I. — L'automatisme
Puisque nous étudions les jugements d'ordre pratique dans le cadre que nous fournit l'analyse des jugements théoriques, nous devons nous poser d'abord cette question : la forme de l'extériorité suffit-elle pour y déterminer un jugement réel? La réalité d'un jugement pratique lui vient, non de ce qu'il est conscient, mais de ce qu'il est efficace. Or, puisque le seul signe de cette efficacité, c'est le mouvement de l'organisme, il paraît légitime défaire correspondre à tout mouvement de l'organisme un jugement pratique ; si, de plus, on prend la vie de l'organisme dans la pureté et la spontanéité de son développement, elle se réduit à une série de mouvements distincts qui se déterminent nécessairement les uns les autres, et sont, par conséquent, extérieurs les uns aux autres. Le jugement de pure extériorité sera donc l'expression naturelle de l'activité automatique de l'organisme, et ce jugement ne pourra manquer d'avoir pour modalité la réalité, puisque la notion même d'automatisme implique qu'il n'y a point d'intermédiaire entre le jugement et l'acte; il sera, d'une façon absolue, le jugement de réalité. Le jugement qu'on suppose ici serait ainsi l'équivalent, dans l'ordre pratique, du jugement immédiat et primitif dont Victor Cousin avait tenté d'établir l'existence dans l'ordre de la théorie; il suffirait de rappeler la métaphysique de M. de Hartmann pour attester que l'hypothèse n'en est pas une pure fiction.
Sans doute, il est nécessaire de concevoir l'activité de l'organisme comme la manifestation d'une activité psychique; car il ne nous est pas permis de comprendre la vie, ou même l'existence d'une façon générale, sans y introduire l'esprit; tout homme se contredit, ou plutôt se suicide, qui pose avec sa pensée une autre réalité que cette pensée elle-même. Mais la question précise qui