II. — La douleur
Notre première analyse, si elle n'a pas abouti à une conclusion positive, a du moins fixé les conditions du jugement pratique. Le cours spontané de l'activité organique est l'automatisme pur; mais qu'un événement survienne qui interrompe le cours de cette activité, alors elle ne forme plus un tout homogène : l'effort interne, au lieu de s'épuiser immédiatement dans le mouvement externe, s'en distingue, et peut prétendre à une réalité propre. Le premier jugement pratique sera donc dû à une interruption dans la vie spontanée de l'organisme. Or cette interruption constitue d'une façon générale la souffrance physique avec laquelle il est constant que s'éveille la vie consciente ; le premier jugement pratique naît de la douleur, ou plus exactement, il est la douleur même. Sans doute, cette conception de la douleur est contraire à la notion vulgaire, créée peut-être par les habitudes du langage, suivant laquelle la douleur est un fait donné dans la conscience générale, qui peut y être distingué des autres faits et qui sera affirmé, à titre de sensation, comme l'objet d'un jugement théorique. Mais comment déterminer ce prétendu fait interne? Dès que l'analyse s'y applique, le contenu s'en évanouit, et il ne restera plus qu'à reconnaître avec certains physiologistes contemporains, que toute la réalité de la douleur consiste dans les mouvements de l'organisme : thèse paradoxale, qui disparaît avec le postulat dont elle est la conséquence. La douleur n'est pas un fait; car la notion de fait est empruntée à la représentation de l'univers matériel : un véritable jugement de fait est celui qui se donne un objet comme extérieur à l'esprit. Il ne suit nullement