‹ La modalité du jugementChapitre 67 sur 92 · L'AUTOMATISME · texte numérisé non relu

L'AUTOMATISME

se présente à nous, c'est de savoir si l'activité interne que manifeste la vie, peut être assimilée à un jugement. Or la condition nécessaire pour qu'il y ait jugement, et un jugement auquel on puisse assigner une réalité pratique, c'est qu'il y ait détermination, c'est-à-dire qu'on puisse retrouver dans l'acte psychique tout ce que le mouvement corporel comporte lui-même de détermination. Or comment une détermination de celte nature pourrait-elle naître au sein de l'activité automatique? Ce qui caractérise l'automatisme, c'est que chaque moment de la vie organique y est extérieur au moment précédent dont il est la résultante nécessaire, les actes psychiques qui correspondent à ces mouvements devront donc être, eux aussi, purement extérieurs les uns aux autres; chaque moment y exclura le précédent, et aucun pris à part ne contiendra en lui l'idée de cette dépendance qui est pourtant leur véritable raison d'être. Les phénomènes de la vie offrent sans doute une liaison nécessaire, et même une harmonie logique, mais c'est au savant qui en considère l'ensemble; celui qui ne fait que vivre et se laisser vivre, ne sait ce que c'est que la vie, car c'est précisément le propre caractère de cette vie spontanée, que chaque moment s'y absorbe et s'en épuise dans son extériorité, qu'il n'est plus rien au delà de l'instant présent. Il n'y a pas plus de raisonnement dans le mécanisme de la digestion que dans l'évolution latente d'une maladie, où l'être se trahirait et se détruirait lui-même. Dès lors, la réalité psychique que manifeste le mouvement de l'organisme ne saurait être distinguée de ce mouvement, et posée à part comme un jugement pratique; il n'y a pas là de place pour un devant être, pas plus que le sentiment indéterminé de l'existence ne suffit, dans l'ordre théorique, à fonder une affirmation réelle de l'être.

Et, dans un cas comme dans l'autre, les déductions abstraites de la logique se trouvent confirmées par des observations significatives. La catalepsie, qui réalise cette extériorité mutuelle des actes psychiques que nous supposons ici, manifeste également l'absolue indétermination de la conscience, son entière absorption dans le mouvement organique. Tant que l'activité du corps demeure organique, il n'y a pas de jugement pratique; et c'est ce qu'atteste encore l'étude, si incomplète qu'elle soit jusqu'ici, de l'activité instinctive. L'instinct suppose un effort psychique de coordination et d'adaptation; puis, par la perfection même de celte adaptation et par la répétition de séries d'actes identiques, l'instinct devient un mécanisme de plus en plus inconscient et fatal, jusqu'à la période d'automatisme absolu où la pensée qui

reliait les uns aux autres les différents moments de l'acte instinctif et en a fait un système, s'en est complètement retirée. Alors même qu'elle ne correspond plus à aucune fin réelle, la série des mouvements consécutifs s'accomplit nécessairement : l'abeille dont on a troué la cellule continue à y déposer son miel. Ce que l'instinct devient presque sous nos yeux, il n'est pas téméraire de présumer que les actes constitutifs de la vie organique le sont déjà devenus; leur automatisme, aujourd'hui parfait, ne comporte plus de jugement réel, et c'est tout à fait légitimement que les sciences biologiques, laissant de côté la considération de la réalité psychique qui ne leur fournirait qu'un pur indéterminé, s'en tiennent à l'étude des mouvements corporels.

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