Bible de l'humanité^ p
ses de V Exode sur \e dieu jaloux, qui poursuit le péché des pères sur les fils jusqu'à la troisième età la quatrième génération (xx, 5).
Et non seulement il ne sacrifiera pas l'innocent, mais il est prêt à pardonner au coupable : « Est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant? dit le Seigneur. Ne veux-je pas plutôt qu'il revienne au bien et qu'il vive? » Jéhova a appris de ses prophètes la justice et l'humanité.
Mais leur hardiesse va croissant à mesure qu'ils se succèdent. Dans Isaïe, Jéhova dit seulement qu'il ne se soucie pas des sacrifices et des fêtes là où il voit l'iniquité. Dans Jérémie, il déclare qu'il n'a pas voulu, qu'il n'a pas ordonné les holocaustes ni les sacrifices. Ce n'est pas lui qui a imaginé ces atroces immolations d'enfants par le feu.
Ézéchiel ose davantage. Il reconnaît que cette horrible coutume a été instituée par Jéhova, et en même temps qu'elle est cri-
minelle : « Parce qu'ils n'ont pas observé mes ordonnances, qu'ils ont rejeté mes commandements et profané mes sabbats, n'ayant devant les yeux que les abominations de leurs pères, moi à mon tour, je leur ai donné des commandements qui n'étaient pas bons, des lois par lesquelles ils ne pouvaient vivre. Je les ai souillés par leurs offrandes^ en leur faisant offrir tout ce qui ouvre la matrice, pour les conduire jusqu'à la dernière misère, et faire savoir que je suis Jéhova. » Ainsi le dieu n'avait pu commander cela à son peuple que pour le perdre.
Je ne crois pas que jamais l'esprit de l'avenir ait infligé au passé un si insolent démenti.
On peut s'étonner de trouver, dans la phrase même où cette liberté éclate d'une manière si extraordinaire, un tel respect du sabbat. Le Premier haie n'avait parlé des sabbats (i, 13) que pour nous montrer son
dieu à peu près indifférent à ce rile comme à tous les autres. Mais Jérémie et Ezéchiel prêchent l'observation du sabbat avec une sollicitude jalouse. Je suppose qu'à mesure que se prolongeait la lutte contre les Syriens, l'observation du sabbat devenait de plus en plus la marque principale qui distinguait Israël de l'étranger, et que les peuples s'y trouvèrent ainsi attachés autant qu'à leur dieu lui-même.
Ezéchiel ajoute quelques traits à l'histoire du prophétisme. Il nous apprend qu'il y avait des prophétesses aussi bien que des prophètes (xiii, 17), et comment aurait-on pu en douter? Mais on ne voit pas qu'aucune prophétesse ait rien écrit ^ Il nous montre aussi tout le désordre des esprits dans ces
1. Nulle part ailleurs il n'est parlé de prophétesses dans les livres des prophètes. Mais les livres historiques mentioa* nent trois prophétesses aux temps antiques : Marie, sœur d'Aaron {Eœode, xv, 20), Débora {Juges, iv, 4), etHolda sous Josias (n Rois, xxii, 14).
temps troublés, en nous disant que les mêmes hommes qui adoraient les pièces de bois (les idoles) venaient aussi consulter les prophètes de Jéhova, et en déclarant que Jéhova condamne et perd tout à la fois le consultant et le prophète (xiv, 3, etc.).
Mais il faut surtout entendre Ézéchiel^ comme Jérémie^ s'épancher sur la mission qu'il a reçue d'en haut. Dans une première vision (on sait le caractère étrange de ces visions à*Ezéchiel)^ iëhowdi s'est montré à lui dans sa gloire, et en le voyant il est tombé par terre comme foudroyé ; mais l'Esprit s'est emparé de lui et l'a remis sur ses pieds. Une main alors lui a tendu un rouleau, c'est-à-dire un livre (ii, 9), sur lequel sont écrits des gémissements et des cris de douleur. On le lui fait avaler, et voilà que dans sa bouche ces choses amères sont douces comme du miel. C'est sans doute une autre manière d'exprimer ce qu'expri-
raait Jérémie quand il se représentait luimême s'abandonnant au tourment de Tinspiralion avec une irrésistible ivresse. Jéhova lui promet de le fortifier contre les obstacles, puis il ajoute qu'il l'établit comme une sentinelle pour veiller sur Israël et pour l'avertir. Si l'avertissement n'est pas écouté de ceux à qui il s'adresse, ils seront punis ; mais si l'avertissement n'a pas été donné, c'est sur \e prophète que tombera le châtiment. Je parlais lout à l'heure des esprits troublés par les prophètes ; mais il ne s'en trouvait que trop qui échappaient au trouble par l'indifférence. Non qu'ils pussent être absolument insensibles à la véhémence des inspirés, mais elle n'agissait guère que sur leurs sens et ne les pénétrait pas jusqu'au fond.
« Les enfants de ton peuple, dit Jéhova au prophète^ jasent de loi sur leurs divans et aux portes des maisons. Ils s'adressent l'un à l'autre, et chacun dit à son voisin : Allons^
viens, sachons la parole qui est sortie de Jéhova. Et ils accourent à toi comme accourt la foule ; ils s'asseyent en face de toi et ils écoutent tes paroles, mais ils n'en tiennent pas compte en effet ; ils les répètent comme une belle musique, tandis que leurs pensées vont à leurs gains. Tu leur es comme une belle musique, comme une voix qui résonne bien ; ils n'agissent pas d'après cela. Mais quand l'événement sera arrivé, et il arrivera, ils reconnaîtront qu'il y a eu au milieu d'eux un prophète (xxxiii, 30). »
Cette musique, ou, si on veut, cetle poésie (mais il est probable qu'elle était soutenue en effet d'une espèce de chant), nous en sentons encore aujourd'hui la puissance, quoique nous n'entendions pas l'hébreu et que nous ne soyons plus au temps où Jéhova disait au prophète: « Je ne t'adresse pas à un peuple qui parle en mots inintelligibles et dans une langue obscure, mais à la maison
d'Israël (m, 5). » Nous admirons encore le tableau du champ des ossements (xxxvii, 1):
« La main de Jéhova fut sur moi, et emporté par l'esprit de Jéhova, elle me jeta au milieu d'une vallée pleine d'ossements. Il y en avait sur toute la surface, et ils étaient absolument desséchés. 11 me dit : Fils d'homme, ces os que tu vois peuvent-ils révivre? Et je dis :
Seigneur Jéhova, toi seul le sais. Et il me dit : Prophète, crie et fais appel à ces os ; dis-leur : Os desséchés, écoutez la parole de Jéhova... Alors je criai, ainsi qu'il m'avait été ordonné... et il y eut un bruit et une secousse... et les os se rapprochèrent, un os de celui qui le touchait, et je vis qu'il y eut des tendons et que la chair se reforma »
et sur la chair s'étendit la peau ; mais le souffle de vie n'y était pas. Et il me dit :
Prophète, crie et fais appel au souffle de vie, et dis : Ainsi dit Jéhova : Souffle de vie, viens des quatre vents, et souffle sur
ces morts pour qu'ils revivent. Et je criai, et le souffle de vie vint sur eux, et ils revécurent, et ils furent debout sur leurs pieds, et ce fut une grande, grande multitude.
Et il me dit : Fils d'homme, ces os, c'est toute la maison d'Israël. Ils disent : Nos os sont desséchés, noire espérance est anéantie ; nous sommes disparus ; c'est fini pour nous. Prophète, crie et dis-leur : Ainsi dit le Seigneur Jéhova : Voici que je vais ouvrir vos tombeaux et que je vais vous faire sortir de vos tombeaux, et vous faire rentrer dans la terre d'Israël. »
Isàie avait eu déjà l'idée de figurer par l'image d'une résurrection ce relèvement d'un peuple qui était comme mort. Il dit à Jéhova : « Tes morts à toi revivent, tes cadavres se relèvent. Réveillez-vous avec des cris de joie, car sa rosée est celle qui ravive l'herbe flétrie (xxvi, 19). » Mais l'image est devenue toute une scène, et de quel effet I
Il me semble que, de la dislance où nous sommes, nous voyons et nous entendons la foule émue et l'enthousiasme avec lequel a été accueilli un tel morceau.
Mais si je me laissais entraîner, que de pages je pourrais citer encore! Il vaut mieux être sobre sur des textes que je ne puis lire que traduits. Tout le monde sait d'ailleurs la majesté A^Isaïey le pathétique de Jérémie, la vigueur et l'emportement d'Ézéchiel, ses crudités même, et ces peintures d'une audacieuse impudeur, qui pourtant n'impriment pas de taches, admirables pour rendre ce qu'on peut appeler en effet les prostitutions de l'âme, la dépravation et la dégradation des multitudes qui s'abandonnent. Mais pour m'en tenir aux passages d'Ézéchiel que j'ai cités, on sent bien que ni cette passion, ni cette confiance, ni cette morale profonde et fine à la fois, ni cet éclat d'imagination, ne peuvent être des temps
misérables où le royaume de Juda s^esl effondré sous la conquête babylonienne, et ou le peuple juif était descendu si bas.
Je dois avertir que, dans cette étude sur Ézéchiel, je n'ai pas dépassé le chapitre xxxMi. Je parlerai ailleurs de ceux qui suivent, et j'expliquerai pourquoi je n'en ai pas parlé ici.
A la suite à'Ézéchiel^ l'Église catholique place le livre de Daniel ; mais ce livre n'était pas compté dans Israël parmi ceux à^^ prophètes. Ils le plaçaient parmi ceux qu'on appelait simplement des Écrivains {kethoubinij en grec les Hagiographes) ; je ne l'aborderai qu'à la fin de mon travail. Je passe aux courtes prophéties des Douze, rassemblées en un seul livre.
Osée vivait au viii'' siècle, si on en croit le préambule du livre qui porte ce nom.
Comme d'ailleurs il se préoccupe d'Éphraïm plus que la plupart des prophètes^ et qu'il lui adresse sans cesse des objurgations et des menaces, et comme personne ne s'avisait de chercher dans l'histoire du u' siècle l'explication de ce langage, il fallait bien supposer qu'il avait en vue la destruction du royaume des dix tribus par les Assyriens, ce qui le reportait tout de suite à la plus haute antiquité. La critique a maintenant toute raison de se défier d'une telle hypothèse.
Osée est le plus obscur des prophètes, ou plutôt il est, à ce point de vue, tout à fait à part, et on le trouve si souvent inintelligible, que le livre ne peut pas toujours nous éclairer sur le temps où il a été écrit. Cependant il contient des passages qui ne peuvent laisser aucun doute, et cela dès le début.
On y lit que Jéhova fera cesser la royauté d'Israël ; qu'il ne lui sera pas pardonné, mais qu'il sera pardonné à Juda, et que
Juda sera sauvée, mais sauvée par Jébova, non par des batailles (i, 4-7) ; que les enfants d'Israël se multiplieront comme le sable de la mer; que les fils de Juda et ceux d'Israël se réuniront sous un seul chef et rentreront de l'exil (i, 10). Tout cela se place sous le principat d'Hyrcan et ne peut se placer autre part dans l'histoire des Israélitesy non plus que cette réconciliation du peuple avec son dieu, qui fera disparaître les idoles et qui ramènera toute prospérité avec toute justice (ii, 16).
On lit un peu plus loin (m, 4) : « Ils demeureront longtemps sans roi, sans chef, sans sacriGces, sans pierre sacrée, sans ephod et sans theraphim. Puis les enfants d'Israël reviendront, et Jéhova sera leur dieu et David leur roi. » Les commentateurs se sont beaucoup et inutilement tourmentés pour expliquer ces versets en parlant de la tradition. Ils s'expliquent aisément si on les
rapporte à ce qui s'est passé après la mort du grand prêtre Alcime. Pendant sept ans, il n'y a pas eu de grand prêtre, et par conséquent de roi, au sens du mot hébreu que nous traduisons par roi *, et le culte sans doute s'est trouvé alors suspendu, du moins dans ses rites les plus solennels. Et quand, à Tavènement de Jonathan, il y a eu de nouveau un grand prêtre, ce grand prêtre a éla un véritable ministre de Jéhova et un véritable héritier de David, puisqu'il était en réalité l'élu du peuple et non plus la créature et le serviteur des Syriens.
Enfin Osée annonce la ruine de Samarie (xiv, 1), et en même temps la réconciliation d'Éphraïm avec Jéhova et son adieu définitif aux idoles. C'est le seul prophète où il soit parlé du veau d'or, ou plutôt du jeune taureau, sous la forme duquel Jéhova était adoré aux
1. Ce mot, dans la Bible, est appliqué à Moïse {Deutéi\y XXXIII, 5).
i38 LA MODEBNITÉ DES PROPHÈTES.
temps antiques, et dont le culte subsistait encore dans les tribus séparées (viii, 5, etc.). L'esprit à' Osée est d'ailleurs le même que celui des grands prophètes^ par exemple dans son mépris pour les sacrifices et les holocaustes (vi, 6 et viii, 13) ; et en le lisant à la suite de leurs livres, on se sent partout dans le même milieu. J'ai dit qu'il est trop souvent inintelligible; mais partout où on le comprend, on n'y trouve que ce qu'on a trouvé dans les autres.
Joël a passé encore pour plus antique qu'O^^'^; on n'a pas craint de le placer au IX* siècle avant notre ère; mais j'ai déjà dit qu'il y a des critiques qui sont loin d'accepter cette tradition. Il ne reste sous ce nom que quelques pages, qui ne peuvent guère fournir de renseignements. On y voit seulement la vive peinture d'une occupation et d'une désolation du pays, figurée par une
invasion de sauterelles qui ont tout détruit. « Un peuple s'est abattu sur mon pays, puissant et innombrable (i, 6). » Ce peuple vient du nord ; il s'appelle le septentrional \ il périra, quoiqu'il ait fait de grandes choses. Jéhova aussi fera de grandes choses, et il sauvera son peuple (ii, 20). Celte renaissance sera marquée d'un caractère tout particulier : « Et après cela, dit Jéhova, je répandrai mon esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront [c'est-à-dire seront inspirés]... En ce jour, je répandrai mon esprit jusque sur les serviteurs et sur les servantes (il, 28). «C'est le tableau de l'exallation que produisent les grandes crises, et dont les prophéties mêmes qui nous restent sont le témoignage éclatant. Les premiers disciples de Jésus, enveloppés, pour ainsi dire, de la même température, se sont reconnus dans ces images et se sont appliqué ces versets.
Le livre des Actes représente la foule dans
Jérusalem, après la descente de TËsprit saint sur les apôtres, étonnée de ce qu'elle entend, et disant : « C'est qu'ils sont pleins de vin nouveau. » Mais Pierre prend la parole et dit : « Ces hommes ne sont pas ivres, comme vous le pensez, car il n'est que la troisième heure (neuf heures du matin), mais c'est ce qui a été dit par le prophète Joël, » et il cite le texte qu'on vient de lire (il, 13-18).
Enfin le prophète annonce que Jéhova tout à l'heure va convoquer les peuples dans la Vallée du jugement pour prononcer la condamnation de tous les ennemis d'Israël (m, 2). C'est Simon et Hyrcan qui ont exécuté ce jugement de leur dieu.
Quand on lit cette apostrophe de Jéhova à Tyr et Sidon et à toute la Phénicie (m, 5) : « Vous avez pris mon argent et mon or; vous avez porté dans vos édifices mes joyaux précieux; les enfants de Juda et de Jéru-
salem, vous les avez vendus aux fils de Javan (c'est-à-dire aux Grecs), » on se rappelle ce passage du Second livre des Maccabées (vm, H et 34), où il est parlé de mille marchands que le général syrien Nicanor avait amenés à son camp pour leur vendre ses prisonniers.
« Il n'y a plus de fêle, dit encore Joel^ dans la maison de notre dieu (i, 16). » Et plus loin (il, 17) : « Que les prêtres, ministres de Jéhova, pleurent entre le vestibule et l'autel, cl qu'ils s'écrient : Jéhova, épargne ton peuple ; ne permets pas que son héritage soit voué à l'opprobre, pour que les Nations nous insultent; pourquoi dirait-on parmi les peuples : Où est leur dieu? » Mais ensuite (32) : « Quiconque invoquera le nom de Jéhova sera sauvé, car le salut est sur la montagne de Sion et de Jérusalem. » Et enfin (m, 17) : « Jérusalem sera sainte, et les étrangers n'y passeront plus. » Il est clair
qu'il ne s'agit pas là d'une invasion de sauterelles, mais de la lutte de Juda contre les Nations, et d'une lutte qui aboutit à sa délivrance.
« Déchirez vos cœurs, et non vos habits (n, 13) » ; c'est bien la même langue qu'on a déjà entendue.
Il ne faut pas plus s'en rapporter au préambule à'Ajnos qu'à celui à' Osée sur la date de ce prophète.
Sa prophétie s'ouvre par des menaces qui ne s'adressent qu'aux ennemis de Juda, sauf un seul verset où il est dit que Juda même aura son châtiment. Le morceau se termine par la condamnation d'Ëphraïm, dont Amas paraît encore plus exclusivement préoccupé que n'était Osée. On pourrait croire que ces deux prophètes n'ont écrit que quand la lutte de Juda contre les Syriens était terminée; et que l'asservissement et Thumilia-
lion de Samarie est le seul objet qui les touche. Mais le châliment aboutit à une réconciliation avec le dieu offensé et au pardon qu'il accorde. Et la maison de David, rétablie, réunira sous ses lois, avec Tlduraée, « tous ceux sur qui le nom de Jéhova est invoqué (ix, 12). » On connaît déjà cette formule;
Amos contient deux passages qui semblent très intéressants pour l'histoire de Xdi prophétie. Dans l'un, parmi les menaces que Jéhova adresse à son peuple, il annonce qu'il lui fera sentir la faim et la soif, non pas du pain et de l'eau, mais de la parole.
« Ils courront au loin, de côté et d'autre, cherchant la parole de Jéhova, et ils ne la trouveront pas (viii, 12).» Ce qu'ils cherchent ainsi, sans doute c'est une parole rassurante, une promesse qui leur donne conflance, mais que le dieu ne leur accorde pas. En autres termes, l'inspiration ne répond pas à
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ce que ceux qui souffrent attendent d'elle.
C'est ce qu'il y a de plus pénible dans les temps mauvais.
L'autre passage est plus curieux. Amos, se plaçant dans la fiction qui est le cadre de tous les livres que j'étudie, se représente comme dénoncé par un prêtre de Béthel, c'est-à-dire du culte schismatique^ au roi d'Israël Jéroboam, comme ayant prophétisé contre lui (le vrai Jéroboam est du viu'* siècle). Et le prêtre de Béthel lui dit : « Va-t'en d'ici ; va prophétiser en Juda, non à Béthel » (la ville sainte de ceu^c d'Israël). Là-dessus, Amos fait cette singulière réponse ;
« Je ne suis pas prophète, ni fils de prophète ; je ne suis qu'un bouvier, cherchant sa vie sur les sycomores. Jéhova m'a pris comme je suivais mon troupeau, et m'a dit ; Va prophétiser sur Israël pion peuple (vu, 14). » Il se défend d'être prophète, sans*
LA MODERiNlTÉ DES PROPHÈTES. 145
doute parce que la situation des prophètes était changée. Pendant la lutte contre les Nations, les prophètes pouvaient se faire des ennemis et courir des dangers ; mais c'étaient les dangers que comporte la liberté. Cette liberté, on ne pouvait penser à la contraindre, car c'était la force dont on avait besoin pour le combat. Après la victoire acquise et l'établissement d'un ordre nouveau, l'autorité, qui n'a jamais beaucoup de goût pour l'inspiration et les inspirés, dut trouver les prophètes indiscrets et euxmêmes purent se sentir suspects. De là le ton que prend Amos^ et qu'on retrouvera plus tard dans Zacharie.
On ne se lasse pas d'entendre la manière dont le Jéhova des prophètes parle du culte extérieur : « Je hais, je condamne vos fêtes, je neveux pas respirer votre encens... Loin de moi le bruit de vos cantiques, les accords de vos instruments, mais que la justice
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s'épanche comme l'eau , et qu'elle coule comme un lorrenl (v, 21). »
11 y a dans Amos un verset où le prophète^ glorifiant la grandeur de Jéhova, qui a fait le jour et la nuit, qui appelle à lui les eaux et les reverse sur la terre, ajoute un trait particulier : « C'est lui qui a fait Kimael Kessil{y^ 8) . » D'après tous les témoignages, ces noms désignent deux constellations, dont la seconde est reconnue pour Orion; quant à l'autre, on hésite entre l'Ourse et les Pléiades. C'est encore là pour moi la marque d'une date récente . Je ne crois pas qu'au viii* siècle avant notre ère, les Hébreux, qui paraissent avoir été si peu curieux, aient eu la curiosité de distinguer les constellations et de les nommer *.
Le nom d'Amo^, dans la Vulgate^ rappelle celui d'un Amos, père d'Isaïe(Il Rois^ xix, 2). Mais ces deux noms ne s'écrivent pas de même en hébreu.