OMBRELLES ET EN-TOUT-CAS
L 'ombrelle d’une Parisienne n’a pas seulement pour objet d’intercepter les rayons du soleil : son seul aspect doit révéler qu’elle appartient a une femme de goût, élégante et raffinée; elle encadre le visage, l’enveloppe d’une atmosphère spéciale colorée par la transparence de l’étoffe, qui doit faire valoir l’éclat du teint, la nuance des cheveux, le caractère du visage; voilà pour beaucoup de jeunes femmes le but principal, la véritable utilité d'une ombrelle.
Les fabricants de parapluies seront bientôt obligés d’avoir autant d’imagination, le même sentiment du seyant , qu’une modiste habile : il leur faut au début de chaque saison imaginer des modèles nouveaux, plus séduisants que ceux de la saison précédente.
On m’amontréhier les créationsdeceprintemps : d’abord des en-tout-cas charmants, faits pour les femmes économes qui veulent éviter la dépense d’une ombrelle fragile; ils sont recouverts de soie glacée, satin ou taffetas, ou de faille unie de couleur claire. Le taffetas glacé me paraît la plus pratique de ces trois étoffes : une grosse averse endommage toujours un peu les failles de nuance claire, si bon teint qu’elles soient, et ternit le brillant du satin; de plus, les en-tout-cas recouverts de faille claire, bleu pâle, rose, maïs, mauve, vert tendre, etc., ont cet inconvénient qu’on ne peut les porter avec une toilette très simple de nuance foncée ou moyenne; seuls les en-tout-cas de faille blanche peuvent aller avec tout, ne passent pas au soleil, ne se tachent pas à l’eau ; ils sont sans défauts pour l’été, mais semblent un peu clairs dans les saisons intermédiaireSj surtout au printemps quand l’œil est encore habitué aux nuances sombres de l’hiver. Donc, si l’on veut avoir un en-tout-cas unique, remplaçant l’ombrelle, endurant également bien le soleil et la pluie, facile à porter toute l’année, excepté pendant les trois mois de plein hiver réservés au parapluie, on choisira un taffetas glacé de nuances moyennes bleu marin et vieil or par exemple, ou bien beige et vieux bleu, mousse et vieux rouge, marin et ophélia, marin et vertbouteille.
L’en-tout-cas ne comportant point de garniture, aucun de ces volants, de ces fanfreluches qui donnent aux ombrelles un cachet de fantaisie et d’inédit, c’est le manche seul qui les rend plus ou moins élégants.
J’ai vu tout un assortiment de bien jolis manches en pierres fines, lapis, œil de tigre, aventuriqe, etc.; tantôt ces poignées sont montées directement sur le bois, tantôt elles surmontent un bracelet d’or mat et sont serties au bas de petits cailloux du Rhin; la plupart du temps elles ont la forme d’une boule, ou d’une poire minuscule, d’un ovale, d’une grosse olive.
Dans ces mêmes formes on fait des poignées étranges en nacre teintée , dont les nuances sont très accentuées, beaucoup plus vives que celles de la nacre naturelle; la teinte dominante de la nacre est assor¬
tie à la soie qui recouvre l’en-tout-cas.
Souvent ces poignées sont rehaussées d’incrustations d’or ou d’argent.
Le cristal transparent ou opalisé fait
DOBE de soie brochée noire garnie de cordons de paillettes formant cache-point ; Le tulle point d’èsprit finement plissé
empiècement rayé de cordons de paillettes. Basque ondulée; longues pointes ou froncé et garni de volants en même
plates et épaulettes ondulées garnissant le corsage, petit volant au bas de la jupe. tulle plissé accordéon fait toujours Je char-
(Modèle de Mme Moslard, 96, rue Saint-Lazare.) mantes Ombrelles, il nous paraît SUI'tOut
joli en blanc ou en noir; la mousseline de soie disposée en volants froncés recouvrant toute l’ombrelle,
plus souple que le tulle, est peut-être d’un effet encore plus séduisant.
Tantôt les volants sont ornés d’une bordure satinée tissée dans la mousseline, tantôt on les ourle d’une bande en mousseline de couleur différente. Les volants blancs ourlés de maïs sont particulièrement jolis, mais, on fait aussi beaucoup de blanc et bleu, blanc et rose, blancetNil,etc.
Comme garniture au manche de ces ombrelles légères, un gros chou de mousseline de soie; le ruban ou la cordelière seraient trop lourds.
Nous n’en finirions pas si nous voulions décrire toutes les créations isolées qui se montrent à côté des modèles que nous . avons cités : on fait des ombrelles rayées de rubans et d’entre-deux, d’autres tout en fleurs, j’en ai vu une en fine vannerie dans le genre des abat-jour nouveaux de cet hiver, une autre en crêpe de Chine blanc toute frangée au bord de boutons de pâquerettes, avec grosses touffes de
pâquerettes au centre et à la poignée. Tout cela ne peut être fait que sur commande, on ne le trouve chez aucun fabricant.
Q u e 1 qu’une de nos lectrices aura peut-être la tentation d’imagineraussi une ombrelle « pour elle
Fig. 2.
DOBE de lamage fantaisie gris pale brodé de pois camaïeu, entre-deux de dentelle blanche au corsage ci à la jupe. Petit collet en soie a côtes grise garnie de guipure à pointes blanche brodée de jais. Col Marie-Stuart en velours noir, cache-point de jais au collet.
toute seule » qu’on ne puisse trouver nulle part. Pour faciliter la réalisation de ces caprices, nous expliquerons prochainement d’une façon détaillée Comment on recouvre une ombrelle . Et cet article ne servira pas seulement aux coquettes raffinées mais aussi aux personnes qui habitent à la campagne loin de tout centre commerçant, aux mères de famille économes qui ne dédaignent pas les plus petites économies; à l’aide de nos indications, elles pourront avec une ancienne monture, un coupon d’étoffe, faire une ombrelle ou un en-tout-cas neufs.
G. de Broutelles.