'un degré nouveau. Pour reprendre la formule de Eichtc, le progrès dialectique se fait, non de la thèse à la thèse, mais de l'antithèse à la synthèse. De là une double conséquence. En premier lieu, la dialectique hégélienne n'est pas une position absolue, une création de l'être;- elle spécule sur l'être, à la condition que l'être lui soit donné. En second lieu, chaque moment de la dialectique est appelé, préparé si on veut, mais non nécessité et engendré par les éléments qu'il suppose; c'est à laide des éléments que l'on comprend la nature de la synthèse, mais c'est la synthèse qui justifie l'existence des éléments. Et, en fait, dans la doctrine de Hegel le logique puîné se prend pas lui-même pour objet comme s'd suffisait pour donner naissance au système universel des choses. Hegel se place d'emblée dans Tordre de l'être : l'être est supposé, abstraction pure, qui même peut être identifié à rien, mais qui en est aussi le contraire; entre l'être et le rien subsiste une différence

dont le système entier ne peut se passer, sous peine de s'évanouir dans le néant. Or ce qui fonde cette supposition de l'être, c'est en définitive la réalité de l'Esprit absolu qui est le dernier moment de la dialectique; c'est-à-dire que, loin d'être le produit de la dialectique, l'Esprit absolu en est, au contraire, la condition et le principe. L'évolution dialectique doit son mouvement, non au point dont elle part, mais au but où elle tend. Elle est extérieure, en même temps que parallèle, à l'être ; et c'est pourquoi, d'ailleurs, la nature peut apparaître comme extérieure à la pensée. L'idéalisme de Hegel n'est pas un panlogisme1 ; c'est dire que le système des raisons de comprendre ne fait que reproduire, et qu'il suppose par là même avant lui, un système de raisons d'être ; c'est dire que l'idéalisme de Hegel est un dualisme.

Une conclusion du même genre s'imposera encore à nous si nous considérons les pages où les degrés de l'être, qui correspondent d'une certaine manière aux formes de la modalité, sont déduits dialecliquement par M. Lacbelier, mais suivant une méthode très différente de la méthode hégélienne2. Ici, en effet, les degrés de l'être sont déduits pour eux-mêmes et ont une valeur absolue. L'existence de l'être nécessaire, celle de l'être réel et concret, celle de l'être libre, sont successivement justifiées par la dialectique ; mais il n'y a pas homogénéité entre ces trois justifications; car cette homogénéité aurait pour résultat de rétablir par delà les différences de leur contenu un type commun de l'être, qui serait la nécessité logique. La volonté, par laquelle l'être se pose dans le concret, est supérieure et irréductible à la nécessité aveugle, qui est la loi de l'être abstrait, comme la liberté, par laquelle l'esprit se réalise, est d'un autre ordre que la volonté de la vie. Or, grâce à cette forme de déduction, il apparaît plus clairement encore que la dialectique idéaliste de l'être ne suffit pas pour engendrer son objet, qu'elle suppose l'être et qu'elle ne le crée pas. La notion de l'être est placée à la base de la dialectique, mais c'est à l'aide de considérations extra-logiques, comme la croyance universelle à la réalité du monde extérieur3. On pourra appliquer au moi, tel que M. Lacbelier le conçoit, cette proposition de Fichte : « Le moi est dépendant quant à son être; mais il est absolument indépendant dans les déterminations de ce

d. Noël, /.'</'. de me/, et de morale, sept. I S *. t ." . , p. 512. Cf. .Mac, Taggart, Du vrai si' us île lu dialectique hégélienne, ibid., nov. 1893.

Page 1