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Philosophie de Locke, leçons XXIII et XXIV

BRUNSCHVICG. — La Modalité du jugement. S

réflexion, et que le jugement primitif porterait directement sur le concret. Mais, prenons-y garde, que serait une pareille détermination? Émanée d'une réalité singulière, elle devrait nécessairement avoir un caractère singulier où se retrouvât une marque inhérente à cette réalité; le jugement qui serait l'œuvre de la réalité devrait être, comme elle, absolument particulier. Or un tel jugement est étranger à la pensée : les jugements les plus simples, ceux-là mêmes que Cousin cite à l'appui de sa thèse, renferment une détermination générale, et c'est par là qu'ils peuvent prétendre à une vérité générale. Mais comment cette détermination se rapporterait-elle directement à une réalité, qui ne peut être que singulière? Qu'est-ce que signifierait ce jugement : les corps existent, ou même celui-ci : un corps existe, si l'esprit ne s'était pas formé la notion de corps? Et comment soutenir qu'une telle notion soit antérieure à toute pensée consciente? la notion de corps est susceptible d'analyse, donc elle est un produit de la réflexion. Dira-t-on que l'exemple est mal choisi? descendra-t-on jusqu'à l'intuition de la réalité élémentaire, jusqu'au jugement simple : voilà du bleui Mais ce jugement comporte une spécification de la sensation, et comment cette spécification pourrait-elle se faire sans qu'il y eût comparaison et assimilation? bleu est un nom générique, et une dénomination générique ne peut se faire sans un travail préalable de l'intelligence; voilà du bleu, n'est donc pas un jugement primitif et spontané. Le jugement ne pourrait avoir pour contenu que quelque chose de purement indéterminé. Or un acte à la fois inconscient et indéterminé ne peut évidemment fournir aucune garantie à une réalité déterminée. La réalité déterminée, qui serait l'objet du jugement, ne peut donc être cherchée dans le monde extérieur; mais au moins, en nous-même , ne pourrons-nous la saisir ; ou plutôt, ne pourrons-nous nousj saisir nous-mème? Le jugement : f existe, n'est-il pas le type du jugement primitif et spontané de réalité? et faudra-t-il que, pour affirmer ma propre existence, je me sépare et de moi-même et de l'existence pour me réfugier dans un monde d'idées, d'où auraient disparu à la fois la réalité du moi et la réalité de l'existence, où ne restera plus que la possibilité d'un rapport idéal? Sans doute, répondrons-nous à Cousin, il est indubitable que j'existe; mais la question n'est pas là, il s'agit de savoir si je puis, indépendamment de toute pensée réfléchie, affirmer ma propre existence. Or, qu'est-ce que ce moi, sujet de votre jugement primitif? Est-ce que le moi est distinct de mon activité intellectuelle? ce serait alors une substance simple, iden-

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