Cela s'applique aussi au livre de Jolu
Abdias n'a qu'une page, qui est un chant de triomphe sur la soumission de l'Idumée et les victoires d'Israël (sous Simon et Hyrcan) sur les Iduméens et les Philistins.
Jouas est bien le nom d'un prophète des temps antiques, qui figure au second livre des Rois (xiv, 25), sous Jéroboam, roi d'Israël; mais le livre qui porte le nom de Jonas n'est nullement une prophétie^ et il n'y a que ce nom qui ait pu le faire placer parmi les livres prophétiques^ auxquels il ne ressemble en aucune façon. D'après le récit curieux qui remplit ce livre, on sait que JonaSy dans le ventre du poisson qui l'a avalé, adresse à Jéhova une prière. Cette prière n'a aucun rapport avec celte situation. Elle n*est qu'une espèce de psaume qui n'exprime en réalité que la douleur d'un Fidèle privé de son Temple et de son dieu sous la tyrannie des Nations. C'est une
poésie antérieure sans doute à la fable qui fait le sujet du livre, et qui Ta suggérée. La métaphore du second verset a été prise à la lettre : « Du fond de ma misère, j'invoque Jéhova, et il m'exauce ; de l'abîme souterrain, je crie et tu écoutes ma voix. Tu m'as jeté au plus profond de la mer, et les eaux m'ont enveloppé et submergé. Et j'ai dit :
Me voilà rejeté loin de tes yeux, mais je reverrai encore le Temple de ta sainteté...
Quand la vie s'éteignait en moi, je me suis souvenu de Jéhova, et ma prière est venue jusqu'à toi dans ton saint Temple (ii, 3). »
il y a dans Jonas^ surtout à la fin, un sentiment religieux réûéchi et délicat qui en témoigne assez la modernité. Quand Jonas, sur l'ordre de Jéhova, a annoncé que la grande Ninive va être détruite, le roi et ses peuples se repentent et demandent grâce, et Jéhova leur pardonne. Jonas est offensé de cette indulgence qui désavoue ses menaces,
et il s'en plaint à son dieu. Cependant Jonas s'élant couché sur la terre à Tombre d'un arbuste qui avait poussé tout à coup, il arriva qu'un ver ayant rongé l'arbuste pendant la nuit, il se vit au malin exposé à un soleil brûlant. Il se répandit en plaintes, mais Jéhova lui dit : « Tu voudrais qu'on eût épargné ce feuillage, pour lequel tu n'as pas travaillé, et que tu n'as pas fait pousser. Et moi, je n'épargnerais pas cette grande ville, où il y a plus de cent vingt raille créatures qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche (c'est-à-dire plus de cent vingt mille enfants innocents)! »
Cel écrit est donc au moins aussi moderne que ceux que j'ai étudiés jusqu'ici, mais il y avait longtemps alors que Ninive n'existait plus; et il est clair d'ailleurs que ce n'est pas une ville réelle, que celle qui se convertit ainsi tout entière d'un seul coup à la parole d'un prophète. On est donc en pleine
fiction, et il est probable que dans cette fiction la grande Ninive figure la grande Antioche.
Il y a un prophète Michée au premier livre des Rois (xxu, 9), au temps de Josaphatf roi de Juda, c'est-à-dire au début du IX* siècle ; mais la prophétie placée sous ce nom est donnée, dans le préambule, comme datant de plus de cent ans après.
Michée rappelle beaucoup haïe. On trouve même trois versets, pour célébrer rère glorieuse qui succède à tant d'épreuves, qui sont exactement les mêmes dans les deux écrits {Isaïej ii, 2-4, et Michée^ iv, 1-3). De plus, Michée est le seul prophète^ avec Isaie^ qui célèbre le personnage qu'on a appelé plus tard le Messie, et qui n'est autre que le prince libérateur qui apporte à la fois au peuple l'indépendance, la paix et la grandeur {Ibid. , v) , c'est-à-dire Simon l'Asmonée.
Il est dit que le libérateur est né dans la
LA MODERNITÉ DES PROPHÈTES. 15i:
petite ville de Belhléem (v, 2), et on sait comment, en vertu de ce nom, les chrétiens se sont crus obligés de faire naître à Bethléem Jésus de Nazareth. Car à l'époque de Jésus, on ne s'intéressait plus au lieu de naissance de Simon.
Nul n'a rendu plus vivement le retour d'Israël dans sa terre, devenue trop étroite, qui s'accomplit à cette époque : « Je le rassemblerai, Jacob, tout entier ; je ramasserai tous les restes d'Israël; je les pousserai ensemble comme les moutons de Bosra, comme les brebis dans la bergerie ; ils s'y presseront en foule tant qu'il y aura d'hommes. Celui qui fraie la voie marchera devant eux ; ils entreront et sortiront par les portes; leur roi pas-^ sera devant; Jéhova sera à leur tête (ii, 12, 13). » C'est Jéhova lui-même qui est le roi.
Je veux citer encore ce beau passage :
« Avec quoi paraîtrai-je devant Jéhova?
Sera-ce avec des holocaustes, des génisses
d'un an *? Jéhova se soucîe-t-il de milliers de moutons, de myriades de fontaines d'huile? Donnerai-je mon premier-né pour mon péché? le fruit de mes entrailles pour le rachat de ma vie (vi, 6)? » Celle dernière phrase fait bien voir ce qu'on voyait déjà, quoique moins clairement, dans Jérémie et Ézéchiel, que c'était bien à Jéhova lui-même qu'on faisait ces immolations d'enfants.
Jérémie (xxvi, 18) cite un verset de Michée (m, 12), ce qui détermine la date relative des deux passages.
La prophétie de Nahum ne contient que
la description très vive de la prise d'une ville
emportée d'assaut, et cette ville est appelée Ninive.
J'ai déjà dit qu'au ii* siècle avant noire ère, il y avait longtemps que Ninive n'existait plus, et c'est ce qui explique que ni