IV. — Les trois ordres de la modalité
Les résultats des études précédentes en confirment la méthode. Si, en effet, l'être du jugement peut avoir deux significations distinctes et même opposées, si par suite les raisons du verbe offrent une irréductible dualité, alors il est manifeste que c'eût été fausser à l'avance toutes nos recherches sur la modalité du jugement que de nous fier, sans critique préalable, aux divisions de la logique ordinaire. En apparence, nous aurions suivi une méthode a posteriori, une méthode positive; en réalité, nous aurions admis gratuitement que chacune de ces divisions était absolument univoque, nous aurions donné à l'être comme à la nécessité et à la possibilité un sens unique et défini; nous aurions, en fin de compte, procédé a priori, a priori d'autant plus dangereux qu'il eût été inconscient. Le moyen d'échapper à l'erreur d'un parti pris exclusif, c'était donc bien de se placer directement en face du problème, de l'aborder par la recherche des principes abstraits qui, en raison de leur simplicité et de leur netteté, se prêtent à une analyse complète. Ces principes abstraits sont les raisons du verbe et comme les modalités du jugement idéal.
Comment devons-nous caractériser les modalités du verbe? A considérer le verbe en lui-même, il ne signifie autre chose que la légitimité de l'affirmation, il ne comporte d'autre expression que le mot être. Toute affirmation prétend à l'être : le verbe est l'être. Mais peut-on, des différentes formes qui constituent les modalités du verbe, tirer une détermination des degrés de l'être? Tout d'abord, le jugement intelligible est regardé habituellement comme le type du jugement nécessaire; mais c'est qu'habituellement A est A est le type du jugement intelligible. Dans ce cas la copule ne fait que constater un rapport qu'elle ne crée pas, car il dépend de la nature des termes; l'identité de A avec lui-même n'implique aucun effort de pensée, aucune synthèse originale; c'est une donnée qui s'impose à l'esprit. La conclusion d'un syllogisme pourra être assimilée par Aristote, et par tous les logiciens après lui, à la résultante d'un système de mécanique : les prémisses sont la matière qui enferme la conclusion, et la nécessité logique se confond avec la nécessité physique qui régit la succession des phénomènes dans le monde inorganique. Mais, si le véritable principe du jugement est une loi d'activité, la forme d'unité et d'intériorité, alors d'où viendrait à la copule son caractère de