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LE JUGEMENT DE PURE EXTÉRIORITÉ

La présence de cet intermédiaire suffirait pour frapper de subjectivité toutes nos affirmations; il ne resterait d'autre moyen pour échapper au scepticisme que d'ériger le subjectif en absolu, comme a fait l'idéalisme allemand. Si donc on répugne à cette audace métaphysique, autant qu'au scepticisme lui-même, il faut admettre qu'il y a dans l'esprit des jugements « primitifs et spontanés », par là même capables de réalité concrète. Et ainsi une théorie dogmatique du jugement, partant de la forme d'extériorité comme raison de l'affirmation de l'être, devait aboutir au réalisme logique. Victor Cousin a nettement aperçu cette nécessité, et c'est ce qui fait l'intérêt des leçons, qui ont eu jadis tant de retentissement, où est exposée la doctrine du jugement, perception immédiate du concret : J'existe, ou voilà du bleu, ou les corps existent '.

La thèse de Cousin peut-elle être admise? Pour nous en rendre compte, essayons de déterminer, avec plus de précision que ne l'a fait l'éloquent professeur, les conséquences qui en découlent. Tout d'abord, ces jugements spontanés sont nécessairement inconscients; cette première conséquence est d'autant plus curieuse qu'il n'y a guère de place pour l'inconscient dans le système de Cousin; mais elle est indubitable, puisque le jugement primitif ne peut être défini que précisément par son opposition à la réflexion. D'ailleurs, si on en peut tirer argument contre le système éclectique en général, elle ne peut à nos yeux condamner l'hypothèse du jugement spontané, puisque, pour nous, le principe qui justifie l'existence et la méthode de la critique de la connaissance, c'est précisément que l'activité intellectuelle se développe spontanément et n'est pas naturellement donnée à la conscience.

Mais, tout inconscient qu'il est, il n'en faut pas moins que le jugement, pour être conçu comme tel, soit conçu comme déterminable. Là où il n'y aurait plus de détermination, il n'y aurait pas d'acte intellectuel proprement dit, et surtout l'existence d'aucune réalité ne pourrait être affirmée. Les jugements spontanés devront alors être déterminés par leur contenu, et, comme ils correspondent à des opérations primitives de l'esprit, il faut que ce contenu soit immédiatement donné. La théorie de Cousin suppose donc un postulat, à savoir qu'il est possible d'attribuer au jugement un contenu immédiat. Or c'est ce postulat qui doit être mis en question. Suivant ce postulat, en effet, l'origine de la détermination est dans les choses mêmes, de sorte que la réalité pourrait être conçue comme déterminée antérieurement à toute

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