LE MYSTICISME
parce qu'elle est pure. Par la recherche du plaisir, le moi s'est transporté hors de soi; est-il étonnant qu'il s'échappe dès qu'il veut se saisir? Nous ne rentrons en nous-même que pour mieux reconnaître que le plaisir est hors de nous. La sagesse, en posant comme condition de l'affirmation pratique la réalité immédiate du sentiment, se rend impossible cette affirmation. Aussi se trouve-t-elle prise au dépourvu : après qu'elle a triomphé de la passion, l'ennui triomphe d'elle.
Le jugement pratique de sagesse n'aboutit donc pas à une réalité pratique; il est comme la critique des modalités précédentes, la négation de leur prétention à la réalité. Est-ce à dire qu'il n'y ait pas de réalité pratique, qu'aucune action humaine ne puisse être justifiée comme bonne? Une telle conclusion serait en effet définitive, si l'unique raison d'être du verbe était la forme de l'extériorité d'où procède l'affirmation pratique du plaisir avec toutes ses conséquences. Mais nous savons qu'il n'en est rien : l'esprit comporte une autre raison d'affirmer, la forme d'intériorité, et c'est vers celle-là qu'il doit se tourner maintenant. Dès lors, la conclusion que nous sommes actuellement en droit de formuler demeure nécessairement provisoire et hypothétique. La négation pessimiste est relative à la morale du plaisir; c'est donc céder à l'illusion métaphysique que de supprimer, comme fait Schopenhauer, la condition qui seule donne un sens à ce jugement, et de lui attribuer une vérité absolue. La métaphysique du vouloir vivre ne résulte pas plus nécessairement de l'observation morale que la métaphysique de l'atome ou de la force ne résulte de l'analyse expérimentale.