LE « CELA EST
faut juger; et juger, c'est ne l'aire que connaître, c'est-à-dire renoncer dans une certaine mesure à être. La pensée est, suivant une expression de Lotze, l'antipode du réel \ L'affirmation n'implique d'autre certitude immédiate que celle de l'acte même d'affirmer; ce qui est au delà est objet d'un doute, au moins possible; et le jugement du Cela est, en tant qu'acte primitif de l'esprit, indéterminé dans son contenu et encore isolé dans l'intelligence, ne peut supprimer ce doute. En d'autres termes, si le Cela est suppose le Je pense, la réciproque n'est pas vraie, et le Cela est, extérieur au Je pense, n'apparaît par rapport à lui que comme une possibilité.
Ici encore, la pathologie vient fournir à l'appui de la réflexion critique une sorte de démonstration par le fait. L'analyse purement abstraite, nécessairement subtile, pourrait paraître suspecte en raison de sa subtilité même; elle ferait accuser les philosophes de préférer un vain étalage de virtuosité à la recherche sincère de la vérité. Mais les faits eux-mêmes se chargent de légitimer la subtilité de l'analyse; car, sans elle, ils demeureraient mystérieux et comme surnaturels. La psycho-physiologie, en effet, nous présente deux séries inverses de cas morbides : l'une, où une sensation existe dans la conscience sans que la réalité en puisse être affirmée ou même appréhendée; l'autre, où le jugement de fait se produit en l'absence de toute sensation qui en justifierait la copule. D'une part, dans l'anesthésie des hystériques, l'existence d'une sensation est niée; et cependant toutes les conditions physiologiques en sont données : l'histoire ultérieure du sujet, le fonctionnement de sa mémoire, ou le dédoublement de la conscience, permettent d'induire de la façon la plus probante que cette sensation est présente dans la conscience au moment même où elle est niée2. Seulement, l'activité intellectuelle du malade est tellement affaiblie qu'elle n'est plus capable d'agréger les faits de conscience les uns aux autres; la sensation n'a plus de rapport avec l'unité générale des faits de conscience qui constitue l'esprit, elle demeure étrangère, ou plutôt excentrique, par rapport à la conscience normale; le sujet, s'interrogeant lui-même de bonne foi, se croit en droit de nier l'existence de cette sensation. La prétendue anesthésie des hystériques n'est autre chose que l'impossibilité de passer du fait de la sensation au jugement qui, dans les conditions normales, l'accompagne immédiatement. D'autre part, on sait comment,