XII. — La vie sociale
Ni le dévouement ni la justice n'épuisent le pouvoir qu'a l'homme d'agir sous la catégorie de société, d'affirmer comme devant être ce qui est de l'intérêt commun. En effet, d'une part, la nécessité de vivre contraint l'homme à songer à soi, le développement de la personne, à quelque point de vue que ce soitr suppose des conditions matérielles. Or, travailler pour vivre, c'est en général travailler pour la société; la rémunération du travail est, directement ou indirectement, liée à l'utilité sociale; et il ne suffit évidemment pas qu'une fonction soit rétribuée pour qu'on ait le droit de lui contester toute valeur morale. Et, d'autre part, se dévouer à une œuvre d'unité morale, c'est la vouloir féconde parmi les hommes; la charité ne saurait se désintéresser du succès de l'entreprise charitable. Or le souci de cette efficacité conduit à se préoccuper moins de soi que des autres; pour avoir quelque chance d'élever les hommes, il faut avoir prise sur eux, s'adapter à eux. Il ne suffît évidemment pas qu'un parti politique ou une église fasse des concessions au goût du jour ou aux mœurs du siècle pour qu'on ait le droit d'en conclure qu'ilsrenoncent à leur idéal. D'une façon plus générale, ce qui manifeste la vertu dans le monde, ce n'est pas l'affirmation continue de principes abstraits, l'inflexible austérité, qui n'est compatible qu'avec la solitude; c'est plutôt l'habitude intérieure qui a pénétré l'âme jusqu'à se faire nature, la bonté qui se traduit dans la vie