‹ La modalité du jugementChapitre 61 sur 92 · Renouvier, Logique, t. Il, p. 208 sqq · texte numérisé non relu

Renouvier, Logique, t. Il, p. 208 sqq

ils? Pour parvenir à saisir une relation réelle entre antécédent et conséquent, il faut avoir un -moyen de se donner les antécédents en nombre fini, de telle sorte qu'une analyse exhaustive nous place en présence de l'antécédent qui sera la condition déterminante ou cause. Si le groupe des antécédents et le groupe des conséquents ne sont pas compris dans des limites fixes, il n'y a pas de place pour une relation définie entre l'antécédent et le conséquent. La possibilité de saisir le lien de causalité est donc liée à la possibilité de définir les antécédents par rapport aux conséquents. Or l'existence d'un tel rapport implique l'existence d'un élément commun aux antécédents et aux conséquents. Quel est cet élément? il ne peut être donné par l'expérience; car, à ne consulter que l'expérience, il peut ne rien subsister dans le conséquent de ce qui était dans l'antécédent : quand deux gaz disparaissent et que de l'eau se produit, cette production succède à cette disparition; il y a pour l'observateur changement du tout au tout, rien de ce qui se voit ne demeure identique. Si quelque chose se retrouve pourtant, ce quelque chose ne sera pas un élément visible ou tangible; ce sera un rapport abstrait, correspondant, non à une réalité expérimentée, mais à une conception de l'esprit. Et, de fait, ce qui demeure ici, c'est la masse, non pas la matière qui se figure et se touche, mais une abstraction définie par un rapport purement mathématique. En un mot, l'élément identique est une constante, une fonction. C'est parce que la raison exige, pour comprendre le inonde, que ce qui paraît totalement changer, soit posé comme ne changeant pas sous un certain rapport, parce qu'elle s'impose à elle-même l'obligation de saisir des fonctions constantes dans la nature, qu'il lui est possible d'établir un rapport défini entre les antécédents et les conséquents et de fixer avec précision les conditions déterminantes d'un phénomène. Dès lors, les lois relatives aux fonctions possèdent un type de certitude supérieur aux lois purement expérimentales, et la modalité de celles-ci ne peut être plus proche de la réalité que la modalité de celles-là. La meilleure preuve, c'est que, s'il y a conflit entre le fait observé et la forme de l'égalité mathématique, c'est le fait qui a tort, et l'égalité qui a raison. Pourquoi ne pas admettre que lorsque je fais chauffer du mercure, le mercure augmente de poids purement et simplement, par une propriété interne du mercure chaud, ainsi qu'on l'admettait avant Lavoisier? N'est-ce pas là une donnée de fait et pourquoi récuser ici l'enseignement de l'expérience, sinon parce qu'il y a quelque chose de supérieur au résultat brut de l'expérience, à

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