‹ La modalité du jugementChapitre 32 sur 92 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

même être1. » Et ce n'est pas tout : une fois que la dialectique est parvenue à la forme supérieure de l'être, qui est la liberté spirituelle, on ne voit plus pourquoi les moments inférieurs subsistent dans le moi en même temps qu'elle, et par suite en contradiction avec elle, pourquoi l'être ne devient pas tout entier esprit et liberté. La dialectique s'oppose à elle-même un obstacle infranchissable, puisque le mal existe, et qu'on ne doit pas expliquer ce qu'on n'a pas le droit d'absoudre2. La véritable portée de la dialectique idéaliste, qui demeurait avec Hegel obscure et équivoque, se dégage ici en pleine lumière : il faut que la dialectique invoque à son début une notion d'être qui est irréductible à toute analyse spéculative, et elle rencontre à son terme quelque chose qui échappe par sa nature à ses prises; bref, à côté et en dehors de l'intelligible, il y a le réel; l'idéalisme laisse place au dualisme. Le positivisme, de son côté, nous offrirait-il la réduction inverse? ramènerait-il l'intelligible au réel? On serait tenté de le croire, si on envisageait les doctrines issues de l'empirisme anglais, comme l'associationisme de Mill et l'évolutionisme de Spencer. Mais, en dépit des analyses ingénieuses ou des généralisations séduisantes qui leur servent de base, ces systèmes perdent toute leur force de conviction, dès qu'on s'aperçoit que, prétendant refléter la connaissance scientifique, leurs auteurs ont radicalement méconnu, trop fidèles en cela aux traditions de Hobbes, de Berkeley et de Hume, les caractères de la pensée scientifique, qu'ils ont fait abstraction dans leurs théories de la science fondamentale qui est le modèle et le principe de toutes les autres, la science mathématique. Seul, le chef de l'école française, A. Comte, a constitué un système intégral de positivisme, parce qu'il a fait reposer sur les mathématiques l'édifice de la science. Mais que résulte-t-il de là, sinon que son positivisme loge son ennemi avec lui, que dans la catégorie du réel, la seule que doive reconnaître le positivisme, est impliquée, dissimulée sous le nom de loi mathématique, la catégorie de nécessité logique? Rien de plus caractéristique à cet égard que le plan suivi dans la Seconde leçon du Cours de Philosophie positive, relative à la classification des sciences. La considération « de l'ensemble des phénomènes naturels » donne lieu a la distinction de cinq sciences fondamentales : astronomie, physique, chimie, physiologie et physique sociale. Il manque donc à ce tableau précisément la science mathématique, et cela

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