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XII. — Le jugement de probabilité

Les jugements qui constituent la science de la nature épuisent-ils la capacité qu'a l'esprit d'atteindre la vérité par le développement de son activité interne? Sans doute, pour parler en toute rigueur,

1. Ainsi la science de la nature, si notre interprétation est légitime, concevrait la causalité, non comme une propriété des choses, exprimée par un prédicat en relation avec un sujet, mais comme un certain rapport, d'identité quantitative. La copule causalité des jugements physiques, de même que la copule égalité des jugements mathématiques, ne serait qu'une forme spécifique de l'unité intelligible, ou intériorité. Les jugements positifs qui constituent le contenu de la science humaine en général, seraienl donc homogènes les uns pour les autres; ils auraient, pour unique fonction d'identifier des groupes idéaux, envisagés dans leurs caractères intrinsèques, c'està-dire du point de vue de la compréhension.

il faut dire qu'il n'y a cle vérité que lorsque l'être est affirmé en tant qu'être, sans réserve et sans restriction: mais l'esprit ne se laisse pas enfermer dans les limites trop étroites qu'on prétendrait lui tracer. Si l'être qu'il cherche à saisir, échappe par sa nature aune détermination intégrale, l'esprit ne renonce pas pour cela à son droit d'affirmer; incapable d'enfermer son objet tout entier dans un réseau de conditions, il peut au moins retenir celles de ces conditions qui lui sont données, et par l'analyse en tirer un jugement intelligible; ce jugement aura une valeur positive, sans cependant qu'il s'applique directement et complètement à l'être. La modalité en sera donc, non la réalité, mais la possibilité.

Ce jugement étant un jugement de possibilité et qui se donne comme tel, il n'y a pas lieu d'en soumettre la modalité à une discussion critique; nous n'avons qu'à marquer, d'un mot, les degrés de la possibilité. Or il n'y a pas de possibilité absolue ; prise en elle-même, la notion de possible est, ainsi que nous l'avons vu, tout à fait vide; le possible ne se conçoit que par rapport au réel. Dès lors, afin d'estimer exactement le degré de la possibilité, il faut connaître les conditions qui permettraient de poser un jugement de réalité, et mesurer le rapport à ces conditions idéales des déterminations réelles dont on dispose, c'est-à-dire, il faut que les conditions soient en nombre fini et homogènes entre elles. Soient dans un sac cent jetons blancs absolument semblables et par hypothèse, placés dans une situation identique, le jugement qui affirme qu'un jeton blanc sera tiré du sac, est un jugement vrai; si quatre-vingt-dix seulement sont blancs, il sera vérifié dans quatre-vingt-dix cas sur cent; la possibilité de vérification est donc dans un rapport de quatre-vingt-dix à cent. C'est ce rapport qu'on appelle probabilité; le jugement de probabilité, tel qu'il est ici défini, est la forme typique du jugement de possibilité.

Mais le calcul des probabilités lui-même n'a pas affaire à ces jugements typiques où toutes les conditions sont entièrement définies, et homogènes. On ne peut guère concevoir l'absolue identité de situation pour deux choses distinctes; il y aura toujours quelque différence dans les antécédents, qui entraînera un phénomène plutôt qu'un autre. Or puisque cette différence n'entre pas dans le calcul des probabilités, la possibilité qu'affirme le jugement issu de ce calcul ne se vérifie même pas à titre de possibilité déterminée. Les différences négligées peuventn'être pas négligeables, et alors la possibilité affirmée n'est elle-même que possible. C'est ainsi que l'ingénieur et l'architecte accueillent dans leurs calculs un certain nombre de données dont ils ne

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